LA UNE POLITIQUE

Antoine Folly, le symbole parfait de la « politique business »

Intervenant sur une radio privée lundi dernier, l’ex-membre de la coalition des 14 qui a mobilisé la rue contre le pouvoir de Lomé entre août 2017 et décembre 2018 semble désormais être hostile aux manifestations. Une sortie qui loin de surprendre, confirme l’instabilité de cet acteur politique recto-verso.

« J’ai bon espoir que ce que nous n’avons pas pu obtenir par la rue, nous pouvons l’avoir par la négociation et par le dialogue. Peut-être que je suis trop optimiste mais de ce que j’ai vu jusqu’à présent, cette volonté existe de part et d’autre de parvenir à un compromis politique qui permet au Togo de se lancer véritablement sur la voie de la démocratie »,  a déclaré Antoine Folly, délégué général de l’Union des démocrates socialistes (UDS-Togo) avant d’ajouter qu’il s’agit désormais de leur fil conducteur. Venant d’un homme comme Antoine Folly, cette déclaration est tout sauf surprenante.

Un opposant recto-verso…

Antoine Folly est l’un des politiciens qui font de la transhumance politique, une stratégie. Ces politiciens qui sont prêts à sacrifier leur conviction politique sur l’autel de la compromission financière. En effet, du CAP 2015 à la C14, Antoine Folly se retrouve systématiquement dans tous les regroupements de l’opposition. A la tête d’un parti sans réel ancrage politique, il fait donc partie de ces opposants qui ont eu à expérimenter une collaboration sans succès avec le régime togolais. En 2007, après un piètre score obtenu lors des législatives, Antoine Folly a intégré le gouvernement. Personne n’a compris ce choix fait par Antoine FOLLY  à l’époque. Il faut dire qu’il était l’un des farouches opposant à Faure Gnassingbé.  Depuis, le délégué général de UDS-Togo traine une réputation sulfureuse. Cette réputation sera accentuée avec son embastillement en prison à la suite d’une rocambolesque affaire de match fictif de Bahreïn en 2008. Sans oublier son rôle clair-obscur pendant la Conférence Nationale Souveraine.

Malgré son passé lourd, il était l’un des premiers à rejoindre la C14. D’ailleurs, à l’époque, certains observateurs se demandaient  comment un homme aussi controversé et de moralité douteuse puisse se trouver dans cette coalition qui portait les espoirs de l’alternance au Togo. Quelqu’un qui est trop versatile, ne risque-t-il pas de trahir une fois de plus l’opposition?

Ces interrogations légitimes au regard du passé de l’homme vont s’avérer prémonitoires. Puisque, la C14 comme les autres regroupements de l’opposition a connu une fin mouvementée avec des leaders qui s’attaquent entre eux. Loin de lui attribuer cet échec, il fait partie de ceux qui ont prononcé le requiem de la coalition avec des déclarations à l’emporte-pièce.

Mais cela ne l’empêche pas de s’ériger en donneur de leçon comme ce fut le cas dans un communiqué en date du 14 avril 2020. Au travers de ce communiqué, Antoine Folly demande à ses collègues de l’opposition d’avoir « le courage d’assumer devant le peuple togolais et devant l’histoire le choix délibéré de privilégier les logiques partisanes et/ou de promotion individuelle » et surtout de « tirer collectivement des leçons des erreurs stratégiques passées et trouver les solutions politiques pour mieux préparer l’avenir ».

L’opposition togolaise se cherche

Trente ans après la Conférence Nationale Souveraine, l’opposition togolaise n’a pas trouvé la bonne stratégie pour réaliser l’alternance souhaitée par les Togolais. En effet, au-delà de l’environnement institutionnel de la compétition électorale qui influe sur les chances et les stratégies des partis d’opposition dans leur ambition de réaliser l’alternance au pouvoir, l’opposition togolaise n’a pas réussi à trouver une stratégie efficace. Elle se cherche, un jour partisan de la rue, le jour suivant, apôtre du dialogue.

Au finish, cette instabilité ne profite qu’au régime togolais et aux politiciens marchands qui se remplissent les poches. Dommage pour le peuple.

FRATERNITE