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Candidature de Faure à la Présidentielle de 2020 : Le pouvoir remet à jour une vieille méthode

Par décret pris en Conseil des ministres jeudi 05 décembre dernier, le gouvernement a fixé la date du premier tour de l’élection présidentielle de 2020 au 22 février. En attendant la date de l’épreuve, les candidatures affluent de toutes parts. Mais le Président sortant, Faure Gnassingbé qui peut postuler pour un 4ème mandat, selon la nouvelle constitution, laisse planer le doute sur sa candidature. Et pour l’amener à se décider, l’aile marchande du pouvoir multiplie les appels à l’intention de son « champion ».

Une veille méthode utilisée par le pouvoir…

Les associations et mouvements de soutien au Président Faure persistent et signent que Faure Gnassingbé est le seul capable de faire du Togo, un pays émergent d’ici 2030. Ils l’ont réaffirmé lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue le 23 novembre 2019 à Kpalimé (120 km au Nord-Ouest de Lomé) autour du thème : « Pourquoi Faure en 2020 ». A l’occasion, ils ont appelé, de tous leurs vœux, les instances dirigeantes de l’Union pour la République (UNIR, au pouvoir) à prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de l’investir pour l’élection présidentielle de 2020. Pour les membres de ces associations et mouvements, Faure Gnassingbé a amorcé un « développement du Togo sur tous les plans » depuis son avènement à la tête du pays. Ces associations et mouvements soutiennent que le bilan de son mandat finissant placé sous le signe du social connait, selon eux, un « succès éclatant ».

Samedi dernier, c’est à Blitta (267 km au Nord de Lomé) qu’ils se sont réunis pour réclamer la candidature de leur champion.  « Pour nous, c’est Faure », « Pour 2020, c’est Faure », « Pour 2020, mon choix, c’est Faure », « Ici c’est Faure », voilà les messages écrits sur les pancartes  et banderoles exhibées par quelques militants lors de cette manifestation.

Toute cette agitation de l’aile marchande, orchestrée par les cadres du parti au pouvoir montre à suffisance le malaise qui entoure la candidature de Faure Gnassingbé pour un quatrième mandat. En effet, comme nous l’avons souligné dans nos précédentes parutions,  malgré la réforme constitutionnelle taillée sur mesure qui permet à l’actuel Chef de l’Etat de postuler au moins pour deux mandats, cette candidature n’est pas bien vue dans les cercles diplomatiques. La donne de « maximum deux mandats  pour les Chefs d’Etats », étant aujourd’hui la norme de crédibilité dans la sous-region, comme nous l’a confié une source en novembre dernier. Et le forcing orchestré de décembre 2018 au 08 Mai dernier n’ont rien changé à l’image foncièrement écorchée que traine le fils d’Eyadema placé au pouvoir depuis 2005 dans la douleur.

Cette méthode qui consiste à mobiliser aujourd’hui les populations dans la rue pour qu’elles implorent la candidature « du guide éclairé » comme ce fut déjà le cas sous le régime du Feu Général Gnassingbé Eyadéma fait plus marrer que d’intéresser qui que ce soit. Il ne serait pas étonnant qu’on nous montre  demain les malades du CHU Tokoin, malgré l’abandon légendaire dans laquelle végète cet hôpital,  pour réclamer la candidature de Faure. Et pendant qu’on y est, les malades pensionnaires de l’hôpital psychiatrique de Zebé pourront suivre la holà.

En effet, la tendance à la personnalisation des pouvoirs justifie l’usage d’une propagande qui aboutit très souvent à l’instauration d’un véritable culte de la personnalité. Les qualités attribuées aux dirigeants sont mises en exergue. Des surnoms symboliques permettent d’exprimer les vertus des nouveaux « stratèges » ou « guides éclairés ». Heureusement, le contexte des années 80 où cette méthode à contribuer à maintenir certains Chefs d’Etats n’est plus le même aujourd’hui. Les choses ont changé.

« Les Africains sont parfois leur propre problème car nous pensons toujours que nos présidents sont de petits dieux. Que quelqu’un soit président ne signifie pas qu’il est un dieu. Nous avons une tradition de chants et de louanges. Nous avons tendance à donner à nos présidents le nom qu’ils ne méritent pas. Nous avons tendance à trop louer les présidents en exercice et à leur faire croire qu’ils sont de petits dieux. Quand nous faisons penser à un président en exercice qu’il est ‘dieu’ et qu’il est le seul à pouvoir diriger les affaires de la nation alors la personne sera là »,  déclaré l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan en octobre dernier au Niger. Une déclaration qui doit faire réfléchir, ceux qui se livrent à ce genre de méthode archaïque.