LA UNE POLITIQUE

Ces «judas» qui poussent Faure vers un précipice

Au cœur de son homélie lors de la Veillée Pascale du Samedi dernier, le  Curé de la Paroisse St Kisito de Tokoin Doumasséssé, le Révérend Père Jean-Baptiste Allade, faisant allusion à l’impasse dans laquelle est rentrée la crise politique ouverte depuis le 19 Aout 2017 a invité les militaires et les politiques togolais « à s’engager pour abréger la souffrance à leur concitoyens ». Et les faits enregistrés depuis la semaine dernière ne vont point dans le sens du consensus qui peut baliser l’apaisement, mais plutôt le contraire.

Le rêve de Akufo-Addo

Le 23 mars dernier, au terme de la troisième séance du dialogue politique en cours, le Président ghanéen et facilitateur du dialogue togolais Nana Akoufo-Addo a exprimé sa satisfaction quant aux progrès considérables réalisés sur un certain nombre de questions, notamment la suspension des manifestations politiques depuis la dernière session du dialogue en février 2018, l’engagement du pouvoir à suspendre le processus électoral entamé et décrié jusque-là par l’opposition, la libération des personnes jugées et condamnées dans le cadre des manifestations politiques demandées par la coalition des 14 partis de l’opposition, la transparence en matière de communication entre les parties…

Malheureusement,  ce satisfecit aux allures d’un épiphénomène. Puisque les différentes parties prenantes iront, juste derrière, de leurs humeurs.

Le pas qualitatif de la C14

A l’appel du Président ghanéen aux différents acteurs à privilégier l’intérêt supérieur de la nation afin de parvenir au consensus pour une sortie de crise, les réactions divergent. La coalition des 14 formations politiques, au-devant de la lutte, a annoncé sa bonne foi en réduisant la cinquantaine d’amendements constitutionnels au cœur de ses exigences désormais à 5. Même si le principe de « 2020 sans Faure » est toujours d’actualité avec le maintien du bout de phrase « En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats », il faut relever la bonne volonté et la sincérité exprimées par l’opposition et surtout, son respect des recommandations du facilitateur à privilégier l’entente mutuelle et le consensus autour des démarches. Ceci, en vue de garantir la paix sociale dans le pays.

Le pouvoir, toujours à contre-courant

A l’antipode de la coalition des 14, le pouvoir prouve, aux yeux du monde, sa roublardise en foulant aux pieds, les recommandations et du facilitateur, et de la communauté internationale, notamment le Groupe des 5 qui prônent tous des réformes consensuelles. En effet, malgré son semblant d’engagement pris devant le facilitateur, relevé dans le communiqué du 23 Mars, force est de constater que le pouvoir continue de conduire, seul et tête baissée, le processus électoral. En ajout à la nomination des Présidents des Commissions Électorales Locales Indépendantes (Celi), le pouvoir et la Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni) poursuivent ce qui s’apparente à un coup de force électoral par  la mise en place des Commissions Listes et Cartes (Clc), avec en amont, l’installation des techniciens de Zetes chargés de la mise à jour du fichier électoral.

Un pied de nez à Macron et à la Communauté internationale

Il se souvient qu’en se prononçant en Novembre dernier sur la crise togolaise, le Président français Emmanuel Macron a recommandé la mise en place d’un nouveau cadre électoral pour donner la chance à toutes les oppositions « de s’exprimer, aller devant les urnes avec un processus électoral qui doit faire l’objet d’un contrôle, d’une vérification pour s’assurer de sa sincérité comme ça été d’ailleurs le cas au Burkina-Faso»

Il est clair que les expressions « vérification, sincérité, comme dans le cas Burkinabé » n’ont pas été choisies par hasard par le président Macron. Et la démarche solo empruntée actuellement par le pouvoir de Lomé dans son processus électoral ne répond à aucun de ces qualificatifs, sinon qu’elle se hisse royalement aux antipodes de ce qui peut être acceptable en la matière.

Et qu’à cela ne tienne, c’est en alerte du risque de l’option «tête baissée» adoptée actuellement par le pouvoir que le groupe des 5 a appelé, en Mars dernier, à une opérationnalisation consensuelle des reformes. Plus tôt, le Nigeria a lui, directement invité à une transition. Un point qui s’est retrouvé inscrit à l’ordre du jour du dialogue et contre lequel, le pouvoir de Lomé n’a rien dit.  L’option de la transition a été reprise indirectement par les Usa lors des consultations organisées mi-mars à Lomé par l’envoyée spéciale, Helena Klark. Et si malgré tous ces signaux, on choisit aujourd’hui encore de pousser à bout  le processus électoral décrié, c’est dire qu’on a  choisi délibérément de faire le pied de nez à toute la force internationale.

Le jeu trouble des «Judas» autour de Faure

Au regard de ce qui précède, il est à se questionner sur le rôle que jouent ces conseillers porte flambeau du caciquisme autour du Chef de l’Etat. Des conseillers aux allures de «Judas». En effet, la posture actuelle adoptée par le pouvoir semble s’inspirer fortement du récent modèle Burundais où le président N’kurunziza, malgré les tollés en interne et à l’externe est parvenu à organiser sa présidentielle en 2016. Et l’homme continue de toiser jusqu’à ce jour la communauté internationale.  Mais une analyse géopolitique montre que le cas togolais ne saurait s’arrimer sur le cas Burundais. Et pour cause. Si la question de la longévité au pouvoir est toute entière en Afrique Centrale dont fait partie le Burundi, le pays de Faure Gnassingbé se trouve lui dans un espace où l’alternance au pouvoir est scellée aujourd’hui comme valeur inconditionnelle dans la gouvernance économique.

Et c’est à ce titre que, le leader du Car, Me Yawovi Agboyibo au bénéfice d’échanges accordés au confrère en ligne afreepress.info, à la suite de l’homélie Pascale du Péré Curé Allade samedi dernier a déclaré en substance que « le temps qui nous sépare de l’échéance présidentielle de 2020 est jalonné de plusieurs autres élections. Les garanties institutionnelles nécessaires à l’équité de ces élections intermédiaires sont les mêmes qu’il faut pour rendre possible l’alternance en 2020 et la bonne gouvernance des richesses du pays » et d’étayer plus loin que « la victoire de l’opposition à un scrutin présidentiel où le Chef de l’Etat en exercice serait candidat est une grande illusion. Cela dit, il n’est pas exclu que les circonstances inspirent le Président Faure à s’abstenir d’être candidat. C’est là aussi une des solutions au regard de la volonté du Créateur Tout Puissant. Il a mainte fois surpris. Il peut encore surprendre. »  Des mots qui devraient être plein de sens venant d’un ex premier ministre de Faure et vieux briscard de la vie politique togolaise.

FRATERNITE

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