LA UNE POLITIQUE

Conférence des Évêques du Togo: Un message qui conforte Mgr Kpodzro

À quelques semaines de l’épilogue de l’année 2019, s’ouvrant sur 2020, une année électorale au Togo, les esprits se préparent. La Conférence des Évêques du Togo (CET), fidèle à ses habitudes, a, de nouveau, donné de la voix. Dans un message délivré, le 21 novembre dernier, à l’ensemble de la classe politique togolaise, le collège des prélats togolais a dit sa vérité qui en cache d’autres.

Elle prend, de nouveau, la parole !

Elle n’est pas à son premier exercice. La Conférence des Évêques du Togo (Cet) très attendue à l’approche de la présidentielle de 2020, n’a pas manqué à sa tradition, mieux son devoir. Face à un contexte vraisemblablement survolté et entretenu par les humeurs et égos de deux classes politiques plus dogmatiques que républicaines, la Cet n’a pas ménagé sa plume.

Tirant son inspiration du cri de détresse du psalmiste levant les yeux vers les montagnes, cherchant d’où lui viendra le secours, si ce n’est du Seigneur qui a fait le ciel et la terre, la Conférence des Évêques du Togo a fait une analyse chirurgicale de la situation sociopolitique du Togo de ces vingt cinq dernières années, marquées par le statut quo. Mais loin de baisser la garde, l’Eglise catholique, par le truchements de ses prélats tient solidement son bâton de pèlerin interpellant à la prise de conscience des quelques acteurs politiques qui, à bien d’égards, donnent l’impression de prendre en otage, des millions de togolais qui ne demandent qu’à mieux vivre. Et une fois encore, l’Eglise lance un cri d’alerte. «Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Togolais sont inquiets ; ils redoutent la réédition du scénario auquel nous ont habitués les consultations électorales dans notre pays», énonce la CET. Et de décliner, en plusieurs composantes, ce scénario qui va d’élections entachées d’irrégularités suivies de contestations aux manifestations populaires et répressions sanglantes, en passant par le dialogue et d’accords non suivis. Bref, «d’élections qui se succèdent sans de réelles avancées», constate la Conférence des Évêques du Togo.

Dans son approche thérapeutique, l’Eglise catholique, après avoir appelé, en novembre 2018, à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, seules susceptibles de garantir des élections libres, transparentes et crédibles, gages d’une paix durable et éviter ainsi ce qu’elle a appelé «le désastre», a fustigé le manque manifeste de volonté politique des acteurs à construire un Etat de droit et démocratique.

L’église situe les responsabilités

D’une part, une opposition qui semble ne pas savoir ce qu’elle veut, et donne l’impression de manquer de vision. Un vice qui se perpétue dans le temps à travers des alliances saisonnières, sporadiques et circonstancielles sans suite et la culture inappropriée de candidatures multiples aux joutes électorales. «On voit pointer à l’horizon le même scénario lorsque, à peine les dates des prochaines élections présidentielles annoncées, on assiste à une avalanche de déclarations de candidatures, apparemment plus préoccupées les unes et les autres par des intérêts personnels que par une réelle volonté de conquérir et d’exercer le pouvoir pour le bien de toute la Nation», relève la Cet qui constate, par ailleurs, que l’histoire de la douloureuse marche du pays vers la démocratie montre que chaque fois que l’alternance semble être à portée de main, elle achoppe sur ce comportement à la limite «irresponsable» des leaders politiques. Prenant donc en otage, le peuple togolais se trouve ainsi tiraillé entre ceux qui n’entendent lâcher aucune prise du pouvoir et ceux qui rêvent de le conquérir en s’appuyant sur lui.

Pour l’Eglise romaine catholique du Togo, pouvoir et opposition constituent deux camps antagonistes ayant en commun, le manque d’amour et de respect pour le Togo et ses enfants, l’appétit vorace pour le gain facile sur le dos du misérable contribuable qui peine à satisfaire les besoins élémentaires. Et d’en déduire que «les leaders politiques de notre pays sont manifestement plus préoccupés de leur confort personnel, ils ne se soucient guère du bien commun et du bonheur du peuple qui continue à croupir dans une misère indescriptible».

Un message qui conforte Kpodzro

Si l’Eglise a semblé couper la poire en deux en estimant qu’il n’y a pas d’un côté seulement des méchants et des bourreaux, et de l’autre des bons et des victimes innocentes, mettant donc en cause la part de responsabilité de tous, il saute clairement aux yeux le message, dans sa quintessence, apostrophe le plus, l’opposition. Et à bien analyser, cela répond au principe de vie selon lequel «qui aime bien châtie bien». Ainsi donc, loin de prendre partie pour le pouvoir cinquantenaire, comme le prétendent certains observateurs, l’Eglise semble plutôt vibrer à la même longueur d’onde que Mgr Philippe Fanoko Kpodzro qui a, depuis quelques mois, et à son corps défendant, pris fin et cause pour l’opposition en face de l’ogre.

C’est donc clair, en châtiant plus cette opposition, les Évêques du Togo démontrent à plus d’un trotte qu’ils emboîtent les pas de leur doyen qui, conforment à la philosophie de l’église, prend partie du plus faible face à l’oppresseur. Une vérité qui cache donc bien d’autres, soigneusement dissimulées, que ne peut révéler, au grand jour, une si profonde analyse.

FRATERNITE