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Togo : La semaine de suspens

Contre vents et marrées, le gouvernement togolais avance vers les élections législatives, prévues demain jeudi le 20 décembre 2018. Ceci, nonobstant les nombreux appels au report de ce scrutin dont le processus est unilatéralement conduit par le pouvoir de Lomé. L’intransigeance affichée de Faure conjuguée à la détermination de la coalition des 14 formations politiques (C14) font donc craindre une semaine de tous les suspens.

De l’électricité dans l’air

Adviendra que pourra. C’est ce qu’il convient de tirer aujourd’hui comme conclusion, à 24heures de la tenue des élections législatives projetées sur demain jeudi. Ceci, au travers d’une analyse bicéphale faite de la situation politique actuelle du Togo.

En effet, pendant que le pouvoir tient solidement à la date indiquée, comptant sur sa soldatesque qui, en de pareilles circonstances, se mue en une véritable machine de répression et de terreur, la force coalisée de l’opposition traditionnelle (C14), elle, croit en sa capacité d’empêcher, par tous les moyens, le scrutin. «Nous ferons tout pour empêcher, par des moyens légaux, la mascarade électorale en cours de préparation», a réitéré cette semaine, Brigitte Kafui Adjamagbo, la Coordinatrice de ce regroupement de partis politiques. Car, explique la secrétaire générale de la Cdpa, ce que préconise la feuille de route de la Cedeao, pour une sortie de crise apaisée, c’est d’organiser des élections consensuelles et transparentes qui soient préparées ensemble. Or, précise-t-elle, « Les élections ont été préparées en violation du code électoral». Et de recommander, ensuite : «Face à ce coup de force électoral, nous demandons aux populations de ne pas se laisser faire».

Une déclaration à laquelle répond indirectement le ministre de la Sécurité, la Gal Damehame Yark qui met en garde tous ceux qui tenteront d’empêcher l’ordre normal des activités électorales ce jeudi. «Si les gens prennent le risque, ils auront la loi devant devant eux. Si quelqu’un agresse quelqu’un qui va remplir son devoir civique, celui-là sera identifié et répondra de ses actes. Si quelqu’un compte aller se cacher dans un pays voisin, je tiens à rappeler que le monde est devenu un village. Ce dernier sera vite ramené au pays où il répondra de ses actes devant le juge». Voilà une passe d’armes entre C14 et gouvernement qui en dit long sur l’ambiance qui prévaudra avant, pendant et après le 20 dans le pays.

Une semaine de suspens

Somme toute, une semaine pleine de suspens. Ceci, au point où nombre  d’observateurs craignent déjà des lendemains incertains pour le pays. Surtout au regard de l’histoire politique du pays où les périodes électorales ont toujours été mouvementées, avec des conséquences malheureuses et désastreuses, tant en dégâts matériels qu’en pertes en vies humaines.

Veines missions de bons offices

Et pourtant, des initiatives pour désamorcer la bombe se comptent au bout de doigts. «…nous voudrions, au nom de la primauté de la paix, appeler les acteurs compétents à privilégier la recherche permanente de solution consensuelle et durable de la crise actuelle et à repousser, de quelques mois, les élections législatives prévues le 20 décembre», écrivaient encore le 03 décembre dernier, les églises évangélique protestante et Méthodiste du Togo, dans un message fort retentissant. Un message qui vient ainsi corroborer les nombreuses sorties de l’église Catholique à travers la Conférence des Évêques du Togo (Cet), de l’Archevêque Émérite du Togo, Mgr Philippe Fanoko Kpodzi, l’Association des cadres musulmans du Togo et une ribambelle d’organisation de la société civile qui demandent toute le report des élections.

De la revanche en perspective

Aujourd’hui, qui pourra réellement faire reculer Faure Gnassingbé dans son projet du 20 décembre, aux allures d’une revanche ? Personne si ce n’est lui-même, malheureusement et résolument engagé, et plus que jamais, à en finir avec l’opposition radicale. En effet, il est clair aujourd’hui que le seul enjeu poursuivi par le régime de Lomé, avec ce qu’il convient d’appeler une complicité passive de la Cedeao et autres chancelleries au travers de leur silence coupable, c’est de renvoyer, à la touche, au soir de demain jeudi, les figures de proue qui alimentent la vie politique du Togo depuis plus de vingt ans. Ceci, érigeant à leur place, une opposition maniable qui lui permettra d’opérer les réformes, selon sa volonté, notamment lui dérouler le tapis pour une présidence qui courra jusqu’en 2030.

Ainsi donc, Me Yawovi Agboyibo, Jean-Pierre Fabre, Brigitte Kafui Adjamagbo, Me Dodji Apevon, Jean Kissi et autres se paieront une retraite forcée de cinq (05) ans qui scellera, peut-être, la fin de leur carrière politique. Car, d’ici là, s’opéreront les réformes version «Faure» qui, certainement, contiendront des clauses qui enverraient ce beau monde à la touche, pour les prochaines échéances électorales.

En y procédant ainsi, Faure Gnassingbé aura certes «gagné» un combat. Mais gagnera-t-il pour autant la guerre? Toute la question reste posée. Qu’à cela tienne, tout prouve à suffisance un projet aux allures d’une revanche qui ne dit pas son nom.

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