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Parlement de la 6ème législature :Quel type de député seras-tu ?

Hier mardi 08 janvier 2019 s’est ouverte, à l’Assemblée Nationale, la première session plénière de plein droit de la sixième législature issue de la quatrième République. S’il y a un chantier à la fois hardi qu’ardu qui attend les 91 députés issus des législatives du 20 décembre 2018, durant les cinq prochaines années, c’est celui de parvenir à convaincre les togolais sur leur statut d’élus du peuple.

Le train annoncé par Gilbert Bawara aura finalement atteint la gare. Malgré les appels multiformes pour un report, le 20 décembre, comme voulu par le pouvoir de Lomé, s’est tenu. Jetant ainsi de sérieuses doutes sur l’issu à nourrir pour la crise qui s’est éclatée le 19 août 2017 pour l’alternance.

C’est parti !

Ainsi, c’est un parlement monocolore composé de Unir et ses alliés qui, depuis hier mardi, ont le monopole du débat parlementaire et ce, pour les 5 prochaines années. À l’ouverture de la session inaugurale, le Doyen d’âge de fait, André Johnson, député UFC qui avait à ses côtés les deux plus jeunes députés, a invité ses camarades parlementaires à se transcender des partis politiques pour des débats qui prennent uniquement en compte, l’intérêt suprême de la nation.

 «J’ai conscience que le chantier qui nous attend est énorme et le monde entier nous observe et que nous devons poser des actes qui garantissent l’enracinement de notre démocratie », a-t-il déclaré. Et l’ancien ministre de l’Environnement et des Ressources forestières de poursuivre : «Les opinions divergentes, les désaccords et les débats contradictoires ne devront pas nous faire perdre de vue l’importance de cheminer ensemble en usant du dialogue et de la bienveillance pour trouver le nécessaire équilibre qui garantisse la paix et la stabilité tout en préservant les libertés individuelles », a-t-il lancé. 

D’ores et déjà, les regards se tournent vers Komi Klassou, Agbeyomé Kodjo,  Frederick Abass Kaboua, Gerry Taama et autres Mey Gnassingbé. Revêtant désormais le manteau d’élus du peuple, bien qu’issus d’un scrutin historiquement décrié par l’ecrasante majorité des togolais, ces Hommes et Femmes présentés ironiquement par certains analystes comme des «Députés nommés»  auront une législature bien particulière. Celle qui mettra à l’épreuve, leur capacité à convaincre l’opinion qu’ils méritent, au-delà des critiques, leur nouveau statut de députés. Et cela émanerait des actes qu’ils poseront tout au long des cinq prochaines années. Les élus du 20 Décembre 2018 auront avant tout un défi : celui de surprendre positivement leurs concitoyens «qui sont prêts à tout donner pour ne point les croiser dans  la rue juste parce-qu’ils sont devenus à leurs yeux le symbole de la trahison et du déshonneur». Les nouveaux députés ont donc le défi de se démarquer historiquement de leurs prédécesseurs issus de la 2e  législature qui n’ont été ni plus ni moins que des «députés moutons» aux yeux de la quasi totalité des observateurs.

Les espoirs des togolais

Le premier chantier test, c’est justement celui des réformes politiques qui a tant déchiré majorité et opposition parlementaires tout au long de l’ancienne législature. Sur le sujet, le premier challenge pour le bureau qui se mettra en place dans les prochains jours consistera à décider de s’aligner ou non dans la dynamique du gouvernement sur la question des réformes à opérer.

En effet, plusieurs enquêtes et des tournées de la Commission Awa Nana ont révélé que les togolais exigent dans leur ensemble, la limitation du mandat présidentiel. Des fondamentaux de la Constitution de 1992 exigés par la C14 qu’a toujours rejetés du revers de la main, le pouvoir qui crie à une fixation sur la personne du Chef de l’Etat, l’expert de la CEDEAO aura choisit le juste milieu. Une mouture qui exclut la notion «En aucun cas», tout en maintenant la portion du libellé qui stipule que «nul ne peut faire plus de deux mandats». Il est donc question de mettre à l’épreuve la sincérité de ces nouveaux députés et de voir notamment s’ils agiront en faveur de la proposition de l’expert de la Cedeao, ou s’ils céderont au diktat de Unir dont la propension à sauver, à tout prix son president Faure n’est plus à démontrer. Agir en faveur de la première option leur fera gagner la confiance, bien qu’infime du peuple qui attend que les réformes soient faites, mais pas à n’importe quel prix. C’est ici le lieu de rappeler les recents propos du ministre Bawara qui rassurait lors de l’entretien qu’il a accordé au confrère Bylalias d’Africa 24 que le texte qui sera soumis au parlement sera celui de la CEDEAO en l’état avec la mention «nul ne peut faire plus de deux mandat». Les togolais croisent les bras pour voir l’acte suivre la parole. Et un texte  contraire, à la limitation immédiate du mandat présidentiel devrait succiter la désapprobation tant de ceux qu’on qualifie  de partis satellites que des indépendants et même de certains deputés du groupe bleu turquoise en ce sens que garantir  l’alternance est une libération de l’avenir commun et de début de restauration de la confiance qui a fortement pereclité à ce jour. Les députés auront donc à montrer que ne sont pas des moutons redevables en tout au pouvoir cinquantenaire. Mais l’occasion leur sera donnée de montrer au contraire qu’ils peuvent être aussi des tigres si les enjeux l’impose. Non en criant juste leur tigritude mais en la manifestant en tout honneur, comme l’a écrit l’auteur nigérian Chinua Achebe.

L’autre chantier sera pour ces derniers d’amener, par la force du pouvoir législatif qu’ils incarnent, le Chef de l’état à passer défendre annuellement son bilan à travers l’exercice sur l’état de la nation devant «ses députés», comme le prévoit la constitution. Exercice auquel, ni Faure Gnassingbé, ni son feu père, feu Gal Gbassingbé Eyadema ne s’est jamais plié. Parvenir à contraindre le Président de la république à se plier à ce principe démocratique sera une prouesse à l’actif de cette sixième législature de la quatrième République.

S’il y a également un terrain sur lequel les togolais souhaiteraient voir également les 91 députés, c’est d’abord d’amener les ministres du prochain gouvernement, à déclarer leurs biens, comme le prévoit également la constitution. Aussi, arriver à interpeller les mis en cause dans les dossiers brûlants des 600 millions de la CAN et des 26 milliards de la route Lomé -Vogan- Anfoin à expliquer aux togolais, ce qui en est de ces deux dossiers qui cristallisent les débats depuis plusieurs mois déjà dans le pays. Et qu’au besoin, le droit soit enfin dit pour que cesse l’impunité dont jouiraient les mis en causes.

Au service du peuple et non des chapelles politiques

Aujourd’hui, après l’euphorie de nombre de députés de se retrouver au parlement, par la force des choses, l’ensemble des élus, devront véritablement œuvrer, comme l’a souhaité le Doyen d’âge hier à ce que le Togo soit la primauté de tous les débats, en lieu et place de la politique politicienne qui, le plus souvent, occupe le quotidien des parlementaires dont la mission se réduit uniquement à défendre leurs différentes chapelles politiques plutôt que les intérêts des peuples qui les ont élus, si tant est qu’ils sont vraiment des élus.

Ils sont vraiment devant une affaire de tigre ou de mouton !

FRATERNITE

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