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Football : Les Eperviers, un rapace devenu une proie facile

Au Togo, le football avait procuré des moments d’europhorie à l’ensemble de la population même jusqu’au non-amoureux du ballon rond. Mais depuis quelques années, le manque d’une vraie politique de développement du sport, les incessantes guéguerres d’une part  entre dirigeants et d’autre part entre les joueurs sur fond de pratiques spirituo-temporelles ont déplumé les Eperviers. Jadis redoutés, ils sont devenus une proie facile à abattre. Analyse !

Dimanche dernier, les Eperviers du Togo ont été battus (0-1) au Stade de Kégué par les Warriors de la Namibie pour le compte de la deuxième journée des éliminatoires de la Coupe du monde Qatar 2022. Avec cette deuxième défaite en autant de match, les togolais occupent la dernière place de leur groupe avec zéro point au compteur.

Au fond du gouffre…

Si dès le départ de ces qualifications les déclarations du Président de la Fédération togolaise de football (Ftf), Guy Akpovy au capitaine Djéne Dakonam en passant par l’entraineur Paolo Duarté confirment, comme nous l’avions relevé dans nos précédentes éditions, que la Coupe du monde 2022 n’est finalement plus un objectif premier pour le Togo, le visage affiché par les Eperviers ces dernières semaines n’augure, selon les analystes, rien de bon dans un avenir proche. Le nouveau objectif qui semble être la qualification  pour la Coupe d’Afrique des Nations (Can) 2023 est déjà hypothétiqué. Et pour cause. Les signaux sont déjà inquiétants. « Le mal du football togolais est profond », a commenté le Journaliste Adry Bonchemin sur sa page Facebook. « Cette équipe manque cruellement non seulement d’âme mais aussi de fibre patriotique. On a l’impression que quand les joueurs rentrent sur le terrain, ils sont complétement perdu », a confié un observateur présent dimanche dernier à Kégué.

Ce sentiment est également partagé par les supporters des Eperviers, au du moins ce qui en reste. Après la défaite contre la Namibie, face aux piètres performances de Paolo Duarté et ses hommes, sur les réseaux sociaux certains supporters n’ont pas hésité à appeler le gouvernement à dissoudre la sélection nationale. Pour disent-ils construire une nouvelle équipe.   Problème, même les pierres (ici les joueurs) pour poser la nouvelle fondation sont quasiment inexistantes. Et pour cause…

Comment les combats fratricides ont-ils eu raison du football togolais ?

En effet, l’apogée du football togolais a .été atteint en 2005 avec la qualification historique pour la Coupe du monde Allemagne 2006 devant des équipes comme le Sénégal ou encore le Mali qui étaient au sommet du football continental. A cette époque déjà, les dirigeants étaient à couteaux tirés. Mais prenant de la hauteur, les joueurs ont pu offrir à la population des moments de liesse dans une période particulièrement éprouvante pour de nombreux concitoyens après les malheureux événements sur le plan politique. En effet, malgré les difficultés internes qui se sont révélées au grand jour, les joueurs ont réussi à entretenir leur lien avec le public sportif.

Mais à vouloir trop tiré sur la corde, elle finit par casser.  Et c’est ce qui arriva. En effet, les contre-performances des Eperviers ajoutées aux guerres de tranchées que se livrent les dirigeants de l’ère Roch Gnassingbé à Guy Akpovi en passant par Gabriel Améyi et Tata Avlessi ont sans aucun doute eu des conséquences néfastes sur la sélection, sans nier le talent des joueurs, mais dont la principale force résidait dans l’union et la fibre patriotique. En effet, sous les différents dirigeants, chaque camp essayait d’avoir « ses hommes » au sein de l’équipe. Ce qui avait créée inéluctablement des frictions dans le nid des Eperviers. Et le combat n’était pas que physique mais aussi spirituel. « Jusqu’à aujourd’hui pour des raisons qui leurs sont propres, certaines personnes ne veulent pas voir les Eperviers gagnés un match », a confié une source proche de l’équipe nationale. « Quand nous étions encore aux affaires, certains cadres ont clairement évoqué cet aspect parce que à chaque fois qu’ils foulent la pelouse du stade de Kégué, ils ont des sensations qui sortent de l’ordinaire. A titre d’exemple, des joueurs professionnels nous ont dit qu’ils ressentent une fatigue intense au bout de 15 mn de jeu alors qu’ils n’ont aucune blessure musculaire, les raisons sont à chercher ailleurs », a-t-elle ajouté.

Ces dirigeants qui se battaient jusqu’à compromettre les résultats de l’équipe n’ont jamais réussi à mettre en place une politique de développement du football à l’échelle national. Rien aussi du côté de l’Etat qui a plutôt laissé faire sans jamais réussir à élucider les soupçons de détournement et de corruption qui pèsent encore sur certains dirigeants influents. Et surtout mettre autour d’une même table ces acteurs du football pour de profondes réflexions sur le développement ce sport tant adulé par les togolais. Les acquis de la participation du Togo à la Coupe du monde ont été tout simplement vendangés.

Et pendant que les dirigeants togolais se déchiraient, les pays qui étaient appelés jadis « petites nations de football », se sont dotés d’une vraie politique sportive en mettant en place des mécanismes (dont les centres de formations performants) qui ont  permis aujourd’hui à ces pays non seulement de rivaliser avec le Togo avec sa casquette de mondialiste mais aussi de le battre à domicile. Dommage.

FRATERNITE