LA UNE MEDIAS

Et si on donnait une seconde  chance à Carlos Ketohou

Dans une décision rendue le lundi 4 janvier dernier, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac), après avoir suspendu de parution le Journal «L’Indépendance Express», annonce l’enclenchement de la procédure de retrait de récépissé de parution dudit journal. Une décision  qui semble plus extrême que la faute commise.

C’est une affaire qui fait grand bruit depuis le mardi 29 décembre 2020, jour de publication de l’article intitulé: «Scoop de fin d’année : deux femmes ministres arrêtées pour vol de cuillères dorées». Une publication à polémique qui a suscité l’arrestation nocturne, le 29 décembre de Carlos Ketohou, le Directeur de Publication du Journal et signataire de l’article, pendant qu’une convocation ; qui a été transmise pour se présenter le lendemain 30 au Scric. Il ne sera libéré que  le 2 janvier 2021. Bien avant sa libération, une autre convocation, cette fois de la Haac, l’attendait pour le lundi 04 janvier.

La hache de la Haac

Au sortir de l’audition devant la Haac, le communiqué de l’institution de régulation annonce  la saisine du Président du Tribunal de Première Instance de Lomé, aux fins du retrait de récépissé de parution à l’organe en question: «L’Indépendance Express» en application des articles 160 du Code de la Presse et 63 de la loi organique relative à la Haac.

En effet, l’on reste unanime que l’article incriminé aura violé les règles de professionnalisme que tout professionnel de médias est tenu de respecter. Des manquements qui auront objectivement et conséquemment conduit à des excuses publiques de la rédaction à travers un communiqué  du 31 décembre signé du Rédacteur en chef.

Pourquoi pas d’indulgence?

Il est vrai que le  démenti du journaliste n’efface point l’effet que son article a eu dans l’opinion. Pour  autant, la sanction quoique prévue par la loi vise son activité de subsistance.

Et en demandant au Tribunal de procéder au retrait de récépissé de parution du Journal,  l’on semble jeter l’eau du bain et le bébé, avec une méthode qui paraît, aux yeux de nombre d’observateurs un peu trop rugueuse.

Loin de cautionner la légèreté dans la pratique du journalisme au Togo, nous pensons que cette décision extrême est d’une  sentence éprouvante pour  Carlos Ketohou qui, non seulement tombera ainsi en chômage, pour gonfler les rangs des milliers d’autres qui broient du noir au quotidien, mais aussi pour sa famille, notamment sa femme et ses enfants.

Certes forces doit être donnée à la loi et la discipline, sans compromission, ni ménagement.  L’opinion nationale, à titre d’exemple, a toujours été témoin des frasques et exactions dont se rendent régulièrement auteurs, des éléments des Forces Armées togolaises (Fat). Lesquels, pour un oui ou un non,  abattent froidement d’honnêtes citoyens sans pour autant subir le même sort. Ni déshabillés ou exclus de l’armée, si ce ne sont des punitions annoncées à leur encontre par l’autorité. Encore qu’il faut disposer d’un début de preuves d’exécution de ces punitions par ces «éléments» à la gâchette facile qui ont ôté facilement des vies humaines.

La démarche en cause

La démarche qui a conduit Carlos de la Haac au Tribunal a voulu venir régulariser l’enlèvement suivi de détention dont le journaliste a été victime du 29 décembre au 02 janvier 2021 de la part des hommes en treillis. Pour autant que la mise  en orbite de la Haac n’efface point cette violation désinvolte de la constitution comme les excuses du 31 décembre de L’Indépendant Express n’efface non plus dans l’opinion, l’effet provoqué par son article incriminé. Cela dit, la tolérance que les Togolais concèdent malgré eux face aux violations à loisirs de leur loi fondamentale appelle à étudier ici des voies d’indulgence vis à vis du Directeur de L’Indépendant Express que les citoyens reconnaissent également comme étant gravement fautif. Encore que la liste des médias fermés ou sanctionnés ces derniers temps est déjà longue.

FRATERNITE