LA UNE POLITIQUE

Manifestations : Que cherche l’Armée dans la rue ?

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Que ce soit la police, la gendarmerie ou l’armée, toutes ont une mission bien définie par la législation en vigueur.  Le maintien de l’ordre, par exemple, est du ressort de la police et de la gendarmerie. Mais au Togo, depuis le début de la crise politique en août 2017, à chaque manifestation de l’opposition, les militaires sont envoyés dans les rues. De ce fait, la question se pose de savoir pourquoi envoie-t-on l’armée remplir une mission  dont elle n’a pas les compétences requises ?

La crise politique qui couve au Togo depuis le 19 août 2017 a atteint une nouvelle proportion le week-end dernier. Pour réprimer les manifestations organisées par l’opposition, pour exiger l’arrêt du processus électoral conduit unilatéralement par une Ceni rangée du côté du pouvoir, les autorités en charge de la sécurité, en plus de la police et de la gendarmerie ont envoyé dans les rues les forces armées. Conséquence, on dénombre des morts par balles et des blessés graves.

Comme à l’accoutumée, les militaires ont fait usage de leurs armes. La preuve, la plus évidente a été montrée dans une vidéo qui circule en boucle sur les réseaux depuis le samedi 08 décembre 2018. Dans la vidéo en question on voit un homme en tenue militaire à bord d’un pickup noir tiré sur des manifestants qui ont posé des barricades pour bloquer une voie. En outre, la vidéo a également montré des hommes armés convoyés dans une voiture de l’armée togolaise circulant dans les environs. Au-delà de l’indignation légitime suscitée par cette scène rocambolesque, elle remet sur le tapis la question de la gestion des manifestations publiques par les forces de l’ordre.

En effet, depuis le début de la crise politique au Togo, l’armée est envoyée sans aucune explication dans les rues. Munis  de gros bâtons et des armes, les militaires n’hésitent pas à violenter les manifestants. Pire, ils utilisent leurs armes contre leurs concitoyens qui manifestent à main nue. Ces faits ont été plusieurs fois dénoncés par les organisations défenses des droits de l’homme. Mais que nenni.

Pourtant, la police est là

La police togolaise regorge des unités spécialisées dans le maintien d’ordre. Confrontées à une palette de situations allant du simple service d’ordre à l’émeute, voire à l’insurrection, et dont les conséquences, notamment en cas de bavure, peuvent gravement affecter la vie sociale et politique de leur pays, les forces destinées au maintien de l’ordre bénéficient d’un entrainement spécifique et disposent de moyens et de tactiques adaptés. Ces hommes en treillis étant censés se confronter non pas à des ennemis mais à des citoyens qu’il convient donc de contenir et de canaliser avec le minimum de violence et en leur laissant toujours une porte de sortie, sous le contrôle constant des autorités administratives et judiciaires. A cet effet, des efforts ont été consentis pour faire évoluer la gestion du maintien de l’ordre. Mais c’est tout le contraire qu’on observe ces dernières semaines. Seule une poignée de policiers sont envoyés dans la rue. Les securocrates de Faure Gnassingbé ayant visiblement une préférence pour l’armée.

Une possibilité rare dans les faits…

Selon l’avis des spécialistes, avant l’intervention de l’armée dans le maintien de l’ordre, la situation doit en effet nécessiter des mesures de sécurité exceptionnelles.  « Il est absolument impossible d’envoyer les forces armées tant que les gendarmeries peuvent faire face », a expliqué un expert en matière de stratégie et d’emploi des forces armées. « Une guerre civile, une occupation du territoire ou un effondrement de l’État peuvent justifier cette intervention. Ce n’est pas du tout le cas par exemple à Sokodé ou de certains quartiers de Lomé où les forces armées sont envoyées sur le terrain pour « gérer » les manifestations. Quand on se réfère à ce qui se passe en ce moment en France avec les Gilets Jaunes, l’armée n’a pas été déployée. Pourtant, ces manifestations sont parfois beaucoup plus violentes qu’ici.  Ce qui sous-entend, qu’au Togo,  les gens ont clairement d’autres idées derrière la tête », a-t-il ajouté.

En effet, que les conditions soient réunies ou non, les forces armées n’ont pas vocation à gérer le maintien de l’ordre. « Imaginons que certains quartiers « s’enflamment » et que la gendarmerie ne suffisent plus, envisage notre expert. Si les forces armées intervenaient, elles auraient qu’un rôle de défense des structures nécessaires à la vie ». Pour lui, les militaires sont formées pour faire la guerre et le maintien de l’ordre ne fait pas partie de leur métier. « Il y aurait des risques d’usage disproportionné de la force. Et malheureusement, c’est le constat depuis le 19 août 2017 », dixit l’expert avant d’ajouter « la place de l’armée n’est pas dans la rue. Cela reviendrait à dire que nous sommes en guerre ».

Dans un communiqué publié lundi dernier le Nouvel engagement togolais, l’un des partis politique en campagne pour les législatives du 20 décembre prochain a ouvertement dénoncé la gestion des manifestations par « les personnes qui n’ont pas les compétences en la matière » en substance l’armée. « Les règles de proportionnalité et de maitrise de l’art de la gestion des foules devraient en permanence habiter nos forces de l’ordre et de la sécurité. La recrudescence de l’usage d’armes à feu dans la gestion des manifestations publiques met à mal notre idéal démocratique basé sur l’État de droit et le respect de la personne humaine. L’usage disproportionné de la force létale, souvent par le fait de personnes n’ayant rien à faire et rien à voir dans la gestion des foules, interpelle les plus hautes autorités de l’État », a écrit dans son communiqué la formation politique dirigée par l’ancien militaire Gerry Taama.

En sommes, la mission de prévention et de la gestion des troubles revient donc à la police, mieux formée pour être au contact de la population. Dans un État démocratique, c’est à la police républicaine, sous le contrôle de la justice, de rétablir la sécurité.  Aujourd’hui, l’envoie des troupes armées dans la rue n’augure rien de bon. Elle dénote clairement que Faure Gnassingbé n’a jamais regretté les événements qui ont conduit à son accession au pouvoir en 2005.

FRATERNITE

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