LA UNE POLITIQUE

Elsie Found… ou une aventure risquée pour le Togo

Le Togo vient de bénéficier du Fonds de l’initiative Elsie (Elsie Fund). Lequel est un financement des Nations unies dans l’optique d’accroître le nombre ou la participation des femmes en uniforme dans l’armée. Et par ricochet, dans les opérations de maintien de la paix. Un financement qui enchante, certes, les gouvernants, mais qui, à l’analyse, tenant compte de plusieurs paramètres, pourrait porter en soi un revers pour le Togo.

Les dirigeants togolais actuellement sont aux anges. Ce, pour avoir réussi à souscrire le pays, puis bénéficier de ce fond qui fait du Togo, son septième bénéficiaire. En effet, par ce projet, les Forces Armées Togolaises (Fat) ambitionne augmenter de 6% à 10%, le nombre de femmes dans leurs rangs, puis de 6,91 % à 14,62%. leur participation aux missions onusiennes, à l’horizon 2023.

Elsie Fund, explique Essossimna Marguerite Gnakade, ministre de la Défense, permettra au Togo et à ses troupes d’ «Augmenter la présence des femmes au sein des contingents militaires togolais dans les opérations de maintien de la paix, et à tous les niveaux de responsabilité». Plus loin, poursuit celle qui est devenue, depuis octobre 2020, la toute première Ministre des Armées du Togo, 25 ans après l’intégration des femmes dans les FAT, «c’est un moyen de renforcer l’efficacité des troupes déployées». Le Fonds de l’Initiative Elsie permettra, par ailleurs, d’atteindre l’objectif ultime qui est de donner aux femmes togolaises en uniforme, à compétence égale, toute leur place aux côtés de leurs collègues masculins», a encore précisé Marguerite Gnakade.

C’est dire donc, au regard de ces signaux et données au vert, qu’à la faveur de ce fonds d’affectation spéciale des Nations Unies, destiné à accroître la participation significative des femmes en uniforme dans les opérations de paix, le Togo, déjà bien présent avec près de 1500 hommes déployés dans le monde, semble encore bien parti pour accroître la proportion et la présence des femmes au sein de ses effectifs et contingents militaires, d’ici quelques années.

À priori, cela paraît une excellente nouvelle pour le Togo qui, en la matière, est l’un des principaux contributeurs de casques bleus de l’ONU. À juste titre, le pays de Faure Gnassingbé est d’ailleurs régulièrement distingué par les Nations Unies, pour son professionnalisme. Encore qu’elle vient conforter le pays de Sylvanus Olympio dans sa politique du genre sur les rails depuis quelques mois, avec une participation active de la gente féminine aux pôles décisionnels du pays. L’on en citera, outre la ministre de la Défense, Marguerite Gnakade, le Premier ministre Victoire Dogbé, la Présidente de l’Assemblée nationale, Tsegan Yawa Djigbodi, la secrétaire général de la Présidence, Sandra Johnson et Nakpa Polo, la Présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Pour ne citer que cette belle brochette de femmes au premier rang de la gouvernance sociopolitique du Togo depuis un temps.

Une évidence qui a fait que l’octroi de fonds a été une nouvelle à saluer à juste titre par le Premier Ministre, Victoire Dogbé qui, visiblement, ne pouvait pas en demander mieux.

Mais une l’analyse objective des contours confrontés aux réalités d’une société tacitement masochiste comme le Togo doit émousser les ardeurs les plus vives.

En effet, cette aventure qui participe normalement à la promotion de la politique du genre semble bien risquée. Ceci, en ce sens que cela contraint les états bénéficiaires comme le Togo à privilégier l’enrôlement féminin dans l’armée, juste dans le souci d’équilibrer la balance du genre.

Une approche qui s’avère très dangereuse quand on sait que le métier des armes, étant très sensible, ne doit pas être bradé sur l’autel des financements. Puisque n’embrasse pas le métier des armes qui veut mais qui peut. Autrement, les initiés dans l’âme. Car, cela nécessite une certaine prédisposition qui amène tout porteur d’arme à la maîtrise de soi et à un état d’esprit naturellement costaud pour mieux faire face aux situations même les plus extrêmes. Ce qui ne semble pas encore être le cas dans la culture togolaise où très peu de femmes viennent naturellement à l’armée. Un métier hautement considérée comme l’apanage des hommes.

Une femme qui vient à l’armée, par passion et par prédispositions, ajouté au flegme, à l’intelligence et l’ingéniosité féminine, ferait certainement mieux qu’un homme. Mais vouloir le faire, au nom de l’argent, pourrait créer une situation bien catastrophique. Qui plus est, on se rend compte que le seul dessein derrière cette décision du prince est de tout faire pour plaire aux décideurs du monde qui évidement ne sont point indifférents à la promotion de la femme.

Qu’à cela ne tienne, il revient toutefois de relever que dans cette démarche, le pouvoir de Lomé gagne en manne. Car, au-delà des fonds Elsie, ce projet devrait implicitement faire revoir  à la baisse, la facture des 750 milliards FCFA qu’on a annoncé poncer des poches du contribuable durant les 5 ans à venir. Ceci, au nom du fameux projet de programmation militaire. Et tout ceci, juste pour plaire à l’ex métropole France dans ses aventures anti terroristes dans le Sahel.

Inciter les femmes à venir aux métiers des armes est une bonne chose. Et cela nécessite un travail de fond qui prend en compte plusieurs paramètres de notre société. Y compris dans le domaine de l’éducation à la base. Mais le faire sous contrainte financière peut comporter des risques à graves conséquences à la fin. Aux décideurs de mieux penser les projets avant d’engager le Togo. Cela ira mieux dans l’intérêt de la nation.

FRATERNITE