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Débrayages dans le secteur de l’éducation: Difficile soumission des enseignants

Depuis le lundi 16 novembre, le secteur de l’éducation est en débrayage. À l’appel de la Fesen, appuyée par la Cset, les enseignants observe une grève de trois jours. Ceci, aux fins de revendiquer de meilleures conditions de travail. Un débrayage qui, à l’analyse, sonne  comme un duel avec le gouvernement.

L’approche théorique de Victoire Dogbe…

«Nous devons nous mettre au travail. Nous n’avons pas de temps à perdre », tel a été le message du Premier ministre, Victoire Tomegah-Dogbe, au terme du séminaire gouvernemental. Une rencontre de recyclage au cours de laquelle, a-t-on indiqué, chaque ministre a pris des engagements personnels, en rapport avec la feuille de route du Gouvernement.

L’on s’en tient donc tacitement à cela, même si dans les faits, il s’avère difficile aujourd’hui d’avoir une idée claire de ces différents engagements pris par les commis de l’Etat, chacun selon la feuille de route assignée à son département ministériel.

Théoriquement, avec la méthode Dogbe qui a pour ferment, «gouverner autrement», la nouvelle équipe gouvernementale semble avoir de bonnes intentions. Toutefois, les dernières évolutions de l’actualité sur le plan social viennent doucher les ardeurs de la Cheffe du Gouvernement.

…Face aux contingences

En effet, comme annoncé, la série de mouvements d’humeurs, en perspective, dans l’administration publique a démarré avec les enseignants. Malgré l’entente partielle trouvée, début octobre entre les organisations syndicales et le Gouvernement, la Fesen appuyée par la Cset mettent à profit ces trois jours de grève qui court de lundi à ce mercredi pour exiger de meilleures conditions de travail. Pourtant, «les deux parties ont convenu, de façon consensuelle, tenant compte des contextes sanitaire, socioéconomique et sécuritaire qui prévalent, tant au plan national qu’international, de la nécessité d’une revue complète du protocole d’accord, dans les délais raisonnables», peut-on lire dans le relevé de conclusion sanctionnant la rencontre du 7 octobre dernier entre les ministres Dodzi Kokoroko des Enseignements primaire et secondaire et Gilbert Bawara de la Fonction publique.

Outre les enseignants, l’addition s’annonce également salée avec «la révolte de bon sens» annoncée par les praticiens hospitaliers qui menacent aussi d’aller en grève dans les tout prochains jours. Comme cela ne suffisait pas, c’est aussi le personnel de l’administration pénitentiaire de Lomé et de Kara qui donnent aussi de la voix, avec pour seul objet, réclamer les meilleures conditions de travail.

Difficile soumission des enseignants

Les différentes poches de débrayages sus énumérées, mises ensembles, sonnent comme un test grandeur nature pour Victoire Tomegah-Dogbe vers qui les regards sont désormais  tournés.

Mais en questionnant le premier punch de Victoire Dogbe à la Primature, l’on en vient à se demander si la Cheffe du Gouvernement se laissera-t-elle faire si facilement ou réitéra-t-elle son discours va-t-en-guerre tenu à l’endroit des acteurs politiques ? Il se souvient, qu’elle déclarait, à sa première sortie médiatique sur Rfi, qu’ils veulent « vraiment rassurer les uns, les autres que ce qui est important  aujourd’hui, c’est de travailler à répondre aux besoins sociaux des populations. Je sais qu’au Togo, tout le monde a compris que cette page, elle est tournée. Il peut avoir des gens qui ne sont pas contents, mais il faut se soumettre à cela sinon, on ne s’en sortira jamais. Il faut se soumettre à cela…Les autres qui n’ont pas encore compris, prendront le train en marche…».

À cette question, la réponse est visiblement «non». Pour cause, s’annonce, d’ores et déjà pour ce mercredi, une nouvelle rencontre expresse entre le Gouvernement et les organisations syndicales. Ceci, aux fins de discuter des revendications telles que posées par le corps enseignant.

Le diktat des rapports de force

C’est dire donc, cette fois-ci, que les rapports de force ne sont pas les mêmes. Si politiquement le pouvoir de Lomé use de tous les moyens pour anéantir l’opposition togolaise avec la naïveté grotesque et la complicité active de certains commerçants politiques dans les rangs de cette opposition hétéroclite, le terrain social est tout autre. Face à la détermination sans pareille des enseignants et des professionnels de la santé, «enivrés» dans leur combat désintéressé par l’intérêt collectif,  le Gouvernement a plutôt intérêt à se soumettre au diktat des enseignants grévistes et réajuster, en conséquence, sa communication. Ceci, en vue d’apaiser le climat social déjà  assis sur une braise, dans l’attente de la moindre étincelle. Autrement, Victoire Dogbe, par défaut langagier et comportemental, rendrait fertile le terrain des mouvements d’humeurs, à travers le pays. Et ce ne sera pas sans conséquence pour sa gouvernance.

FRATERNITE