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Extrémisme violent et Enfants Talibés : Vers un cocktail explosif au Togo ?

Surnommés talibés notamment au Sénégal, les apprenants de certaines écoles coraniques sont exposés à des risques considérables de violence qui conduisent à intégrer des groupes djihadistes. Du Nord au sud du Togo, le cas de ces enfants placés sous la tutelle de guides spirituels et éducatifs devient préoccupant.  

La capitale togolaise accueille depuis, lundi dernier, une réunion des experts du Conseil de l’Entente en charge de la sécurité. Les assises, qui prennent fin ce mercredi 19 mai, doivent servir de travaux préparatoires pour la 6e réunion du Conseil des ministres de la sécurité et des frontières prévue vendredi. Sous le thème « Prévention de l’extrémisme violent dans l’espace Entente : dynamique d’appropriation par les Etats membres et perspectives », les différents acteurs ont pour mission de faire le point sur les recommandations formulées lors des rencontres précédentes. Et de ces recommandations, une question semble oubliée : celle des enfants talibés qui constituent une pépinière pour les groupes extrémistes.

Extrémisme violent et Talibé, un cocktail explosif

Installées dans les différentes villes du pays et dans certains quartiers de la ville de Lomé, les écoles coraniques font dans la formation et l’instruction de l’islam, d’où la mémorisation du Saint Coran. L’apprentissage est généralement ouvert aux jeunes qui sont inscrits dans ces écoles par leurs parents ou par un membre de la famille.  L’instruction religieuse constitue un havre de paix et d’éducation des jeunes dans l’appréhension de la vie spirituelle, celle du développement psycho-social, du respect du prochain, la cohabitation pacifique et la tolérance. Les jeunes garçons sont soumis à un apprentissage rigoureux du Coran. Mais il se trouve que parallèlement à la majorité des écoles où le jeune musulman est sous le faisceau de la culture de la tolérance, de l’Amour et du bon vivre ensemble, il se tient, très souvent au noir, certaines autres écoles où sont instillés l’extrémisme, sinon l’eugénisme religieux.  Les enseignés sont souvent des enfants abandonnés par leur famille et qui vivent sous les ailes d’un gourou qui gère leur quotidien, telles des bêtes de somme à sa guise. Sur le phénomène le forum des organisations de défense des droits de l’Enfant (Foddet) a appuyé sur la sonnette d’alarme en janvier dernier appelant le gouvernement à éradiquer ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur au nord du Togo, plus précisément dans la région des Savanes.

Pour le Foddet,  les enfants viennent des pays voisins comme le Ghana, le Bénin ou le Burkina Faso. Une fois arrivés au Togo, ils sont confiés à des marabouts.

«Le marabout renvoie chaque enfant dans la rue pour mendier et ces derniers doivent rentrer le soir avec au minimum 500Fcfa. Nous avons rencontré un d’entre eux qui avait à sa charge 300 enfants. Imaginez, l’exploitation de ces enfants lui rapporte en moyenne 150.000Fcfa (50OFcfax300) par jour» explique le secrétaire exécutif du Foddet Ghislain Alédji. Il ajoute que « ceux qui rentrent sans argent sont battus et se couchent le ventre vide. Leur lieu de vie n’est qu’un abri de fortune. Plus âgés, beaucoup s’enfuient pour vivre en bandes dans la rue».

Un ensemble de traitements qui fait que « les talibés en viennent à ne plus se comporter comme des enfants, à ne plus chercher de lien avec l’autre et à négliger totalement leur corps, au point de ne plus ressentir la douleur d’une infection grave, par exemple. Ils développent des défenses très nettes. La mise en confiance prend d’autant plus de temps et ces enfants ont besoin d’un accompagnement particulier » révèle Barbara Potten, Psychologue clinicienne de l’Ong Terres Rouges qui a eu à travailler sur le phénomène à Saint Louis au Sénégal. Se considérant ainsi rejetés et victime d’une injustice sociale, ces enfants constituent donc le terreau fertile aux groupes extrémistes.

Face au sentiment d’injustice et de rejet, ces personnes nourrissent évidement des sentiments de revanche et de reconnaissance. Un constat que révèle le rapport établi en 2018 par l’ONG International Alerte, avec le financement de l’Union Europeenne qui souligne ainsi que « l’embrigadement dans les groupes extrémistes violents peut fournir une solution à de telles ambitions, où la quête de reconnaissance l’emporte sur l’opportunisme »

Serpent de mer

Jusque-là caractéristique des pays à forte concentration musulmane, le phénomène touche désormais des pays comme le Togo où l’islam n’est pas la religion la plus pratiquée. Des localités frontalières du Burkina Faso à Lomé en passant par la région centrale, les enfants « talibés » s’éparpillent  à tous les coins de rue. Ils s’attroupent avec les enfants de rue et s’adonnent à toutes sortes de comportements inciviques. Un terreau fertile pour les groupes extrémistes. 

Si  l’extrémisme violent, par son corollaire de barbarie, est devenu une des préoccupations majeures pour les autorités togolaises, depuis un moment, le cas des enfants ne semble encore attirer leur attention. Pourtant, dans les pays du sahel où le phénomène s’est enraciné les experts en charge ont établi les liens entre ces enfants et la prolifération des groupes extrémistes. 

Ceci devrait en effet interpeller la responsabilité des acteurs en charge dans la lutte contre l’extrémisme violent en l’occurrence le ministère de la Sécurité. Dans le contexte social précaire actuel précaire caractérisé par une prolifération de  la radicalisation et une culture de la violence de mouvements islamistes extrémistes venant du Sahel, il urge de développer des approches de prévention afin de réduire des risques de déviation des enfants fréquentant les foyers coraniques qui sont au noir. 

FRATERNITE