LA UNE POLITIQUE

Démocratie : Et si Issoufou était venu montrer la voie à suivre à Faure ?

 Pour ce qui est sans aucun doute l’un de ses derniers voyages en tant que Chef d’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou a choisi le Togo. Le Président nigérien a, en effet, effectué le 27 mars dernier, « une visite de travail et d’amitié au Togo » à quelques jours de la fin de son mandat. Si officiellement, cette visite a permis de passer en revue quelques questions d’intérêts communs entre les deux nations, elle se veut également un message implicite à l’intention de l’hôte togolais.

Officiellement, les Présidents Issoufou Mahamadou et Faure Gnassingbé ont eu un tête-à-tête au salon d’honneur de l’aéroport avant de se rendre au Palais présidentiel où ils se sont longuement entretenus sur les questions d’intérêt commun notamment le renforcement de la coopération entre les deux pays. A l’issue de cet entretien , Faure Gnassingbé a offert un déjeuner au président nigérien et à la délégation qui l’accompagne.

Mais officieusement, cette visite qui intervient quelques jours avant la fin du second mandat de Mahamadou Issoufou est tout sauf anodine, selon certains observateurs.

Et si Issoufou était porteur d’un autre message ?

C’est une véritable leçon de démocratie que le président  nigérien, Mahamadou Issoufou a donné à certains de ses homologues de l’Afrique de l’Ouest qui persistent à briguer des mandats au-delà de ceux prescrits par la loi fondamentale de leurs pays.

En effet, avant même que la question ne soit l’objet d’un débat, Mahamadou Issoufou, a insisté sur le fait qu’il n’était pas candidat  à sa succession après deux mandats à la tête du pays. D’ailleurs, il a eu à mettre en prison certains clientelistes qui s’étaient montés au creneau pour lui demander de postuler à un troisième mandat.  L’homme qui a succédé à Tandja au profit d’une transition pilotée par les militaires a lui-même tenu à superviser le scrutin présidentiel qui a vu l’élection de son prochain successeur Mohamed Bazoum. Selon certains de ses proches, il en avait fait un enjeu de fierté nationale pour le Niger, celle de se montrer vertueux à l’inverse de certains pays de la sous-région en offrant à sa population, une première vraie transition démocratique pacifiée.

Ainsi, en décidant de respecter la Constitution de son pays, Mahamadou Issoufou inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire de son pays, et démontre que le respect du jeu démocratique a encore de beaux jours en Afrique, en dépit des mauvais exemples qui pullulent.

Tout cela à l’air surprenant et « inédit », selon le qualificatif employé par le journal nigérien en ligne ANiamey.com… et pourtant, c’est tout simplement ce qui définit la démocratie et qui devrait être la norme dictée par toutes les constitutions d’Afrique de l’Ouest.

Au-delà même du refus, Mahamadou semble décidé à combattre la pandémie du 3ème  mandat qui grippe l’Afrique de l’Ouest. Le Président nigérien a présidé, en octobre 2019, le sommet organisé par le National Democratic Institute (NDI) sur la limitation constitutionnelle des mandats présidentiels en Afrique. Une rencontre au cours de laquelle, il a notamment déclaré : le peuple aspire au changement de manière périodique. Curieusement, la même NDI qui voulait appuyer des organisations de la civile pour l’observation du scrutin   a été renvoyée par  le régime togolais l’année dernière, dans le cadre de la présidentielle de février 2020.

Et en décidant, à quelques jours de la fin de son mandat, rendre visite au Togo, un pays dirigé par un seul régime depuis plus 50 ans, le président Issoufou voulait, selon certains observateurs, sans aucun doute faire passer un message : Il y a une vie après le pouvoir. 

Au Togo, c’est seulement après avoir pratiquement fait 14 ans au pouvoir, que Faure Gnassingbé s’est décidé à opérer des réformes Constitutionnelles pour réintroduire la limitation du mandat. Malgré cette réforme jugée d’ailleurs par certains comme étant très favorable à lui-même, les togolais n’ont aucune assurance de voir le fils à Eyadéma libérer le fauteuil présidentiel au plus tôt en 2025 ou au plus tard en 2030.  Et pour cause, le pays a connu un précédent sous l’ère Eyadéma où la constitution a fait l’objet d’un toilettage historique. D’autant plus que Faure Gnassingbé ne s’est jamais prononcé lui-même sur une éventuelle passation du pouvoir au terme de son mandat. Un suspens qui n’augure rien de bon pour l’enracinement de la démocratie au Togo.

Tout compte fait, au moment de passer le témoin Faure Gnassingbé pourra s’appuyer sur les bons conseils à lui donner par Mahamadou Issifou, le nouveau chantre de la démocratie en Afrique de l’Ouest.

 FRATERNITE