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Championnat de Première division : Que rapportent les clubs à leurs présidents ?

Cette saison, ils sont quatorze (14) clubs à se battre pour le titre de champion de football de première division (D1) dont la reprise a eu lieu le dimanche 06 octobre dernier. Avant la reprise, la Fédération togolaise de football (FTF) a dévoilé la subvention accordée par l’Etat et la Ftf aux clubs de l’élite lors d’une rencontre tenue en mi-septembre dernier avec les responsables de clubs. Occasion pour nous d’enquêter sur ce que rapportent, in fine, les clubs de la D1 à leurs présidents.

La rencontre entre les dirigeants de club et le Comité exécutif de la FTF s’est tenue le 20 septembre 2019 au siège de l’institution. Entre autres sujets abordés, il était question de l’enveloppe financière mise à la disposition des clubs cette saison par l’Etat et la FTF. « Pour le championnat de D1, la Fédération a fait tout ce qu’elle peut faire. Nous avons donné le minimum qui est de 5 millions de FCFA aux clubs en D1, nous avons prévu 3 millions de FCFA pour les clubs de D2. Nous avons reconduit ce que l’Etat avait prévu la saison dernière. Si tout va bien, les clubs de D1 auront 12 millions de FCFA. Et si les sponsors répondent favorablement à nos appels, ils en auront plus », a indiqué le président de la FTF, le Col Guy Akpovy.

Si l’initiative est la bienvenue et appréciée par les acteurs du cuir rond, ils estiment néanmoins qu’au regard des charges, le montant de la subvention ne couvrira que partiellement les besoins. Ils espèrent une amélioration du montant de la subvention pour les fois à venir. « Cet argent ne suffira pas. Nous avons beaucoup de charges. Il faut que la subvention soit conséquente », a laissé entendre, le Représentant d’un club de la D1 à la rencontre. Et pour cause, au-delà de la subvention publique, certains clubs peinent à trouver d’autres sources de revenu.

La croix et la bannière…

Revenus marketing, droits télévisuels, recettes de matches, partenaires et actionnaires puissants…  les revenus d’un club de football sont multiples et lui permettent de financer l’achat de joueurs et faire de nouveaux investissements. Mais au Togo, pratiquement aucun club n’a droit à ces « privilèges ». « On n’a pas de droit télé. Tout simplement parce qu’aucune chaine de télévision n’est prête à payer pour devenir diffuseur du championnat. Alors que sous d’autres cieux, les droits TV constituent la plus grosse part des ressources des clubs », a confié le Président d’un club de la D1. « Cette saison mon club à un budget d’environ 17 millions », nous a révélé ce président qui a préféré taire le nom de son club pour « des raisons propres ».

Bien évidemment, la subvention occupe une part importante de ce budget. « Sans la subvention de l’Etat et de la FTF, nous ne pouvons rien faire. Elle représente plus de 75 % du budget », a affirmé notre interlocuteur. Le reste du budget, le club compte sur les recettes de matchs, les dons de quelques personnalités natives de la ville et certaines sociétés partenaires. « Ici quand on parle de partenaires, c’est des sociétés qui nous aident un peu. Il n’y a pas de convention de partenariat formellement signée. Les sociétés disent simplement qu’elles n’ont pas les moyens », a-t-il précisé. Aujourd’hui, difficile d’avoir une idée exacte des budgets des clubs de la D1. Les membres des comités de gestion sont très réticents à l’idée d’aborder ce sujet. Ce qui est sûr est que sans revenus marketing avec des revenus de matchs « dérisoires » et des actionnaires inexistants, certains clubs de la D1 ont des marges de manœuvres très limitées. 

Face à autant de difficultés, les clubs qui s’en sortent sont à compter au bout des doigts. « A titre d’exemple, il y a l’AS Togo Port, l’AS OTR (Office togolais des recettes)  qui sont des clubs qui n’ont pas de réels problèmes de trésorerie parce que placés sous la bannière des sociétés d’Etat. A ce club restreint, on peut ajouter Dyto qui appartient à l’Armée, encore une institution étatique », explique un membre de la Cellule de communication  de Semassi de Sokodé.

Par conséquent, être président d’un club de football au Togo, c’est la croix et la bannière. « Les clubs, financièrement ne rapportent pratiquement rien », a déclaré un des membres du bureau dirigeant de Gbikinti de Bassar qui ne jouera pas cette saison en première division.  Pour lui, les problèmes financiers rencontrés par le club la saison dernière ont été pesant dans la relégation en D2.

La faute à une gestion approximative ?

« Les clubs de l’élite sont  à la traîne à cause de  leurs gestions qui ne s’accommodent pas avec une démarche managériale. Celle-ci englobe aussi bien une bonne méthode d’organisation et de fonctionnement qu’une gestion des ressources humaines, économiques et matérielles », explique le journaliste Eyram Akakpo. Selon lui, outre la gestion approximative des clubs, « le mal  s’explique  par  une  précarité  des  moyens  qui  à  fortiori  sont  mal  utilisés ».  « Le football s’est développé au cours de ces deux dernières décennies comme une discipline sportive véritablement structurée. Ce développement s’est accompagné d’une vaste entreprise de rentabilisation du sport qui fait qu’il s’est doté de moyens à la fois humain, matériel et financier qui concourent tous à la réalisation d’une pratique de haut niveau. Malheureusement, certains présidents de clubs au Togo ne veulent pas comprendre ça et c’est bien dommage », a explicité le confrère.

A ce jour, aucun club de football au Togo ne dispose de sa propre boutique dans laquelle, les maillots et autres gadgets sont exposés et vendus. Et c’est un manque à gagner pour ces clubs qui éprouvent de réelles difficultés à répondre aux besoins d’un football de haut niveau.

Le journaliste pointe également du doigt le non-respect, par les clubs togolais, des dispositions de la Confédération africaine de football  (Caf) et de la Ftf. Il cite l’exemple d’octroi de la Licence aux clubs. « La procédure de la CAF pour l’octroi de licence aux clubs vise entre autres à poursuivre la promotion et l’amélioration du niveau et de la qualité de tous les aspects du football en Afrique; veiller à ce que les clubs aient un niveau de gestion et d’organisation approprié. Elle a été introduite depuis 2015 et présente un point important dans l’engagement des équipes dans les compétitions interclubs de la CAF », explique-t-il avant de s’interroger « combien de clubs togolais possèdent-ils cette licence ? Souvent, c’est après la qualification aux coupes continentales que les clubs se démènent pour trouver des arrangements ». « Si les clubs sont bien structurés et bien manager, il n’y a aucune raison que les sponsors ne se bousculent pas à la porte. C’est simple : pour gagner de l’argent, il faut d’abord investir », estime un membre de la Commission des compétitions à la Ftf.

Aujourd’hui, le football s’est bâti comme une véritable industrie sportive avec des élans financiers très significatifs. Mais pour profiter de cette manne financière, il faut d’abord organiser, gérer bref manager les clubs.  Pour l’instant, les présidents des clubs au Togo n’en profitent pas. « Le prestige, c’est la seule chose que nous rapportent les clubs », a conclu le vice-président d’un club de la D1.

FRATERNITE

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