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De  la tête de l’Armée à la tête des armes légères Le Gal mérite-t-il ce sort ?

Depuis le 16 mars dernier, le Gal Félix Abalo Kadangha est nommé, par le Chef de l’État, Président de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petits calibres (Cnlpal). Si curieuse qu’est déjà l’éviction du Général de la tête de l’État Major des Forces Armées Togolaises (Fat) un 6 décembre, date qui coïncide avec celle de son prédécesseur Gal Mohammed Titikpina, le nouveau point de chute de l’un des sécurocrates du fils au père est encore plus curieux. Le nouveau poste du général est appelé à tord ou à raison un mouroir.

La descente aux enfers…

L’on le croyait déjà au garage de l’histoire des serviteurs zélés du pouvoir. Ce, au regard de la manière et la célérité ayant marqué son éviction de la tête de l’État Major il y a trois mois. En effet,  aussitôt évincé  le Gal Félix Kadangha a été remplacé quelques heures seulement par son successeur, le Colonel Dadja Maganawoe,  promu dans le feu de l’action,  Général pour la cause. Beaucoup y ont très tôt vu les signes avant coureurs d’un horizon assombrissant pour l’un des sécurocrates patentés du fauteuil présidentiel. Et plus loin, de son occupant, le prince de Pya.

Mais entre réflexions, suppositions et analyses, la nomination, le 16 mars dernier, du Général de Tchitchao à la tête de la Commission Nationale de lutte contre la prolifération des Armes légères et de petits calibres (Cnlpal) relancera, de plus belle, les débats sur l’éventualité de ce qu’il aurait eu de l’eau dans le gaz entre le Président de la République et cet Officier supérieur de l’armée qui se trouve, également être son beau-frère.

Un poste hanté

En effet, laissé vacant depuis le décès, courant février 2021, du Commissaire Divisionnaire Mawuli Têko Kodouwovoh, ce poste de patron de la Cnlpal  a curieusement trouvé en le Gal Félix Kadangha,  le profil recherché pour son occupant. D’abord, l’on se rappelle que Kadangha, déjà cité dans de nombreux dossiers accablants, a été évincé, à pieds levé, de son statut de Chef d’État Major des FAT, sans qu’il  n’ait disposé du temps nécessaire pour libérer le planché avant l’installation de son successeur. C’est un fait !

Ensuite, la nouvelle destination du Gal, qualifiée de mouroir par nombre d’analystes, laisse perplexe et fait hanter. En effet, on se rappelle que c’est après son arrivée au poste du Président de la Cnlpal, en avril 2019, que le Commissaire Divisionnaire Mawuli Têko Kodouwovoh se mettra en combat contre une profonde maladie qui finira par avoir raison de lui, début mars dernier.  Même sort pour son prédécesseur, le Colonel Ali Nadjombé qui a également succombé après quelques mois de combat contre une maladie qui aura aussi eu raison de lui.

Aujourd’hui, l’analyse contextuelle de ces faits sociaux amènent à se demander logiquement à quoi doit s’attendre le nouveau occupant du perchoir de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petits calibres.

Plus loin, certains qui voient en cette nouvelle destination, le terminus du Général,  se demandent si l’Homme qui a été jusque-là de tous les combats pour sauvegarder le fauteuil du prince mérite t-il ce sort. Moins superstitieux, d’autres trouvent en cette nomination du Gal à la Cnlpal, sa réduction à sa plus simple personne. Ce qui semble être un mépris du pouvoir de Lomé vis-à-vis de sa personne, au regard surtout de ce qu’il a fait pour le Prince. «Comprenez que Kadangha ne servait pas que l’intérêt du patron mais il se servait avant tout» a rétorqué une source.

Mérite t-il cette réduction?

Sur le terrain de la géopolitique, Kadangha se trouve être un symbole des inconditionnels du Nord. Dès lors, on  se demande si sa descente aux enfers sous entend une flagellation pour toute la branche des caciques qu’il représente. Encore que ses nuits blanches au prix d’une réforme en profondeur apparente au sein des FAT, ont commencé aux lendemains de l’assassinat, en mai 2020 du Col Toussaint Madjoulba. Alors, se questionner si cela a un lien avec cet événement relève donc d’un logique rapprochement.  Mais rien d’étonnant à la fin, puisque  la dictature, tel un ogre, finit toujours par dévorer ses propres fils.

Encore Tchitchao…

Voisine directe du canton de Pya, maison des Gnassingbé dans la préfecture de la Kozah, fief du pouvoir, la curieuse coïncidence des faits mérite de faire un full-stop sur le cas de Tchitchao dans les relations entre le pouvoir Gnassingbé et ses bases arrières dans le nord.

Généralement très compétent, perspicace et rigoureux à la tâche, les relations ont toujours été à leur début les plus idiliques entre les Gnassingbé et les cadres de Tchitchao qui choisissent de les servir. Mais il s’impose de constater que plus d’une de ces relations ont toujours fini dans la douleur,  des larmes ou des récriminations pour les natifs de ce canton qui abrite le Collège militaire Gnassingbé Eyadèma.

Le cas Kadangha vient ici rappeler celui de Akila-Esso Boko en 2005 qui a été lui dû se contraindre à  l’exil. Pitang Tchalla qui avait choisi de tourner dos à son frère Boko pour accompagner le fils d’Eyadèma dans le mélodrame de 2005, finira lui par passer de vie à trépas quelques mois après avoir conduit le scénario qui a abou ti à la fermeture des chaînes LCF et City Fm contre un tollé national et international… Le décès subi par crise cardiaque de cet ex-ministre bouillant et président de la Haac à qui ses plus grand détracteurs, reconnaissent toutefois la grandeur d’avoir doté le Togo d’un Code de la presse dépénalisé est resté au travers de la gorge de ses proches telle une polémique sans issue.

Entre temps, c’est le Major Kouloum qui a été cité dans les plus vils et extrêmes actes au service du pouvoir qui doit se contenter aujourd’hui de contempler sa médaille d’Officier de l’ordre du Mono à lui décerné il y a quelques mois encore par le pouvoir. Comme pour lui diren voici on reconnaît ton service rendu. C’est bon ! Au suivant !

Au gré des clichés, Tchitchao rejoint peut-être malgré lui Kouméa, cet autre canton limitrophe de Pya et reconnu comme un bastion légendaire de dissonance avec le pouvoir cinquantenaire des Gnassingbé. Mai est-ce à tord ?

À défaut de trouver une réponse aux interrogations posées qui grattent les esprits, l’on en vient néanmoins à se demander à qui le tour, si l’on sait que les mêmes causes, dans les mêmes conditions, produisent les mêmes effets. Une invite donc aux reliquats des légendaires  sécurocrates ainsi qu’aux autres zélés en gestation, qui sont et seront près à tout pour sauvegarder le privilège de la minorité, à s’approprier la sagesse selon laquelle, l’enfer, ce n’est pas seulement les autres.

FRATERNITE