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Bénin : Et si Talon était mal compris ?

Le Bénin connaît, depuis quelques jours, des soubresauts politiques, nés du caractère particulier des législatives du 28 avril dernier. Depuis lors, les observations et analyses se succèdent, les unes aussi accablantes que les autres contre le pouvoir de Cotonou accusé de porter un coup à la démocratie béninoise. Si ce jugement n’est pas négligeable, il urge tout aussi de pousser encore plus loin, les analyses.

À l’origine, une loi exclusive

Tout est parti du nouveau code électoral et d’une nouvelle charte des partis politiques adoptées en septembre dernier par le parlement béninois. Une réforme électorale qui contraint, de fait, les formations politiques à se doter d’un certificat de conformité et qui, par la même occasion, revoient à la hausse, les cautions pour les élections présidentielles (passant de 15 à 250 millions de FCFA) et législatives (de 8 à 250 millions par liste). Conséquence, l’opposition classique qui n’a pas pu se mettre en phase avec la nouvelle loi, s’est vue, malgré elle, écartée du processus ayant débouché sur les législatives du 28 avril dernier. Ceci, au détriment du Bloc républicain (Br) et l’Union Progressiste (Up), deux partis se réclamant officiellement de la mouvance présidentielle et reconnus tels par le président Patrice Talon, officiellement sans chapelle politique.

Ras-le-bol

Le 28 avril fut donc un rendez-vous électoral particulièrement tendu et ensanglanté, avec à la clé, le plus faible taux de participation dans l’histoire politique du Bénin (22,9%). Lequel sera ponctué, plus tard par une période post-électorale  aussi des plus heurtées dans l’histoire politique du pays, depuis le vent démocratique des années 90. Au compteur, deux morts et plusieurs voitures et édifices incendiés. Une situation rendue encore plus délétère par l’encerclement par les forces de l’ordre du domicile de l’ancien président Thomas Yayi Boni que les spéculations annoncent menacer d’arrestation. Et depuis lors, le Bénin est au centre de tous les débats, avec une succession d’appels aussi bien des organismes sous-régionaux qu’internationaux au calme et à un dialogue franc et sincère entre les acteurs.

Dans l’ensemble, les analyses et observations sont largement en défaveur du pouvoir de Cotonou accusé de faire régresser, pour des calculs politiques, la démocratie béninoise reconnue des plus stables sur le continent et dont se targuent les fils et filles du pays de Béhanzin.

Et si la lutte était panafricaniste ?

Si la lecture faite sur le sujet reste incontestable, un petit recul et une élévation d’esprit fait découvrir des pistes à effleurer en ce qui concerne les raisons susceptibles de sous-tendre le basculement de la situation politique au Bénin.

Le premier constat à faire est que le parlement qui a voté la loi dénoncé aujourd’hui est le même qui avait débouté Talon hier quand l’homme a introduit sa volonté de limiter le mandat présidentiel à un seul.

En effet, l’on doit retenir d’entrée que la loi au cœur de la polémique, même si elle est remise au goût du jour par un député de la mouvance présidentielle, était déjà latente, mais que les successeurs de Talon ont toujours mise au placard, justement de peur de créer une situation conflictuelle jamais connue au Bénin. Donc, cette démarche du Président Talon, analysée sous un prisme panafricaniste, paraît une démarche de ce dernier de se départir d’un  système politique arrangé et caporalisé par certaines officines politiques. L’autre combat de Talon à bien voir est aussi de libérer peu à peu l’économie béninois de l’emprise française qui a ainsi régenté indirectement le jeu politique au pays des « Dadjè ». Cette thèse peut s’avérer quand on constate, plus loin, que quelques mois après son accession au pouvoir, Patrice Talon a donné un coup d’arrêt à l’hégémonie du Groupe Bolloré sur le port de Cotonou en le déboutant par voie judiciaire. Ce dernier, (Talon), convient-il aussi de le rappeler, fut celui qui a brisé le rêve français à travers la cuisante défaite infligée à Lionel Zinsou, pris pour candidat de la France, lors de la présidentielle de 2016. Ceci, lorsqu’on sait que ce dernier est un pur produit de la France et qui, en tant que tel, représente plusieurs intérêts du club de Paris.

Et si l’enjeu était d’utilité moderne et panafricain !

Dès lors, on comprend mieux le traitement tout particulier, et parfois biaisé fait de l’actualité béninoise par les grands médias français. Ceci, alors même qu’elle est plus bruissante, ailleurs sur le continent où leurs intérêts sont en jeu mais où la démocratie est mille fois plus bafouée qu’au Bénin. La visite au Congo, dans la foulée des violences post électorales, du ministre béninois des Affaires Étrangères, Aurélien Agbenoncy auprès de Denis Sassou N’Guessou, le patriarche des défenseurs des intérêts français sur le continent, n’est donc que la lumière qui vient éclaircir l’obscurité épaisse dans laquelle baigne le sujet béninois et qui échappe malheureusement à nombre d’analystes. La démarche vers Sassou Nguesso plutôt que d’être une allégeance à un dictateur viserait plutôt à demander à ce grand préfet français d’Afrique  d’amener ses mentors à libérer petit à petit le Bénin plutôt que de jouer aux pyromanes.

Talon c’est celui qui en digne fils de Ouidah, capitale du Vodou a eu le courage de demander à l’Etat français de bien vouloir rendre au Bénin toutes les reliques culturelles, œuvres d’art  etc qui ont été emportés du Bénin et logés dans les musées français jusqu’à ce jour.

Et Macron qui est venu dans la même dynamique que Talon, celle de rompre avec une vieille classe politique qui nuit plus qu’elle ne fait évoluer la démocratie, a répondu à son homologue béninois en mettant en place une commission qui a fait l’état de tous ces objets en attendant de convenir du mécanisme de retour à leurs pays d’origines.

 C’est comprendre que l’enjeu de la crise béninoise est générationnel comme en France avec une volonté ferme de moderniser et redynamiser le jeu politique.

FRATERNITE

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