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Gabon : La « comédie » de coup d’Etat

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Finalement, le «Conseil national de restauration» n’a été qu’un feu de paille. En moins de quatre heures, la tentative de coup d’Etat du Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité(MPJFDS) a été mise en échec par le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale    (GIGN). Au-delà de son aspect saugrenu, le «coup d’Etat le plus bref au monde» charrie plusieurs questions.

Ils ont pris le contrôle du siège de la Radio et Rélévision du Gabon ( RTG),  vers 4 heures du matin. Moins de cinq heures plus tard, les cinq militaires du Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité(MPJFDS) qui ont tenté un «coup d’Etat»  lundi dernier ont été rapidement maîtrisés.    Pourtant au moment où Guy-Bertrand Mapangou, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication du Gabon, annonçait une «situation sous contrôle», Kelly Ondo Obiang, le «cerveau» présumé de la tentative de confiscation du pouvoir, était en fuite. Il ne serait arrêté sous un lit qu’après une fouille minutieuse des résidences qui jouxtent les abords immédiats du lieu où quelques heures plus tôt, il lisait le texte de son forfait.

Une comédie orchestrée depuis la «maison»

L’appel au soulèvement du Lieutenant Kelly Ondo Obiang serait-il un trompe-l’œil ? Sous cape, beaucoup à Libreville croient en tout cas à l’idée d’un «faux coup d’Etat» orchestré par le pouvoir en place afin de prouver qu’une tentative de prise de pouvoir par la force n’aurait pas l’assentiment des casernes. Ce vrai faux coup d’Etat servirait en fait à Ali Bongo, absent du pays depuis deux mois, de jouer sur le moral des hommes en treillis afin de dissuader toute velléité de prise du pouvoir par les armes.

Sinon, comment comprendre qu’une seule poignée d’hommes en béret vert puisse aussi facilement investir et contrôler la RTG ? L’impréparation des co-putschistes du lieutenant Kelly Ondo Obiang n’explique pas tout. Un homme de son galon membre de la Garde républicaine se verrait plutôt, comme dans les putschs qui ont abouti ailleurs, pourrait mettre la main sur certains dignitaires du pouvoir. Mais rien comme tel n’a été fait avant qu’il n’offre sa «comédie» médiatique.  Sans oublier que le chef putschiste s’est à plusieurs reprises perdu dans son texte.  Ondo Obiang était-il le pion d’essai de comploteurs tapis dans l’ombre qui l’aurait lâché au moment où son éphémère coup d’éclat empruntait la voie de l’échec ? Etait-il une marionnette, comme le pensent d’autres, où une machination orchestrée dans le cercle de Ali Bongo pour faire diversion ? Aussi par le passé lors d’un coup d’Etat les textes lus par les putschistes déclarent-ils en premier lieu la suspension des institutions de la République.  Ce qui n’a pas été le cas lundi dernier  et qui conforte la thèse de la comédie. La machination aurait plutôt consisté à mettre hors d’état de nuire certains de ces noms que les mutins ont cité dans leur déclaration les invitant à les rejoindre à l’Assemblée Nationale pour la mise en place de leur machin de conseil.

En outre, il y a des doutes sur les images des deux soldats putschistes abattus qui circulent depuis hier sur les réseaux sociaux. Pendant qu’on a rien sur les cinq autres soldats qui auraient été arrêtés. 

De nombreuses autres questions sont tout aussi troublantes : pourquoi après leur déclaration, les mutins sont-ils restés dans les locaux de la télévision sachant bien qu’une armada répressive allait forcément arriver?

Un coup d’essai ou test de loyauté ?

Autre hypothèse, celui d’un coup d’essai. C’est un secret de polichinelle que depuis l’hospitalisation du président Ali Bongo, l’entourage présidentiel maintient une unité de façade. En réalité, il y a longtemps qu’il est fractionné en plusieurs clans rivaux qui se méfient les uns des autres, s’accusent mutuellement d’ourdir un complot et se mènent une guerre intestine en attendant le retour et l’arbitrage du «Boss». L’un de ces camps a-t-il tenté d’instrumentaliser l’homme au béret vert pour avoir la confiance du chef ?», a écrit un confrère gabonais en ligne.

Mieux, ce « vrai faux coup d’Etat » pourrait-il être le fait du pouvoir en place ? Il n’est pas exclu que face à un retour hypothétique d’Ali Bongo, certains hauts responsables n’aient pas pensé un instant à imaginer leur place dans un scénario sans Ali. Dans ce cas, le coup d’Etat pourrait également constituer un test de loyauté pour les membres de l’entourage proche du président gabonais. On a juste agité cet épouvantail-putschiste pour tester les réactions des uns et des autres. L’objectif étant de déceler ceux qui feraient bloc ou pas avec le noyau du pouvoir.

Au pays dont le parti politique au pouvoir s’est permis une présence aux universités d’été du Parti socialiste français sans y être invité, au pays où des caisses d’armes ont été découvertes dans une île au large de ses côtes sans suite, au pays du canular terroriste de Roland Désiré Aba’a Minko, nombreux ne croient pas un seul instant que le vaudeville militaire de ce lundi 7 janvier soit une véritable tentative de prise du pouvoir. En attendant la fin de l’indisponibilité « temporaire » du président Bongo et la présidentielle de 2023, la tentative de coup d‘État pourrait en être l’un des symptômes les plus visibles de la maladie qui ronge le système Bongo qui a survécu pendant plus de 50 ans à des mutations dont la perestroïka, semble désormais très malade.

FRATERNITE

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