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PND et PNP : Qui voit le rapport ?

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Le Plan National de Développement (PND) : c’est la nouvelle accroche, telle sur une affiche publicitaire conçue expressément depuis les évènements du 19 Août 2017 pour requinquer l’image sclérosée du pouvoir cinquantenaire togolais. Il est important de souligner  qu’à l’origine du sursaut du 19 Août se trouve une entité qui a pour sigle le PNP. Comme par hasard, la panacée qu’on a trouvé pour remettre assis ces togolais que le PNP a mis debout depuis le 19 Août se sigle PND. Coïncidence ou une pure communication  politique qui cherche à faire éclipser dans l’esprit des Togolais, le contenu avarié par un nouveau contenant reluisant ? Analyse !

 Le PND,… oh lala… !

Elle est la cinquième recette brandie depuis 14 ans de gouvernance du Chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé. Le PND est sorti des portefeuilles après les rhumes en plein parcours et non expliqués du Dsrp1, du Dsrp2, de la Scape et du PUDC. Pendant que ce dernier programme que le Togo a copié du Sénégal a permis la réélection dès le premier tour du président sortant Sénégalais Macky Sall, aux termes de la dernière présidentielle, le PUDC togolais s’est d’abord vu lesté par les intérêts oligarques  de l’éternelle minorité avant de se perdre dans les poussières des localités logées cyniquement au chapitre de l’oubli par le régime cinquantenaire depuis toujours.

Qu’à cela ne tienne, si le PND, dans ses plus belles lignes, était encore plus réaliste et plus sérieux, il pourrait avoir le mérite d’annoncer un oasis, avant qu’on apprécie à terme, si cela n’a été qu’hyperbole de l’esprit ou carrément un mirage. Mais voilà que dès la première marche, les premiers chiffres annoncés pour ce Plan alléchant font tomber les bras.

Comme nous l’avons souligné dans notre parution 302 du 20 Février dernier, « le PND est annoncé dans un scenario pessimiste pour une croissance à 5,2 % entre 2018 et 2022. Or, en faisant grâce de la première courbe d’échec qui a plombé la croissance à 4,9% en 2018, les meilleures gymnastiques, annoncent le taux de croissance de cette année à 5% tout au plus ». Soit déjà un cumul de deux années consécutives où la croissance est en deçà du scenario pessimiste retenu dans le document.

Et parlant de scenarii pessimistes, « les risques de remous socio-politiques sur la question de l’alternance politique sont déjà là, cette année 2019, avec toutes leurs conséquences sur l’économie. Et ces risques sont de plus en plus solides au fil des semaines que le Chef de l’Etat entretient le flou sur sa volonté de candidature en 2020 pour un quatrième mandat ou non », avions-nous également souligné.

Selon le document du Plan, « le PND nécessitera de gros investissements estimés à plus de à 4622,2 milliards FCFA, le rôle du secteur privé sera prépondérant. Figure de proue de cette stratégie de développement, les privés pourraient y participer à hauteur d’un peu plus 2999,1 milliards de FCFA (5,4 milliards dollars), soit 65% du coût global du Plan. Les dépenses d’investissement public, quant à elles, sont attendues à 1623,1 milliards de FCFA (2,9 milliards dollars), représentant 35% du coût global ». Une belle littérature quand on sait que déjà le ratio dette sur PIB du Togo culmine actuellement à au moins 75%, au-delà des recommandations de l’Uemoa et que cela étant, une bonne partie du budget de cette année va servir à payer ces engagements comme l’explique le macroéconomiste togolais et ex Ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, Kako Nubukpo.

En effet, selon M. Nubukpo, «le Togo a un budget 2019 fragile…. Car les recettes fiscales environ 675 milliards, donc un peu moins de la moitié du budget. Il faudrait rajouter les recettes non fiscales qui proviennent entre autres des privatisations et d’un certain nombre d’éléments qu’on ne maitrise pas toujours. Mais cela pourrait éventuellement nous ramener à 800 milliards. Il est dit aussi dans la loi des finances 2019 que nous allons faire des emprunts. En face, 42% du budget sur les 14 000 milliards (budget 2019) part au remboursement de la dette. Et 40% consacrés au salaire et aux transactions. Seuls 20% sont réservés à l’investissement»

Pour Kaku Nubukpo, le PND dans son état actuel ne fera contribuer qu’à «  un processus d’entement croissant » du Togo, puisque, « le Togo emprunte sur le marché de taux d’échange à 6,5%. Alors que le scénario de base est de 5,2% », a justifié l’ancien chef service de la BCEAO. Ajouté à cela, il y a les lourdeurs administratives que souligne l’Enseignant d’économie à l’Université de Lomé « Ce que moi, j’ai constaté en tant qu’ancien Ministre de la prospective, c’est que vous avez une pluralité de centres de décision. Vous avez la présidence de la république qui impulse les projets. Mais ensuite vous avez les ministères, la primature. Cela suscite des coûts de coordination et donc des coûts de transaction. C’est des éléments à partir desquels nous devons nous dire attention », a relevé le Professeur Nubukpo.

Panacée à la «nébuleuse» PNP ?

Créé en 2014, le Parti National Panafricain de Salifou Tikpi Atchadam a montré les prémices de ses intentions en prenant faits et cause contre la présidentielle de 2015. De fin 2016 à début 2017, il a montré les premiers signes de sa capacité de mobilisation sur le terrain.

« Certains nostalgiques auraient voulu voir en Tikpi Atchadam l’espoir reincarné d’un certain Djobo Boukari des années 90, mais pourvu qu’il ne se révèle pas au final n’avoir été qu’un ‘’show Man’’ de plus » avions-nous écrit dans notre parution N°230 du 12 Juillet 2017. Et, cinq semaines plus tard, soit le 19 Août 2017, Tikpi Atchadam et ses camarades nous apporteront la réponse en démontrant leur force de frappe. Le Pnp a deployé une vitesse de croisière qui aura le mérite de re-booster la lutte pour l’alternance ensommeillée depuis Avril 2015.

« Parti ethnique », « parti identitaire », voilà les étiquettes qui sont accrochées à raison ou à tort à cette famille politique qui a choisi de s’identifier par l’emblème d’un cheval au galop sur un fond rouge guerrier, des éléments identitaires des communautés Tem et alliés au Togo.  En effet, comme le disait le 20 août 2006 un ex baron du pouvoir togolais au sortir de la signature de l’Accord politique global (Apg), « au Togo, dis-moi de quelle localité tu es et je te dirai le parti politique auquel tu appartiens ».

Mais, s’il est vrai que le Pnp a surfé sur la solidarité légendaire reconnue pour la communauté dont est fils son président fondateur, on oublie très souvent de souligner que le message et les idéaux que défend Tikpi Atchadam ont fait aujourd’hui du Pnp, le parti identitaire de tous ces togolais qui ont en commun le partage des injustices sociales, des pratiques abjectes et deshumanisantes, des affres de la mauvaise gouvernance, etc, commises depuis 52 ans par le même clan. Un clan qui a déjà commencé son renouvèlement héréditaire au vu et au sue du peuple qu’il considère certainement comme ses zouaves.

C’est plutôt sous cet angle qu’il faut considérer le Pnp comme  un parti identitaire. Un parti qui de par ses idéaux et sa capacité mobilisatrice a certainement créé aujourd’hui des partisans qui sommeillent calmement jusque dans les plus hautes arcanes du pouvoir. Ce n’est qu’une évidence. Partant de là, on n’a pas besoin de s’offrir les services d’un expatrié ou un quidam de quels cieux pour comprendre que le Pnp est devenu une nébuleuse.  Au-delà du parti politique le Pnp est devenu un phénomène qui a réussi à mettre désormais debout tous les togolais du Nord au Sud contre l’esprit moyenâgeux d’un pouvoir dont même la jeunesse de son nouveau chef n’a offert au mieux que le rhabillage et le silence de Ponce Pilate.

Devant un tel cliché si profondément détérioré, le PND ne saurait être une formule magique de régénérescence. Tout le monde le sait. Même si comme par hasard la rime est bien trouvée dans une certaine formule comme Réparation Pnd  contre la colère  conquérante Pnp.

L’ironie est que derrière les sourires et les acquiescements qu’ils vendus au pouvoir togolais ces icones internationaux mobilisées hier à Lomé pour le lancement du Pnd, savent très bien que le fruit est suffisamment pourri. Ils savent que les actuels enjeux mondiaux sont plus puissants, surtout pour la sous-région ouest africaine que cette opération de charme.

C’est surtout cela qui est méchant dans les relations internationales. Et ce n’est que de la chimère si on refuse de le voir nettement. Dans le cas Togo, le Pnp a été mis en orbite pour créer le ralliement Nord-Sud avec toute sa nébuleuse silencieuse.

Suivons la suite !

 FRATERNITE

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