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Agression de Gerry Taama à Bruxelles : Et si on voyait la vérité en face ?

En séjour de deux semaines depuis mi- juin en Europe, le Président du parti Nouvel Engagement Togolais (Net) a connu une mésaventure, le samedi dernier, à l’étape de Bruxelles. L’ancien candidat à la présidentielle de 2015 a été pris à partie par certains de ses interlocuteurs venus écouter son message.

« Nous ne sommes pas toujours d’accord sur tous les sujets, mais la rencontre directe avec un acteur du terrain vaut mieux que toutes supputations. Venez et parlons du Togo, franchement, et sans langue de bois ».

C’est par cette assertion que Gerry Taama annonçait son séjour politique  en Europe. Étalé sur deux semaines, le séjour européen du Président du parti Nouvel Engagement Togolais (Net), conformément à l’agenda concocté,  devrait être ponctué des entretiens dans certaines chancelleries occidentales, et des passages sur des médias internationaux. Mais également et surtout des rencontres d’échanges avec des togolais vivant en Belgique, en Suisse et en France. Ceci, expliquait Gerry Taama, dans le but de partager avec ceux-ci, les propositions des Centristes pour une sortie de crise apaisée.

Mésaventure Bruxelloise !

Mais seulement voilà. Si l’ancien élève de Saint Cyr a pu tenir une séance de travail le mercredi 13 juin à Bruxelles avec Mme TOMASZEWSKA, responsable du desk Togo de l’union européenne, celle prévue le samedi 23 juin avec la diaspora togolaise vivant à Bruxelles a malheureusement tourné au vinaigre.  «J’ai été agressé à Bruxelles par des militants se réclamant d’une certaine opposition. Jets d’œufs, de chaises et tentatives d’atteinte à mon intégrité physique », a annoncé l’intéressé. Et de nuancer toutefois que  « d’autres patriotes togolais, ne partageant pas forcément notre approche politique, se sont interposés ». Malgré cette agression, une première pour un homme politique togolais, le Président du Net  ne semble pas prêt à abdiquer.  «Je n’ai par contre aucun ressentiment pour ces personnes, instrumentalisées par des discours de haine.  Le travail à faire est encore important. Et cet incident montre la tâche qu’il reste à accomplir, pour atteindre la démocratie, la liberté d’expression et d’opinion. L’intolérance d’une centaine opposition est la meilleure arme de propagande du pouvoir.  L’alternance ne peut pas s’obtenir au prix de l’obscurantisme.  Nous valons mieux que ça !  ». 

Principale actualité au menu des débats

Depuis lors, cet incident fait le chou gras de la presse et est au cœur des débats. Pendant que certains togolais condamnent l’acte, d’autres semblent lui trouver une situation atténuante, notamment les crispations et ressentiments de plus en plus grandissants au sein de la population, du fait de l’immobilisme du jeu politique. « Je condamne cette agression dont a été victime le Président Taama. Quoiqu’il arrive, quoi que soient nos différences politiques, les muscles et la passion n’ont pas leur place en politique. C’est un jeu de méninges, et nous devons l’apprendre au Togo », s’est exprimé sur le sujet, Jean, 45 ans, un expert comptable à Lomé. Mais au-delà de la conception et l’analyse des uns et des autres, cet incident suscite de réelles réflexions sur la lutte démocratique au Togo.

Et si l’on voyait la vérité d’en face ?

C’est un secret de polichinelle que depuis les années 90, la lutte pour l’avènement de la démocratie au Togo est marquée par un manque criard de sincérité dans les démarches. Si le pouvoir est souvent pointé du doigt accusateur, il n’en demeure pas moins pour certains acteurs de l’opposition. Double langage, jeu clair-obscur et égoïsme sont entre autres vices qui conduisent facilement certaines à la mangeoire, sabotant ainsi la lutte.

Aujourd’hui, de toute analyse faite, tout semble dire que Gerry Taama est victime de son inconstance politique par laquelle on l’a vu  vaciller au gré de ses humeurs. C’est ainsi qu’il avait marché auprès du peuple dans les rues au début de la crise, réclamant les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Mais alors, la surprise a été grande de voir le même acteur politique revenir sur ces propos, quelques semaines après et pire, plaider pour la cause des élections qui, de tout temps, sont à l’origine des problèmes politiques au Togo.

Loin de cautionner l’acte commis sur le Président Gerry Taama, l’on peut y voir, l’expression d’un véritable ras-le-bol de certains togolais de la diaspora, pourtant des responsables. L’on n’exclura pas l’évidence d’une obsession poussée de ces togolais dont certains ont quitté le pays   pour persécutions et d’autres, pour absence d’horizon ou pour manque de respect  pour leur mérite, à régler leurs comptes à quiconque qu’ils considèrent comme un frein à l’enracinement de la démocratie au Togo. Et donc à leur retour au pays.

Après les condamnations, il urge plutôt de voir la vérité en face et  tirer toutes les leçons d’une telle déconvenue. Celle d’éviter de jouer avec les sentiments et la faveur d’un peuple longtemps désabusé comme celui du Togo dont le pouvoir est detenu depuis plus de cinquante ans par une même famille biologique et un seul bord politique. Donc synonyme de frustrations au sein des populations.

Cyrille PESSEWU