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Football : Chronique du long bail imposé par Duarte aux décideurs

Difficile de savoir avec exactitude la composition du nouveau staff de l’Equipe nationale de football du Togo. Entre velléités de purge anti-Claude Le Roy, désirs de placer des proches à des fins de rétro-commissions et la cohorte de collaborateurs imposés par Paulo Duarte, bien malin qui peut dire qui et qui composent désormais le staff dont le Team manager Serge Akakpo est déjà contesté.
Tout a commencé au mois mars 2021, quand convaincu de son échec à faire aboutir la reconstruction de l’équipe qu’il a lancée après la CAN 2017, Claude Le Roy annonce aux joueurs dans les vestiaires après la défaite face au Kenya (1-2), qu’il quittera le Togo. Le technicien breton jusque-là soutenu à la tête de la sélection nationale par Faure Gnassingbé malgré la contestation générale, demande cette fois-ci aux autorités d’accepter de le libérer de ses fonctions, et émet le désir fort de son évaluation de la situation, que son adjoint Jean-paul Abalo Dosseh soit porté à la tête de l’équipe avec le renfort d’autres techniciens togolais. Les noms de Cougbadja Kader, Nibombé Daré, Affoh Atty, entre autres sont évoqués de source proche de l’expérimenté technicien français.

« Il va falloir être patient, il faudra encore environ deux ans pour voir cette équipe hausser son niveau de compétitivité. Je trouve que Jean-Paul Abalo est prêt pour prendre la succession », explique le « Sorcier blanc » sur Canal+ le 12 avril 2021, après avoir annoncé officiellement sa démission. De leurs côtés, les membres du Comité Exécutif de la FTF dont le président Col Guy Akpovy qui ont longtemps ruminé leur impuissance en présence de Claude Le Roy, voyaient leur temps de règne enfin arrivé. Point besoin de diagnostiquer les forces et faiblesses du groupe Eperviers, ni des services que certains membres du staff pourraient encore rendre pour voir aboutir le plus tôt possible la reconstruction de l’équipe. Ils vont se servir d’un simulacre d’appel d’offre pour leurs causes.

Un appel d’offre manipulé doublé d’une arnaque

Pour donner un semblant de sérieux à leurs manouvres aux desseins d’envie de pouvoir visant à détruire les bases posées par Claude Le Roy en vue d’assainir l’environnement de l’équipe et poursuivre rigoureusement le processus de reconstruction, un appel d’offre est lancé en vue du recrutement du nouveau sélectionneur national. Conduit sous la supervision de la ministre des sports Lidi Bessi-Kama, ce que le Secrétaire Général de la FTF Chris Dakey a vanté sur les médias sans sourciller, comme transparent et avoir été mené de façon professionnelle, n’a en fait été qu’une partie de prestidigitation conduite à pas de charge. « Un cinéma » dira plus tard l’ancien international togolais Nibombé Daré, lui-même candidat déchu au nombre des 34 autres dont certains noms prestigieux du football africain et européen.
Au bout du processus qui a duré 48 heures, le jury n’a trouvé meilleur que Paulo Duarte, pourtant alors sous contrat avec un club en Angola et avec un curriculum de loin moins élogieux que celui d’autres candidats totalement libre de tout engagement. Pour un appel d’offre mené de façon aussi expresse, retenir un candidat pas tout à fait libre était la première curiosité qui va en appeler d’autres. « Le quota de points a été orienté pour rendre certaines candidatures caduques (…) c’est un peu ridicule ce cinéma », peste en outre l’ancien international défenseur central togolais aujourd’hui titulaire d’une licence UEFA A, puis de révéler dans une intervention virulente sur une radio de la place, d’autres manquements qui ont émaillé cet appel d’offre.

En effet, cousu de fil blanc, la finalité de la manœuvre a été vendue très tôt par un média de la place qui a indiqué que le président Guy Akpovy a contacté Paulo Duarte pour le poste. L’information a été rendue publique bien avant l’officialisation du fameux appel d’offre par lequel les initiateurs ont exigé une somme de 250.000 francs CFA à chaque candidat. « C’est une première dans l’histoire en Afrique voire dans le monde », dénoncera aussi Daré Nibombé.

Et comme par hasard, c’est bien Paulo Duarte qu’un ancien président de la fédération du Burkina-Faso a recommandé à Guy Akpovy qui a été retenu, après l’étude des dossiers et une interview sensée soumettre le candidat aux exigences d’un cahier de charge conçu par les autorités togolaises. Après le départ de Claude Le Roy, Lidi Bessi-Kama et Guy Akpovy à qui des charlatans coutumiers du fait ont promis leurs services, clamaient sous les acclamations des membres de la FTF lors d’une réunion à l’hôtel Sarakawa, que l’objectif pour le Togo c’était la qualification pour la Coupe du monde. « C’est ce qu’ils ont vendu au Président de la République comme objectif pour obtenir son feu vert », nous a confié un habitué du Palais présidentiel.

Le Col. Guy Akpovy s’était alors mis à présenter le nouveau sélectionneur comme un magicien qui va transformer la sélection nationale d’un coup de baguette magique. « Vous-mêmes vous avez vu ce que Duarte a fait au Burkina-Faso. Avec lui, nous irons à la Coupe du monde 2022 », disait le très naïf patron de la FTF devant des joueurs quelque peu hébétés lors de leur stage à Antalya, et suite à leur victoire face à la Guinée de Didier Six. C’est donc clair, l’objectif principal pour lequel le technicien portugais a été recruté, c’est de qualifier le Togo pour la Coupe du monde 2022. Lui-même, remercié un peu plus tard à la tête du club angolais Primeiro de Agosto pour insuffisance de résultats, va en rajouter à la jouissance collective dans les rangs des naïfs et calmer les sceptiques qui se posaient des questions après son éviction en Angola. « …On doit préparer notre équipe avec l’objectif en tête. L’objectif c’est d’aller battre le Sénégal pour ce premier match. Montrer que le Togo a un avenir, de bons joueurs et capable de faire ça », a déclaré Paulo Duarte dans une interview accordée au site « DBZ », au-lendemain de son renvoi de l’Angola.

Cette déclaration qui ainsi prenait le contre-pied de celle de Claude Le Roy, rend plus enthousiastes les plus rêveurs et calme les sceptiques du coté de Lomé. Lidi Bessi-Kama et Guy Akpovy n’en demandaient pas plus. Eux qui voulaient à tout prix démontrer que la cause des contre-performances des Eperviers à un seul nom : Claude Le Roy et ainsi procéder à leur entreprise de purge et de démolition du travail de ce dernier. Sauf que c’est compter sans la versatilité du technicien et stratège portugais. Très tôt convaincu qu’il avait affaire à des amateurs et des novices en la matière, le nouveau sélectionneur national décide de changer les règles du jeu, quitte même à renverser l’exercice des prérogatives.

Le chantage de Paulo Duarte

Débarqué à Lomé au moins d’aout avec certains de ses collaborateurs, Paulo Duarte après avoir passé un moment en quarantaine pour cause de mesures anti-Covid-19, rencontre la ministre des sports et certains membres du Comité Exécutif de la FTF pour procéder à la signature de son contrat dont le projet avait déjà été étudié et validé par son avocat. Et c’est là que tout change. L’ancien sélectionneur du Burkina-Faso refuse catégoriquement que la qualification pour la Coupe du monde figure dans son contrat. Il menace même de repartir, si cet objectif devrait être maintenu. Comme à son habitude, Lidi Bessi-Kama se montre très vite agacée. Avec ses partenaires de la FTF, ils tentent de convaincre Paulo Duarte d’accepter la mention de cette ambition pour la forme. Mais le technicien portugais qui pourtant promettait aller battre le favori du groupe en déplacement au Sénégal, ne veut rien concéder sur la question. En cas de mention de cet objectif, le sélectionneur pourrait être remercié à la fin des éliminatoires de la Coupe du monde. Une perspective que redoutait Paulo Duarte.

Finalement, le contrat sera signé aux conditions du technicien portugais, sans l’ambition d’une qualification pour la Coupe du monde. « Quand Agassa Kossi tente de négocier les termes de son contrat, on trouve qu’il est arrogant et on met fin à sa collaboration. Mais si c’est Duarte qui change les termes de son cahier de charge arrêté lors d’un appel d’offre, la ministre et ses obligés de la FTF s’aplatissent à même le sol », regrette un ancien Secrétaire Général de la FTF. L’objectif évoqué parait tout de même loufoque pour tous ceux qui connaissent un peu le football. Mais Lidi Bessi-kama et Akpovy eux comptaient sur les prières et incantations vodou pour sa réalisation. Les boucaniers qui écument leurs bureaux ont fini par les convaincre que c’est par ses faits que le Togo s’était qualifié en 2006. Pauvre de nous.

En ce 21ème siècle, le Togo est le seul pays en Afrique où le staff technique de son équipe nationale est composé à la majorité d’expatriés. Paulo Duarte parvient aussi à s’assurer un bail de 3 ans minimum, sans menace de renvoi en cas d’insuffisances de résultats durant cette période. Mieux, il va grignoter encore des espaces pour positionner les siens au sein du staff technique à la faveur de décisions imprévisibles de la ministre des sports. C’est ainsi que Agassa Kossi sera viré sans ménagement au profit d’un compatriote à Paulo Duarte. Le staff technique est lui-même charcuté. De 13 membres, il passe à seulement 10. Il est évident que le duo Lidi Bessi-Kama et Guy Akpovy conduisent le football togolais vers une nouvelle crise générale, car les malaises au niveau de la sélection nationale ont toujours eu des répercussions négatives sur l’ensemble du football national.

FRATERNITE