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 Cellou Dalein Diallo: Dans les pas de l’opposition togolaise

La présidentielle en Guinée se tient le 18 octobre prochain. Un scrutin qui se prépare dans un contexte particulièrement heurté par la question du troisième mandat du président sortant, Alpha  Condé. Mais au-delà, la question de la candidature du chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo vient poser un débat de fond.

Les lueurs d’une crise pré electorale

Dans un peu plus d’un mois, les guinéens se rendront dans les urnes pour choisir leur prochain Président de la République. À l’image de nombre d’Etats d’Afrique francophone, ce scrutin en Guinée se prépare dans un contexte de crise. Une crise postélectorale provoquée par la candidature du président sortant, Alpha Condé qui rempile pour un troisième mandat.

Ce retournement de veste de l’universitaire et ancien opposant qui a  pourtant passé le plus clair de sa lutte à la dénonciation de telles pratiques a surpris plus d’un et fait apparaître les lueurs d’une crise pré électorale. Et depuis lors, des voix ne cessent de s’élèver pour fustiger une telle posture de confiscation de pouvoir contraire aux principes démocratiques. De l’opposition aux activistes en passant par des analystes et associations de veille citoyenne, tous sont vent debout contre Alpha Condé et son funeste projet. Prenant surtout aux mots, celui qui, à son arrivée au pouvoir en 2010, a bien martelé à qui voulait l’entendre qu’il ne changerait, pour rien au monde, la constitution aux fins de briguer un troisième mandat.

Et dans son plan de réplique en vue de mieux contrarier Alpha Condé dans son mic mac, la classe de l’opposition entrevoie boycotter le scrutin dans l’objectif d’esseuler Alpha Condé dans sa forfaiture. Une dynamique de laquelle se démarque malheureusement le Chef de file de l’opposition.

Cellou Dalein Diallo rame à contre-courant

Malheureusement, force est de constater que Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition opte pour la participation à la présidentielle. Une annonce faite dimanche 06 septembre dernier par le chef de file de l’opposition, ancien Premier ministre et chef de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Ceci, au sortir d’une convention nationale de son parti qui a rassemblé à son siège environ 500 délégués.

«Le parti a décidé de participer à cette élection et m’a désigné pour le représenter. Le parti a estimé qu’il était bon, en plus des manifestations pacifiques contre le troisième mandat d’Alpha Condé, de se battre aussi dans les urnes. […] Je suis candidat à l’élection présidentielle pour faire perdre Alpha Condé dans les urnes», a-t-il déclaré, ramant ainsi à contre-courant du reste de la classe de l’opposition politique guinéenne.

Paradoxe, inconstance, trahison…

L’annonce de la candidature de Cellou Dalein Diallo sonne, de tout point de vue, comme une démarche cavalière aux allures de trahison d’un peuple guinéen en quête permanente de démocratie et d’alternance politique. Une démarche cavalière en ce sens que l’option boycott est privilégiée par l’ensemble de l’opposition. Une trahison, vu que cette démarche se veut dénudée de tout sens et logique.

En effet, cela paraît curieux et paradoxal que ce dernier trouve tout de même le fichier électoral tronqué et taillé sur mesure, la Céni et la Cour constitutionnelle totalement inféodées à Alpha Condé et pourtant, il s’y engage. Toute proportion gardée, l’attitude de Cellou Dalein Diallo révèle plutôt un mal profond qui ronge les oppositions africaines, surtout celles des États d’Afrique francophone. Il s’agit de la duperie, du double jeu et de la mesquinerie, entre autres condiments qui assaisonnent le business politique, finalement un mal tentaculaire érigé en stratégie politique.

Et cela s’explique mieux par les incohérences dans la démarche puisqu’au même moment qu’il reconnaît un cadre électoral profondément infesté, l’ancien Premier ministre promet continuer néanmoins à se battre contre un troisième mandat du président sortant, Alpha Condé. Mieux, le battre dans les urnes. Quel paradoxe !

Cellou, dans les pas de l’opposition togolaise?

Dans une analyse croisée, il apparaît que la situation politique guinéenne a les mêmes traits caractéristiques que celle qui prévaut au Togo où depuis ces dernières années, la lutte pour l’alternance se saborde par des intérêts partisans et égoïstes avec une certaine classe des acteurs de l’opposition, surtout les plus en vue.

Et tout comme au Togo, cette candidature du Chef de file de l’opposition guinéenne vient légitimer le projet de 3e mandat de Condé. Une posture qu’on a déjà connue au Togo en 2015 avec la fameuse et légendaire formule «Pas de réformes, pas d’élections», à l’arrivée sans effet puis que Jean-Pierre aura bien participé au scrutin. Situation pareille dupliquée dernièrement en 2020 avec des candidats qui se savaient pourtant  n’être que des tigres sans dents contre un pouvoir qui a la main sur tout. Mais ils ont tenu jusqu’au bout, avec au compteur, des résultats qui affichent le néant.

Une inconstance dont se démarque, à la limite, Agbéyomé Kodjo resté constant dans sa logique participationiste depuis la simulacre de législatives de 2018 à la présidentielle du 22 février dernier. Tout semble dire que Cellou Dalein Diallo dont le pays était pourtant fortement impliqué dans la médiation tronquée et biaisée de la dernière crise politique de 2017 au Togo aura décidé, à dessein, de marcher dans les pas de l’opposition togolaise. Une lutte politique aux résultats déjà connus d’avance. Bien triste

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