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Affaire de «trafic de note» à l’Université de Lomé : Il y a rien de sérieux !

Depuis quelques jours, tout le Togo est ému par une supposée affaire de trafic de note à la Faculté des Sciences de Santé (Fss) de l’Université de Lomé. Cette affaire a conduit à l’arrestation des Professeurs Majesté Wateba Ihou et David Dosseh et de deux étudiants. Face à la levée de bouclier généralisée suscitée par cette affaire, à divers niveaux de la société, notamment une grève sèche de 96 heures des praticiens hospitaliers, la mesure de garde à vue prise contre ces mis en cause a été expressément levée.  

Le SRI, un corps étranger à l’UL

A l’arrivée, sur sollicitation de la Présidence de l’université de Lomé, le Service des Renseignements et d’investigation (SRI) de la Gendarmerie a mis en garde à vue pour quelques jours, deux professeurs et deux étudiants, après enquête. Il s’agit d’une part du vice Doyen de la faculté, Prof Agrégé Majesté Ihou Wateba et Prof Ekue David Dosseh. Et de l’autre, Mademoiselle Tamekloe Amoudzi Léontine et Dosseh Foly Yan Cedric qui, paradoxalement, se trouve être le fils du Professeur  David Dosseh, l’un des activistes de la société civile. Que furent grandes, la furie et la désapprobation au sein de l’opinion, marquées essentiellement par des débrayages des étudiants de la Médecine qui réclamaient la libération de leurs professeurs et camarades.

Aux grands mots, les grands remèdes : la grève sèche

Dénonçant, pour leur part, le vice de procédure dans la conduite de cette affaire, et surtout l’humiliation subie par leurs collègues, les professionnels de santé n’ont pas hésité à monter au créneau. Ces derniers, regroupés au sein du Syndicat des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot) ont, dans leur réplique, décidé lors d’une Assemblée générale tenue lundi  dernier, d’une grève sèche de 96 heures (4 jours) à compter du mardi 13 mars 2018. Période durant laquelle, les patients moins graves sont priés de rentrer chez eux. Hormis certains services stratégiques comme la réanimation, les services d’hemodialyse et les centres de transfusion sanguine, il n’y aura, non plus ni admission, ni interne, ni garde dans aucun centre de santé public, y compris les urgences. Les morgues devront restées également fermées.  « Ce que nous faisons, nous le faisons avec détermination, conviction et conscience professionnelle  », a expliqué Dr Gilbert Tsolenyanou qui, par ailleurs, stipule : « Nous sommes près à remplir toutes les prisons du Togo  ».

Une volte-face salvatrice

Ainsi mise en branle, la machine offensive aux fins de contraindre l’équipe au Professeur Dodzi Kokoroko à rebrousser chemin. Et très vite, sentant venir le danger, le bon sens aura finalement prévalu. Dans la nuit du lundi 12 mars, les quatre mis en cause ont été relaxés après la levée de la mesure de garde à vue contre eux. Enfin, la tension a baissé d’un cran, aussi bien sur le campus que dans le secteur de la santé.  Toutefois, malgré cette volte-face salvatrice des autorités universitaires, la grève court néanmoins jusqu’au vendredi 16 mars, date à laquelle se tiendra une Assemblée générale qui décidera de la suite à donner à la lutte. « La Présidence de l’université de Lomé appelle dès lors la communauté universitaire au calme, à la retenue et à la sérénité, dans le respect de la présomption d’innocence et dans la recherche de la vérité », rappelle l’U.L dans un communiqué.

Il n’y a rien de sérieux

Au lendemain de la libération des mis en cause, résultant essentiellement du vice de procédure constaté dans la conduite du dossier et surtout de la désapprobation totale suscitée par une telle décision, il est dès lors, à creuser au fond du dossier pour en savoir ce qu’il en est. Mais contrairement aux accusations, il en ressort après nos recoupements que le dossier ne contient rien de tangible.

Il saute plutôt clairement aux yeux, un plan machiavélique d’affaiblissement psychologique mijoté dans les officines du pouvoir contre la personne du Prof David Dosseh, un des responsables de regroupement citoyen Togo Debout, très engagé aux côtés de la coalition des 14 formations politiques dans la lutte en faveur du retour à la Constitution de 1992 et ses implications juridiques. Rien de plus. Raison somme toute évidente qui a poussé le Coordonateur de ce mouvement, Me Raphaël Kpande Adzare à parler d’une tentative de «décapitation» du mouvement encombrant au régime de Lomé.

Ainsi donc, l’issue express et capitulative qu’a  connu l’affaire dans la nuit du lundi a prouvé suffisamment que l’arrestation du jeune et brillant Dosseh , dans le cadre de cette affaire, n’est visiblement donc qu’une stratégie mûrie et ficelée aux fins d’atteindre le père à travers le fils. Sinon quoi de plus etonnant qu’on ait dû s’acharner autant sur un jeune étudiant brillant qui a déjà décroché son Bac 2 seulement à 16 ans et dont le parcours témoigne largement aujourd’hui en sa faveur, pour une affaire de tricherie sans aucun fond. Quant aux autres mis en cause, ils ne sont autres que des victimes collatérales d’une visée politique qui a voulu tourner à l’humiliation des universitaires à qui l’on devrait plutôt respect et honneur.

La politique ne saurait s’imixer dans les affaires académiques. C’est cela la franchise universitaire que l’équipe au Professeur Dodzi Kokoroko a semblé royalement ignorer. Et c’est cela que réside le mal du continent africain dont beaucoup d’intellectuels n’ont point les tripes de dire non, lorsqu’ils ne sont pas d’accord. Il est temps d’apprendre à respecter les textes que l’on s’est prescrits. C’est aussi cela, la fierté de se proclamer Intellectuel.