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Après le Mali, la Guinée… Quel message nous envoie le coup d’Etat au Burkina ?

En l’espace de six mois, l’Afrique de l’Ouest enregistre trois coups d’état. Après le Mali et la Guinée, le Burkina Faso vient de connaître un putsch, avec le renversement du pouvoir de Roch Christian Kaboré. Si l’on ne saurait se réjouir d’une telle issue dans les démocraties de la sous-région, la répétition des faits pose sur le tapis, une question non moins pertinente. Assiste t-on inexorablement à un printemps qui scellerait définitivement le sort des dirigeants des états africains francophones à la solde de Paris?

Une fin inopinée

Dimanche, des informations annonçaient des tirs nourris dans quelques casernes du pays. Entre supputations sur un éventuel putsch et une communication de crise pour dissiper la peur au sein de la population, les rumeurs finissent par devenir réalité, le lendemain. Des militaires en uniforme, putschistes se réclamant du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), annoncent officiellement à la télévision nationale, la destitution du Président de la République, Roch Marc Christian Kaboré.

«Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), qui regroupe toutes les composantes des forces de défense et de sécurité, a ainsi décidé de mettre fin au pouvoir de M. Marc Roch Christian Kaboré ce 24 janvier 2022 », a notamment annoncé le capitaine Kader Ouedraogo. « Les opérations s’étaient déroulées sans effusion de sang et sans aucune violence physique sur les personnes arrêtées, qui sont détenues dans un lieu sûr dans le respect de leur dignité », a-t-il poursuivi. Dans la foulée, les putschistes annoncent la suspension de la constitution, la dissolution du gouvernement, de l’Assemblée nationale, la fermeture des frontières aériennes et terrestres, jusqu’à nouvel ordre puis l’instauration d’un couvre-feu.

Plus tard, la RTB, la télévision publique du pays, rendra publique, une lettre manuscrite signée du président déchu, et dans laquelle il dit « déposer sa démission », « dans l’intérêt supérieur de la nation, suite aux événements qui s’y déroulent » depuis dimanche. Une fin inopinée qui restera au travers de la gorge de celui dont l’élection en 2015 puis sa réélection en 2020 n’ont pourtant souffert d’aucune contestation.

Les causes lointaines d’un vent révolutionnaire

Putsch consommé au Pays des Hommes Intègres. Il plonge , ainsi dans une nouvelle crise, ce pays du Sahel déjà en proie à d’incessantes attaques djihadistes. Ainsi, la CEDEAO qui crie à la dissuasion des coups d’État, après les cas maliens et guinéens, va devoir composer avec le Burkina Faso qui vient de s’ajouter à la liste. Ironie du sort, ce putsch intervient seulement quinze (15) jours après qu’elle ait extrêmement rugit contre le Mali. Ce, au travers des sanctions à l’extrême allant jusqu’à violer royalement sa propre charte en ordonnant la fermeture des frontières entre États de l’espace communautaire avec le Mali. Ceci, juste pour faire peur à la junte malienne et surtout, dissuader toute autre idée de coup d’État dans l’espace sous régionale. Comme par enchantement, c’est le désormais déchu président Rock Christian Kabore qui s’était mué en liseur de motion, sinon la litanie de sanctions contre le Mali, le 09 janvier dernier à Accra.

Aujourd’hui, non seulement cela n’a guère empêché la répétition des faits, mais aussi il se trouve que c’est Kaboré qui se trouve, lui-même, victime sur la table de ce que son syndicat croit avoir totalement dissuadé deux semaines plus tôt. Simple concours de circonstances ou coup d’un sort irrémédiable ? L’évidence est que, bien que la démocratie en prend un coup, l’histoire se réécrit tout de même entre les États de l’Afrique francophone et la France qui agit plus de soixante après les indépendances, en colon conquérant, avec la complicité des dirigeants de ces Etats qui agissent près qu’en godillots.

Attention !

En effet, si on peut jusque-là, sur la base d’un certain nombre de faits, comprendre les cas du Mali et de la Guinée, celui du Burkina est difficilement acceptable.  Pour cause, ces derniers mois, le gouvernement burkinabè n’a pu empêcher la propagation du sentiment anti français qui se généralise, au-delà du Burkina, sur tout le continent. La résultante d’une jeunesse africaine consciente, éveillée et très engagée à lutter pour débouter la France qui tient toujours et solidement à ses anciennes colonies.

En outre, le procès Sankara qui, démarré il y a trois mois, compte tenu des déballages en cours, risque de montrer clairement le rôle du colonisateur dans le décès de l’ancien dirigeant révolutionnaire de la Haute Volta. Donc une très mauvaise publicité pour Paris, déjà en difficulté sur le continent. De fait, l’ancienne métropole semble être déjà à la manette, avec ce putsch que d’aucuns jugent inopportun. Encore que le chef orchestre des mutins se trouve être un ex élément de la garde présidentielle, donc un des protégés de l’ancien président Blaise Compaoré dont nul n’ignore la proximité, voire la loyauté envers Paris.

Début de fin des dirigeants «sous-préfets» en Afrique francophone ?

Fort de tous ces constats, l’on en vient à déduire que le premier rôle qu’essaient de jouer les militaires qui se propulsent au-devant de la lutte pour plus de liberté dans les états francophones du continent est un message fort. Cela résulte vraisemblablement de l’expression du relais d’une lutte démocratique  savamment marchandée et perdue par les politiques, face à un éveil de conscience au sein de la jeunesse africaine. Plus encore face à la posture de vassaux sans marges dont se complaisent malencontreusement les chefs d’état, complices de la franceafrique comme Ibrahim Boubacar Keïta, le regretté dirigeant du Mali, le Prof Alpha Condé de la Guinée et Rock Christian Kaboré du Burkina Faso, visiblement emporté par ses relations incestuelles avec la France, l’émergence de ces cas de récupération du fauteuil présidentiel par des hommes en treillis promettant restaurer la dignité nationale se trouvent être des solutions de fait. «Rock a montré son incapacité face à la situation. Les populations meurent. Les militaires aussi. Mais on ne sent pas le Chef de l’État qu’il est pour prendre le taureau par les cornes. Il se contente d’être un béni oui oui de la France. A un moment donné, l’armée doit réagir et c’est ce qui a été fait», résume un observateur. Et de conclure :«Dommage! Il aurait pu oser se démarquer de la France qu’il aura l’assentiment populaire».

C’est donc dire que le nouveau vent qui souffle sur le continent est inarettable. Il met au-devant, l’intérêt des peuples africains au détriment de ceux du club restreint des dirigeants qui ont trahit leur peuple. Et aux autres d’en tirer les conséquences qui s’imposent !

FRATERNITE