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Education : Kokoroko pris dans le coin de l’angle

A la tête du Ministère en charge des Enseignements Primaire, Secondaire, Technique et de l’Artisanat depuis octobre 2020, Pr Komlan Dodzi Kokoroko dirige ce département redouté, d’une main de fer. Entre de retentissants initiatives de réforme et la volonté peu voilée d’en finir avec les rebelles du secteur, en usant de la méthode forte, avec les grèves à répétition, l’homme de droit est désormais pris à la gorge par une grogne toujours latente.

A partir de ce jour et demain, les écoles publiques seront paralysées par un mouvement de cessation de travail. En effet, dans un communiqué publié le 29 octobre 2021, la Fédération des Syndicats de l’Éducation Nationale (FESEN) a lancé un appel à la grève générale des enseignants de ses syndicats membres, les 3 et 4 novembre 2021 sur toute l’étendue du territoire national. Conjointement signé par le SELT, le SYNEFOST, le SEPT, le SCOPENT, le SYNETFOP, le SYNFENIT et le SYNET/PDT, le communiqué précise que cette grève est reconductible jusqu’à satisfaction de leur demande. Selon la Fesen, ce mouvement d’humeur, fait suite à un courrier de mécontentement en date du 07 octobre 2021 adressé au Ministre de la Fonction Publique, du Travail et du Dialogue Social, Président du comité de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre du protocole d’accord relatif au secteur de l’éducation nationale et au Ministre des Enseignements Primaire, Secondaire, Technique et de l’Artisanat portant sur la gratification exceptionnelle promise au corps enseignant depuis des mois. N’ayant pas eu satisfaction, la FESEN a donc appelé à une cessation de toute activité pédagogique sur toute l’étendue du territoire national.

Des griefs contre les syndicats…

Si ces dernières semaines, le Ministre des  Enseignements Primaire, Secondaire, Technique et de l’Artisanat s’est résolu à discuter avec les syndicats, cela n’a pas été toujours le cas. D’où l’impression d’un dilatoire orchestré pour avoir les enseignants à l’usure. D’ailleurs, les tensions entre le ministre et les syndicats sont loin d’être apaisées. Les souvenirs de ces menaces sont encore présents dans les esprits.

Nous sommes en novembre 2020. Deux mois seulement ont suffi au ministre fraichement nommé le Pr Komlan Dodzi Kokoroko à tête du Ministère en charge des  Enseignements Primaire, Secondaire, Technique et de l’Artisanat pour se mettre à dos bon nombre d’acteurs du système éducatif. Mais à l’époque la sortie qui a fait le plus réagir est la menace peu voilée contenue dans une lettre adressée aux Directeurs régionaux de l’éducation, chefs d’inspection de l’éducation nationale, chefs d’établissement après un mouvement d’humeur. « Certains chefs d’établissements scolaires, voire des inspecteurs, ont été les principaux instigateurs des récents mouvements de grève qui ont perturbé, à certains endroits du pays, le déroulement normal des activités pédagogiques », avait indiqué Dodzi Kokoroko avant d’ajouter que « celles et ceux d’entre vous qui se rendraient coupables de tels comportements indélicats s’exposent à des sanctions disciplinaires, en dehors des poursuites judiciaires ».

Il se souvient qu’au-delà des menaces brandies contre les chefs d’établissements et inspecteurs, ce cadre du grand Kloto a même eu à bénéficier des appuis politiques d’élus locaux notamment celui du Maire d’Ogou 1 qui a eu à interdire des réunions du Syndicat des Enseignants du Togo (SET).  Dans cette fièvre, les responsables de ce syndicat se verront mis sous verrou quelques semaines avant d’être relaxés.

Il faut dire que depuis la présidence de l’Université de Lomé, un poste qu’il occupe toujours, Pr Komlan Dodzi Kokoroko n’a jamais vu les syndicats d’un bon œil. Et ses collègues universitaires ont également eu leur lot de menaces et d’intimidation. « Les Doyens, Directeurs et Chefs d’établissements qui se rendent complices des mouvements sur le campus doivent prendre leur responsabilité et doivent faire très attention au risque d’être suspendus de leur fonction », avait déclaré Dodzi Kokoroko, dans son rôle du président de l’UL, en novembre 2020 en marge d’une rencontre tenue au lendemain des manifestations syndicales sur le campus universitaire.

Selon un membre d’un syndicat contacté par la rédaction, le président de l’UL s’est évertué à réduire aux silences tous les syndicats et les voix discordantes à coup de menaces et de pression avec en toile de fond « des menaces de poursuites judiciaires contre ceux qui osent le défier ». « Aujourd’hui, sur le campus de Lomé, les syndicats ont perdu leur influence. Même pour les enseignants, ils sont constamment sous pression », a confié notre source.

Kokoroko pris au piège…

A vouloir coûte que coûte les réduire au silence, Kokoroko semble mobiliser contre lui les syndicats qui sont désormais décidés avoir gain de cause. L’homme de droit n’a donc d’autres choix que de se plier à l’exercice du dialogue dont il ne semble pas être un farouche adepte. Attendu au tournant, il est pris dans le coin de l’angle. La seule alternative qui lui reste est la satisfaction des revendications des syndicats. Au risque de connaître le même sort que ses prédécesseurs qui sont partis de ce ministère la tête basse.

FRATERNITE