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Bientôt la fin du CFA Éco… l’autre supercherie ?

Encore quelques mois et les pays qui ont en partage le Franc CFA changeront de monnaie. En 2020, selon les projections, le Franc des colonies françaises d’Afrique sera remplacé par l’Eco, la nouvelle monnaie, avec une zone de couverture étendue à d’autres Etats de la Sous-région. Comme toujours, l’émission de cette nouvelle monnaie en gestation n’est pas sans susciter de débats.

Bientôt la fin…

Le processus enclenché, il y a quelques années, est presque dans sa phase terminale. En 2020, les 15 États de l’Afrique de l’Ouest dont ceux ayant en partage le FCFA  auront pour monnaie commune, l’Eco. Le sujet était d’ailleurs sur la table du 121ème Sommet ordinaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) tenu, il y a quelques jours à Abidjan, capitale ivoirienne.

Certes, plus rien ne semble arrêter le train de l’Eco d’arriver à bon port. Tant l’implication des Chefs d’Etats de l’Afrique de l’Ouest,  le regard observateur intéressé de Paris, et la bienveillance de son missi dominici  Alassane Dramane Ouattara, est forte et active. Cependant, cette monnaie, au-delà de l’identité que l’on tente de lui forger, s’annonce aux yeux de nombre d’analystes et d’observateurs comme une autre supercherie.

Le roi est mort. Vive le roi !

En effet, de toute démonstration faite sur le sujet par le Chef de l’Etat ivoirien, un des chef d’orchestre du projet, il en ressort que l’Eco viendrait tout simplement en remplacement du CFA. Car, soutien Alassane Dramane Ouattara, cette monnaie, tout comme l’actuelle, conservera sa parité fixe avec l’Euro.

De même qu’il est fort probable que la future monnaie ouest-africaine soit imprimée à l’étranger à l’instar du franc CFA. Des suspicions finalement dissipées par les propos de Mamadou Koulibaly, professeur d’économie à l’université d’Abidjan et ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’ivoire qui estime que « si nous suivons l’option des volontaristes de l’Eco, c’est-à-dire les pays membres de l’actuel franc CFA, il n’y a pas de problème : la future monnaie Eco sera l’appellation du nouveau franc CFA. C’est à dire qu’on va juste remplacer le franc CFA par l’Eco.» Et de poursuivre en affirmant, par la suite, qu’ils (Ndlr : les volontaristes de l’Eco) vont continuer d’imprimer l’ECO là où le franc CFA s’imprime aujourd’hui. Et les autres pays qui ne sont pas dans le franc CFA vont se préparer et puis intégrer au fur et à mesure».

Le roi est mort. Vive le roi ! En clair, il saute clairement aux yeux que la monnaie Eco ne sera donc que le copier-coller parfait du F CFA, une monnaie que combattent, depuis un temps, des élites africaines et économistes chevronnés du fait de son caractère «servile». Somme toute une manière de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Et cela donne, à juste titre, raison à ces critiques comme le Prof Kako Nubukpo qui voit en cette monnaie, un outil de servitude des anciennes colonies françaises du continent africain, car étant une monnaie trop forte pour des économies si faibles comme celles de ces États.

Eco, l’autre supercherie

Si une telle analyse ne s’avère, on se demande donc pourquoi vouloir alors drainer obstinément le cordon ombilical des états africains depuis Paris, si tant est que celle-ci n’y a aucun intérêt ? Inutile de revenir sur les gesticulations du président ivoirien qui n’hésite pas à s’en prendre à toute velléités anti CFA.

Aussi, l’on se souvient de la précipitation avec laquelle ADO, dans sa posture de défenseur des intérêts français en Afrique de l’Ouest, a été rendre compte de l’issue des travaux de Niamey portant en partie sur le sujet à Emmanuel Macron. Ceci, surtout au regard de l’opposition affichée contre la démarche de certains gros calibres de la sous-région comme le Nigeria et le Ghana qui, loin des colonies françaises, respirent l’autonomie dans tout son sens. On se rappelle encore, dans ce sens, de la déclaration aux allures de «rappel à l’ordre» faite, récemment à Paris, par le président Ghanéen Nana Akufo-Addo à son homologue français Emmanuel Macron sur la nécessité de changer désormais de mentalité et de paradigmes, dans les relations de développement entre l’Occident et le Continent. «Il n’y a pas de Papa Noël qui viendrait développer l’Afrique. Nous sommes les seuls à pouvoir développer notre continent. Personne d’autre !», a déclaré, en substance le président ghanéen à son hôte français dont le pays est en drague constante avec le Ghana qu’il espère voir adhérer à cette culture esclavagiste. C’est, à ne point douter, une déclaration osée qui, en réalité, tire son soubassement de la liberté d’esprit et d’actions dont jouissent depuis belle lurette et sans complexe, les anciennes colonies britanniques vis-à-vis de leur colon.

La preuve en est aussi que des 54 États africains, seuls neuf pays, majoritairement anglophones comme le Nigéria, le Ghana encore la Gambie impriment leur monnaie sur place et non dans un pays étranger. Quant aux autres, ils se font frapper leur monnaie par des entreprises spécialisées en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore aux Etats-Unis et au Canada.

Visiblement, la monnaie Eco semble prédestinée à marcher dans les pas du FCFA, et à être critiquée, de la façon la plus acerbe par les anti CFA. Rien de nouveau sous le soleil donc. L’Eco, à l’analyse de tout ce qui précède, se présente comme une pure supercherie, la seconde après le CFA, sinon pire. Et cela repose, hier comme aujourd’hui, le problème de la réelle souveraineté des États africains.

Une souveraineté malheureusement compromise prise en otage, sur l’autel des intérêts.

FRATERNITE