LA UNE POLITIQUE

Elections municipales  : Les grands enseignements du 30 juin

Le vendredi 05 juillet dernier, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proclamé les résultats des élections municipales du 30 juin 2019. Encore une fois, le parti Union pour la République (UNIR) du Président Faure Gnassingbé a remporté la majorité des sièges. Un résultat qui, au-delà des agitations des uns et des autres, renferme plusieurs enseignements. Décryptage !

Les résultats tels que publiés par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), crédite le parti au pouvoir de 895 sièges sur un total de 1490 sièges à pourvoir. L’ANC de Jean-Pierre Fabre vient en deuxième position avec 134 sièges. Quant à la coalition C14, elle obtient 131 sièges alors que les autres formations politiques et les candidats indépendants se partagent le reste des sièges à pourvoir. La commission électorale a estimé le taux de participation à 52,46%.

Outre, le nombre important de bulletins nuls  enregistrés ainsi qu’un fort taux d’abstention, ce scrutin attendu par les Togolais depuis 32 ans est plein d’enseignements.

Unir, toujours une longueur d’avance…

Annoncées depuis quelques années par le pouvoir de Lomé, les élections municipales ont finalement eu lieu cette année. Comme nous l’avons récemment écrit dans l’une de nos publications, les représentations diplomatiques accréditées au Togo notamment l’Allemagne ont fini par taper du poing sur la table avec des déclarations claires pour que le gouvernement togolais se décide enfin à organiser ces élections.

Au lendemain de ce scrutin historique, le voile s’est levé un peu plus sur la réelle intention du régime de Faure Gnassingbé qui cherchait, de toute évidence, à gagner du temps. En effet, à travers ces élections locales qui sont l’achèvement du processus de décentralisation, doit se dessiner la vraie configuration politique du pays. Pour ne pas perdre la face au lendemain du scrutin, Unir a joué tout simplement au chrono, mettant ce temps à profit pour déblayer le terrain et mettre l’opposition dans une position inconfortable, surtout après la démonstration de force effectuée par cette derniére avec des manifestations très suivies sur toute l’étendue du territoire national.

Ainsi, ce temps est mis à profit par le parti présidentiel pour peaufiner sa stratégie. Cette stratégie a consisté dans un premier temps à pousser l’opposition démocratique au boycott des législatives du 20 décembre 2018.  Cette opposition a rendu un grand service au pouvoir, sans le savoir, on le suppose, en demandant à ses partisans de ne pas aller se faire enrôler  lors du processus de recensement des électeurs. Ensuite, dans la perspective de ces élections où le pouvoir de Lomé a concédé une révision des listes électorales, tout a été mis en œuvre pour empêcher les partisans de l’opposition de se faire enregistrer. On souvient encore des ordinateurs très lents et des imprimantes défaillantes dans plusieurs centres d’enrôlements. Dans certains centres, tout le matériel était simplement tombé en panne pour des heures durant. Ce méli-mélo  a fini par décourager une grande partie des partisans de l’opposition d’aller s’inscrire sur les listes électorales.

Pour terminer, le pouvoir a déployé les grands moyens pour disloquer la coalition des 14 partis de l’opposition. « Il s’agit de tout faire pour les (ndlr coalition des 14 partis de l’opposition) empêcher de se présenter ensemble à ces élections », a avoué un jeune militant très influent du Parti Unir. Sur ce point le parti au pouvoir a vu juste puisque cette stratégie a contribué à effriter le reste des voix de l’opposition après l’épisode du recensement.  

En somme, pour ces élections le parti bleu turquoise avait élaboré une stratégie bien ficelée et avec l’aide les « politiciens marchands » qui rôdent dans les rangs de l’opposition. Et par la suite, cette stratégie s’est révélée gagnante. Au-delà de tout, il faut reconnaitre au parti bleu turquoise le flair d’avoir toujours eu une longueur d’avance sur l’opposition qui a du mal, elle, à trouver la bonne formule pour déraciner le régime cinquantenaire. 

L’opposition doit se réinventer…

Encore une fois, les démons de la désunion ont eu raison de la dynamique unitaire de l’opposition souhaitée par le peuple. Comme susmentionné, en effet, aprés le boycottage des législatives de décembre 2018, sept des quatorze partis de la coalition ont claqué la porte, dont plusieurs poids lourds politiques. Aujourd’hui, ces partis doivent tirer les leçons de ce scrutin.

L’Alliance nationale pour le changement (ANC) et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo, « ont quitté C-14 pour marquer leur désaccord avec l’orientation du mouvement ». Au lendemain du scrutin du 30 juin, ces deux partis se retrouvent dos au mur.

Le parti de Jean-Pierre Fabre qui se vantait de constituer l’ossature de l’opposition se retrouve pratiquement avec le même nombre de conseillers municipaux que le « reliquat » de la coalition de l’opposition c’est-à-dire 134 sièges pour l’ANC et   131 pour la C14. Malgré le fait que ce regroupement est composé par des partis qui,  pris individuellement, n’ont pas de grandes expériences électorales.

D’ailleurs dans certaines circonscriptions électorales notamment dans le Golfe 4 où s’est présenté Jean-Pierre Fabre, l’ANC est contraint de se plier aux jeux d’alliance avec la C14 pour voir son leader prendre la tête de la commune située au centre-ville et qui suscite les convoitises du parti présidentiel tout autant. Comme quoi, si l’ANC était toujours membre de cette coalition, elle n’aurait pas besoin de se plier en deux pour diriger le Golfe 4. Par conséquent, le départ de l’ANC de cette coalition a causé tant du tort à elle-même qu’à l’opposition démocratique.

Constat presque identique pour le CAR qui, malgré les faveurs du régime, avec l’acceptation hors délai de sa liste dans le Golfe 5, est sorti de scrutin complétement lessivé. Le parti du « Bélier noir de Kouvé » est désormais dans la même classe que les listes indépendantes. Le double jeu du CAR a fini par lui jouer un mauvais tour.

Par ailleurs, ceux qui se présentés sous la bannière ont été indépendant ont été clairement noté dans leur juste minimum par les électeurs qui malgré leur naïveté estimé à tort ont déniché ce que cachait chacun sous son vole.

En somme, le scrutin du 30 juin dernier est rempli d’enseignements. L’opposition togolaise doit comprendre que sans l’union, elle n’est rien face à un pouvoir dont les racines ont des ramifications  aussi funestes que profondes. A quelques mois de la présidentielle de 2020, elle doit saisir le message que lui a envoyé ces locales pour réinventer.

FRATERNITE

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