LA UNE POLITIQUE

Grève de la faim : La «comédie » de Habia victime d’une comédie d’Etat

Le président du parti « Les démocrates », Habia Nicodème s’est mis en grève de la faim depuis le 18 septembre 2018 devant l’ambassade du Ghana à Lomé. Pour les autorités togolaises, l’ancien député de l’Avé joue à «la comédie». La question se pose de savoir pourquoi « la comédie de Habia» dérange le pouvoir de Lomé jusqu’au point de créer une brouille diplomatique entre le Togo et Ghana avant l’évacuation hier soir de l’ancien député sur Accra.

Dans notre précédente parution N°286 du 26 septembre 2018, dans un article intitulé « La méthode Habia commence par ‘‘déranger’’ », nous expliquions que « tout compte fait, la démarche de Habia et dont certains esprits ont choisi de se moquer, parle d’elle-même aujourd’hui.  A l’appui des organes du groupe France Media Monde qui en parlent constamment désormais, l’action de Habia est fortement relayée sur les radios ghanéennes également. Cette grève de la faim qui dure une semaine déjà a le mérite de démontrer qu’au-delà des moyens classiques dont dispose l’opposition pour s’opposer au régime d’en face, il en existe encore d’autres, plus douces mais d’une grande portée. Nicodeme Habia offre ainsi sa santé sur un plateau afin que les réformes se fassent selon l’esprit de la feuille de route de la CEDEAO et que les détenus de la société civile qui croupissent dans les geôles togolaises depuis le 19 août 2017 soient relâchés ». En effet,  Nicodéme Habia qui réclame la libération de tous les détenus politiques est en train de lever encore le voile sur l’une des faces sombres du régime togolais. Le piétinement  des Droits de l’Homme et les dernières déclarations des autorités togolaises ne peuvent qu’apporter de l’eau au moulin des gens qui ont toujours traité le pouvoir de Lomé d’« hypocrite ».

Les dérapages de Yark

Selon plusieurs sources médicales l’état de santé de M. Habia « est inquiétant ». Mais cela n’a dit visiblement rien aux autorités togolaises. Pour le ministre de la Sécurité et de la protection civile, le Gal Yark Damehane, « c’est de la comédie qu’il (ndlr : Habia) est en train de faire ». Un dérapage langagier de plus qui vient rappeler une autre déclaration du ministre au début de la crise politique au Togo. En effet, en août 2017, au moment où le Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam programmait les manifestations du 19 août, Yark Damehame interdisait la manifestation en stigmatisant le PNP. « Si le gouvernement dit on vous laisse faire et demain d’autres partis décident, on fait quoi, ça nous amène où ? C’est quoi le PNP ? Il y avait des partis avant PNP », avait-il déclaré. La suite, on la connaît avec la répression qui a eu pour bilan des blessés et des morts.

Curieusement, un autre ministre en l’occurrence Gilbert Bawara a également traité dimanche dernier la grève de la faim du président du parti « Les démocrates » de « comédie ». L’on se demande pourquoi « une simple comédie » dérange ? Il nous souvient que la semaine dernière des gendarmes ont effectué une descente musclée devant l’ambassade du Ghana pour déloger l’ex-député mais ils n’ont pas pu atteindre leur objectif.

Selon nos confrères de la Radio «Victoire», Jeudi dernier, l’ambassadeur du Ghana s’est entretenu avec Nicodème Habia concernant sa santé. Préoccupé par ce qui se déroule devant son ambassade, le Ghana a envoyé un avion pour évacuer Habia. Mais les autorités togolaises ont demandé à l’avion de retourner au Ghana sans Nicodéme Habia. Pour se justifier, le Gal Yark a sorti des arguments fallacieux et tenus des propos qui pourraient entacher les relations entre les deux pays voisins.

Vers une brouille diplomatique ?

Pour  le Général-Ministre, « le Togo n’est pas une colonie du Ghana », a-t-il fait savoir avant de donner des détails de l’opération menée par le Ghana avec un avion de son armée. « Moi je ne suis pas au courant. Le ministre ghanéen (Albert Kan-Dapaah, NDLR) a dû poser le problème. On lui a dit d’attendre et qu’on lui revient mais sans attendre, il envoie l’avion. Un avion militaire ce n’est pas normal», a relaté le ministre togolais de la Sécurité avant de révéler que le Ghana s’est ensuite « excusé ».

En somme, des déclarations peu diplomatiques qui témoignent aussi de la nervosité des autorités de Lomé face à cette action inédite de ce leader de la Coalition de l’opposition. Plus grave encore, les déclarations du ministre Yark sont susceptibles d’entraver les relations entre le Ghana et le Togo surtout que le pays de Nana Akuffo-Addo est fortement impliqué dans la résolution de la crise au Togo.

Aussi, n’est-il pas explicable que le Togo ait pu autoriser un avion militaire pénétrer son espace aérien sans savoir pourquoi il arrive dans le pays. Qui a donné l’autorisation à l’avion d’atterrir ? Surtout qu’à abord de cet appareil, se trouvait le ministre d’Etat ghanéen, représentant de son président le facilitateur dans la crise togolaise. Des interrogations qui démontent les affirmations du Ministre-Général. Ce que les autorités togolaises qualifient de « comédie » les a poussé à monter au créneau pour mettre aujourd’hui à mal leurs relations déjà susceptibles avec Accra.  Aux dernières nouvelles, Habia a été évacué dans une clinique de Lomé après avoir été bloqué plusieurs heures sur la frontière togolo-ghanéenne parce qu’il était censé être évacué sur Accra. Tout compte fait, il revient de conclure pour l’instant que si cette « comédie » a suscité autant de méli-mélo, c’est dire qu’elle a été bien jouée. Alors, bravo à l’artiste.

Affaire à suivre…

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