LA UNE SOCIETE

Attention ! Distribution de machettes dans les quartiers de Lomé

Une vingtaine de personnes arrêtées à Lomé et Sokodé a été présentée par les services de sécurité comme étant les instigateurs des violences contre les forces de sécurité debut novembre dernier à Agoè et Sokodé. Lors de la présentation des présumés auteurs de « l’insurrection» les machettes ont été l’essentiel des armes présentées comme celles devant servir dans l’assaut des assaillants. Paradoxalement, dans le cadre d’un projet appuyé par le gouvernement, une organisation a distribué largement  des machettes dans certains quartiers de Lomé.

Depuis quelques jours, en effet, une structure événementielle dénommée Akuestar distribue des outils d’assainissement dont les machettes dans plusieurs quartiers de Lomé. Ceci dans le cadre de la première édition du projet « Mon quartier ma priorité » placé sous « le haut patronage » du Président de la République,  Faure Gnassingbe. Cette initiative vise « à assainir certains quartiers de Lomé à travers différentes activités », indique une source proche de l’équipe de pilotage.

A cet effet, d’Octobre à Décembre 2019, les populations ont étés appelées à faire de leurs  quartiers, leur priorité. « Et ce en réalisant un acte citoyen : celui d’assainir ces quartiers. Ainsi, chaque week-end, durant cette période, les citadins sont tous conviés à redonner à Lomé sa beauté d’antan. Nettoyage des ruelles, destruction des dépotoirs, sensibilisation, éducation civique et citoyenne, installation de poubelles, tel est le menu concocté pour mener à bien ce projet de grande envergure », précise notre source avant d’ajouter « cependant, « Mon quartier, ma priorité », ce n’est pas que du travail urbain. C’est aussi du divertissement à travers diverses activités parallèles. Du fitness, du football, de l’athlétisme et un concert géant sont également prévus pour faire de cette première édition, une grande réussite ». Bref le projet s’articule autour de trois axes à savoir  la citoyenneté, le bien-être et la musique.

Des quartiers comme  Bè-Apedome, Hedjranawoe, Doumassesse et Amoutieve et bien d’autres ont effectué des travaux d’assainissements et ont eu droit  à un concert.

Mais bien avant, à Bè-Dangbuipé au terme des travaux d’assainissement, les tenants du projet ont remis au Chef canton, un ensemble d’outils d’assainissement composé de : deux brouettes, deux râteaux, 6 machettes. Dans les détails, les chefs des quartiers ont reçu une enveloppe de 5000 FCFA et les jeunes chargé de la mobilisation  4000 FCFA par quartier. Mais ce n’est pas là, l’objet de cet article.

Selon nos informations, les mêmes outils dont les machettes ont été distribués dans tous les quartiers concernés par ledit projet.

Le paradoxe « insurrectionnel »…

Fin novembre, deux attaques semble-t-il coordonnées contre les forces de l’ordre ont eu lieu à Lomé et à Sokodé. Un gendarme est décédé des suites de ses blessures et des armes de service ont été dérobées, a en croire des sources sécuritaires. Début décembre, les autorités ont annoncé l’interpellation de 18 personnes impliquées dans ces agressions. Lundi dernier, le ministre de la Sécurité, Damehame Yark, face aux diplomates, a annoncé l’arrestation au total de 28 individus membre d’une organisation baptisée « Tigre Révolution ». Le cerveau de ce groupe serait un Togolais vivant en Belgique, « Master Tiger ». Son objectif, déstabiliser le pays par des actions violentes. Mais depuis le début de cette affaire, des zones d’ombres non élucidées crédibilisent la thèse « d’un cirque à la togolaise » comme on en a connu par le passé. 

En effet, le fait d’un côté que le gouvernement croit être sous le coup d’une menace insurrectionnelle préparée avec des armes blanches et de l’autre, ce même gouvernement soutien un projet, quoique avec une vision noble, distribue notamment des machettes neuves pratiquement dans la même période sonne comme une contradiction.

Ce projet citoyen en soi st une bonne initiative mais le contexte de sa mise en œuvre laisse perplexe. « Il est évident que le gouvernement se contredit », a commenté un observateur.

Et ceci apporte de l’eau au moulin d’une partie de l’opinion qui pense que le pouvoir de Lomé instrumentalise cette « insurrection » pour museler l’expression des libertés publiques notamment les manifestations à l’approche de l’élection présidentielle de 2020.

C’est ce que nous appelons « le paradoxe insurrectionnelle ».  Si non comment comprendre que l’exécutif national puisse mettre indirectement à disposition des quartiers les mêmes armes reprochées aux « révolutionnaires ». Surtout dans les quartiers supposés bastion de l’opposition où les populations sont souvent victimes de bastonnades. Il y a de quoi s’inquiéter.