LA UNE POLITIQUE

Afrique-France : Allons à l’essentiel !

L’Elysée n’a pas choisi le concept de ce sommet par hasard. C’est parce qu’elle a compris que ces chefs d’Etat avec qui elle tenait de façon exclusive ce sommet traditionnel sont aujourd’hui sous la drague fort séduisante d’autres puissances qui leur ont suffisamment apporté assez de lumière et plus de respect que le partenariat condescendant et hyper exploitant tenu avec la France jusqu’à ce jour. Alors, pour rebondir il faut savoir choisir le pied, surtout un pied plus solide donc plus jeune. Et ceci, à plus forte raison que c’est cette jeunesse qui porte le plus, le dégout ; l’indignation contre la politique française. C’est au sein de cette jeunesse que bouillonne cette volonté de dégager de l’Afrique la France jusqu’à la moindre racine si possible.
Le dialogue a été, sur les écrans, sans filtre mais tout ce que Montpellier a voulu faire construire dans l’esprit de la jeunesse africaine a été déconstruit très tôt en amont par la réaction assez effarante d’Emmanuel Macron face à la position du pouvoir malien. Qui plus est, il faut se demander si la France et Macron sont-ils sincères de volonté déclarée de changement quand on revisite les propos tenus par le président français sur l’Algérie et qui fait fortement tousser les relations entre l’hexagone et le pays de Bourgiba aujourd’hui. La réponse est non. Et qu’à cela ne tienne.

Quoique le décor comme le contenu du show servi à Montpellier se sont voulu fort séduisants, l’Elysée sait que les vraies voies de réparation du sentiment anti français sur le continent passent par cinq axes principaux qui sont : la suppression du franc Cfa pour redonner l’autonomie monétaire aux 14 pays du continent maintenus sous cette monnaie coloniale, la suppression des bases militaires françaises avec retrait des dix milles hommes installés aux quatre coins du continent, le retrait des instructeurs militaires qui noyautent les armées des pays francophones du continent et se font complices des intrusions politiques des hommes en treillis avec les pires exactions sur les citoyens avec d’illustres cas comme le Togo, le Tchad etc. Et parlant justement du Togo, c’est ce pays qui se trouve être l’éminence grise, le laboratoire des coups d’Etat constitutionnels et donc des mandats illimités dans la sous-région. Les citoyens ont donc été si étonnés qu’on est passé sous silence le cas du pays de Faure Gnassingbé qui lui-même se retrouve actuellement «jeune doyen» des chefs d’Etat de la sous-région avec quatre mandats à son actif. Très étonnant ce passage aveugle sur le cas Togo.

Enfin la France sait qu’il lui faut aussi et surtout, renoncer à son soutien aux dictateurs du continent à travers des actes forts , s’inscrire dans la libération culturelle des anciennes colonies afin qu’elles valorisent dignement leurs identités culturelles. Et tous ces axes, l’Elysée en est parfaitement consciente. Dans le cas pausible où on chercherait à avoir une meilleure approche, le sommet de Montpellier ressemble plus à une foire de briques à braques, bref du show. L’approche tolérable serait encore de rencontrer les groupes de pression et autres leaders d’opinion pays par pays pour discuter de la panacée idéale à la situation de leur pays avec l’appui de la France.

Au-delà d’une démarche de bonne volonté à l’endroit de l’Afrique révoltée, l’exercice de Montpellier était également pour Macron, candidat à sa propre succession, une campagne électorale avant l’heure. Il se trouve que l’électorat français est désormais fortement maculé par les immigrants dont la plupart sont à la 3e et 4e génération. Et au contre poids de toutes les promesses à lui faite par le candidat à l’Elysée, l’africain français attend essentiellement que la France change sa politique africaine afin que lui ouvrier de petits boulots ne soit plus si tant obligé d’envoyer, chaque mois, une partie des fruits de son labeur pour assurer la survie à sa vaste famille restée sur le continent. Ces africains français s’attendent plus à une réforme de la politique française en Afrique afin que cesse les décomptes macabres sans cesse par centaines des cadavres de migrants africains dans la méditerranée.

Et ce ne sont pas les show paroliers comme celui de Montpellier qui sont la solution, même si on a voulu les présenter comme un début. La réclame de solution est urgente et ne demande que des actes concrets. Rien de plus. Le genou de la France a trop étranglé le coup du continent noir. Et les options russes chinoises, même si elles ne sont pas si recommandables, s’imposent aujourd’hui comme des mains libératrices, des souffles de survie, tant soit peu.

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