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Agriculture : Pourquoi le Togo ne mise-t-il pas sur la culture bio ?

Depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics ne lésinent sur aucun moyen quand il s’agit de mettre des intrants à la disposition des agriculteurs, peu importe les coûts. Pour la campagne agricole 2018/ 2019, 36 700 tonnes d’engrais  NPK et Urée sont mises à la disposition des agriculteurs. A l’heure où les voix s’élèvent pour dénoncer les méfaits des engrais chimiques, les autorités togolaises semblent ne pas y prêter attention. Pourtant, il existe une autre alternative, la culture bio.  La question est donc de savoir pourquoi le Togo ne mise-t-il pas sur cette option.

D’après le ministre de l’Agriculture, Col Ouro-Koura Agadazi, cette année les engrais  sont livrés sur toute l’étendue du territoire national en fonction d’un certain nombre de critères. Pour ce qui est de la vente, pour les paysans vulnérables déjà identifiés, le sac d’engrais est vendu à  9 000 FCFA contre 13 000 sur le marché. Chaque paysan vulnérable est gratifié de 3 sacs, ce qui fera monter la subvention à 2 milliards de FCFA pour le gouvernement pour une cible de 244 599 paysans à atteindre.

En vue de faciliter l’opération, le gouvernement, d’après le ministre Agadazi, a demandé aux sociétés privées de distribution de créer un point de vente dans chaque canton pour mieux rapprocher  les magasins des lieux de résidence des paysans. Près de 3 milliards de FCFA ont été ainsi mobilisés par le gouvernement cette année, contre 1, 5 milliard pour la campagne précédente.

Mettre chaque année des engrais chimiques à la disposition des paysans dans la perspective de la campagne agricole, n’est pas mauvais en soi. Mais alors, il urge au gouvernement togolais de soulager les supplices des valeureux paysans togolais souvent  en marge des mutations qui s’opèrent depuis plusieurs années au niveau de la production agricole notamment celle biologique.

En  effet, l’agriculture biologique est un modèle cultural qui s’inscrit pleinement dans une démarche de développement durable. C’est un système de gestion de la production agricole qui n’utilise aucun engrais chimique, pesticide, produit industriel de synthèse ou Organisme Génétiquement Modifié. L’agriculture bio utilise l’interdépendance des végétaux et des animaux pour être productive. Elle pratique le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures, respecte les cycles biologiques de l’environnement, vise la préservation des sols, de l’eau, de l’air et des ressources naturelles, ainsi que l’autonomie des agriculteurs.

Alors, il est inadmissible qu’au 21ème siècle, les paysans togolais n’aient qu’une idée vague de la production biologique. Pour eux, c’est un concept qui ne signifie pas grand-chose. Or dans les pays voisins au nôtre, c’est ce système de production qui fait gagner beaucoup d’argent aux paysans  qui mettent leurs productions ensemble pour l’envoyer à l’extérieur. Le gouvernement aurait donc mené un travail de vulgarisation et accompagné les paysans sur ce plan qu’aujourd’hui, sûrement le ministre Agadazi ne n’intégrerait plus des paysans vulnérables dans son circuit de distribution d’engrais chimique. Pas plus qu’il ne se verrait obligé d’importer tout ce tonnage d’engrais chimiques pour polluer nos plantations. Par ailleurs, si les pouvoirs faisaient un effort en vue  de l’instauration de la production bio au sein de l’agriculture togolaise, les consommateurs se porteraient mieux.

De multiples avantages…

En matière de santé, les spécialistes estiment que l’agriculture bio fait économiser aux pouvoirs publics les dépenses liées à la lutte contre les cancers en particulier ceux causés par les pesticides. Les aliments bios présentent également des teneurs en Nitrate inférieures de 30% et de 87% pour les nitrites qui peuvent affecter l’hémoglobine chez le nourrisson. Les produits présentent aussi des teneurs plus faibles en cadmium (25 à 50%) et des teneurs plus élevées pour les antioxydants (de 18 à 69 %). De ce fait, si les pouvoirs faisaient un effort en vue  de l’instauration de la production bio au sein de l’agriculture togolaise, les consommateurs se porteraient mieux.

L’emploi est également favorisé dans le bio : le coût de chômage évité pour la collectivité est important. En moyenne, une exploitation bio représente 2,4 unités de travail annuel (UTA, c’est-à-dire le temps de travail d’une personne à temps complet pendant un an), contre 1,5 en conventionnel, selon Marc Benoit, Agroéconomiste. 

L’impact de la culture bio sur l’environnement est insignifiant par rapport à l’agriculture conventionnelle. En effet, elle diminue les impacts environnementaux de l’agriculture et sa contribution au réchauffement climatique. La contribution de l’agriculture biologique dans la réduction de la pollution par les pesticides est bien connue. Elle peut aussi contribuer à améliorer plusieurs autres indicateurs environnementaux. En 2009, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport sur le potentiel des systèmes agricoles durables pour la mitigation de l’effet de serre. Le rapport insiste sur l’importance de faire évoluer l’agriculture vers des modèles moins dépendants des intrants chimiques. On y souligne que plusieurs composantes de l’agriculture biologique peuvent être appliquées pour améliorer les systèmes agricoles. On y souligne que les sols cultivés en agriculture biologique contiennent davantage de matières organiques et permettent ainsi de séquestrer plus de carbone. En outre, l’agriculture biologique réduirait les dépenses énergétiques de 25 à 50% comparativement à l’agriculture basée sur les intrants chimiques.

Au vu de tous les avantages que constituent la culture bio surtout pour un pays en voie de développement comme le Togo, on a du mal à comprendre pourquoi l’Etat n’est pas assez incitatif dans le domaine. Certes, la culture bio demande plus d’investissement, mais son apport est immense. Ce qui devrait amener nos autorités à s’y intéresser un peu plus pour laisser un héritage solide aux générations futures.  Pour l’heure, la culture bio, adoptée par de rares agriculteurs, se trouve à une étape embryonnaire. 

Miboussomékpo Koffi

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