LA UNE POLITIQUE

Halte au culte de la personnalité: L’autre leçon de Talon à Faure

Dans un communiqué en date du samedi 29 août 2020, la présidence de la République du Bénin a fustigé une pratique en cours dans le pays du Roi Behanzin. Après le constat du culte de personnalité dont il fait l’objet ces derniers temps, Patrice Talon en appelle à la cessation d’une telle pratique contraire à sa vision pour le Bénin. Une prompte réaction qui contraste avec celle plutôt en roue libre au Togo.

Bénin : Halte au culte de personnalité

Dans ce communiqué, le Secrétaire général de la Présidence béninoise porte l’information. «La présidence de la République observe que depuis quelques temps, divers mouvements se réclamant du Chef de l’Etat,  Monsieur Patrice TALON, organisent des manifestations de soutien  à son action», peut-on lire, d’entrée dans ce communiqué qui poursuit : «A l’appui de ces manifestations, des affiches et posters à son effigie sont parfois apposés». Et de taper du point sur la table: «La présidence de la République tient à rappeler aux uns et aux autres que ces pratiques ne sont conformes ni à la vision  du Chef de l’Etat, ni à son combat contre le culte de la personnalité dans notre pays», martèle la Présidence de la République béninoise qui invite, par conséquent, ces mouvements à bien vouloir s’abstenir de rééditer lesdites pratiques.

Une pratique rétrograde et avilissante

De l’avis de plusieurs observateurs, cette mise au point au allures d’interpellation sonne le glas d’une pratique malsaine, rétrograde et avilissante qui pose les jalons d’une gouvernance autocrate. Laquelle a malheureusement cours dans nombre de pays africains, surtout francophone.

Carte blanche au Togo

Désavouée depuis le sommet de l’Etat béninois, cette pratique semble plutôt avoir carte blanche au Togo. En effet depuis belle lurette, la vie politique togolaise est marquée par le culte de personnalité. Lequel se caractérise par des chants de louange à l’endroit du Président de la République que des courtisans et zélés érigent en indispensables. C’est ainsi que les togolais ont, pendant 38 ans, dansé et chanté à la gloire du Général Eyadema. Malheureusement, l’avènement de Faure Gnassingbé en 2005 n’aura rien changé à la donne. Succédant à son défunt père, Faure n’aura mieux fait qu’en douchant les ardeurs à ceux qui espéraient une ère nouvelle lorsque le Prince de Pya déclarait à Atakpame, «Lui, c’est lui. Moi, c’est moi». Quinze ans déjà, et les togolais observent, la mort dans l’âme, le retour aux anciennes pratiques très prisées par son géniteur. 

Aux violations systématiques des droits humains et la corruption ambiante, s’ajoute le foisonnement des groupes organisés et associations qui chante dès que l’occasion se présente, des gloires à Faure Gnassingbé. Ceci, pour disent-ils, sa vision de développement pour le Togo. C’est ainsi que des qualificatifs comme «Champion», «Messi» ou encore «Leader éclairé» sont en vogue au Togo pour designer l’héritier du 05 février 2005, passé par les apparatchiks, courtisans et zélés pour l’homme providentiel.

Une situation de clochardisation à la limite et lamentable parce qu’avilissant pour une nation qui se dit démocratique.

Elle est encore plus lamentable lorsqu’on se rend compte que chez les voisins de l’Est, c’est le sommet de l’Etat qui se lance dans un combat sans merci contre cette pratique désuette et déshonorante. Et d’en appeler conséquemment  à surseoir à ce projet inopportun dans la vision de développement du Bénin et le leadership tels que prônés par Patrice Talon. Tout le contraire au Togo où le culte de la personnalité est promue. Et ce, partant même de la haute sphère de la République où l’expression «sur instructions fermes du Chef de l’État» s’est presque institutionnalisée.

L’autre leçon de Talon à Faure…

De toute analyse faite, l’on en vient à déduire que cette interpellation de Patrice Talon au Bénin sonne comme une enieme leçon de gouvernance qu’il administre, de loin, à Faure Gnassingbé.

En effet, l’on se souvient que depuis début juillet de cette année, le Bénin est passé du statut de pays à faible revenu à celui de pays à revenu intermédiaire de tranche inférieure, selon la nouvelle classification de la Banque mondiale, actualisée chaque année. Une classification basée essentiellement sur le revenu national brut (RNB) par habitant de 2019. Soit un RNB par habitant de $870en 2018 contre $1250 en 2019.

Par cette nouvelle requalification, le Bénin rejoint ainsi le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Sénégal dans le club des pays à revenu intermédiaire en Afrique de l’Ouest. Une prouesse à mettre essentiellement à l’actif des réformes multiformes opérées en profondeur.

Il aura donc fallu 5 ans seulement à Patrice Talon et le Bénin pour relever un défi que Faure n’a pu relever pour le Togo en 15 ans de gouvernance. Surtout lorsqu’il est donné de constater que le même classement de la Banque Mondiale maintient toujours le Togo à sa place où il stagne depuis 1987.

On en était là quand le pouvoir Talon a décidé que les directeurs généraux des sociétés d’État seront désormais recrutés sur mérite et non nommés par les Conseils d’administration comme cela a été fait jusque-là. Une pratique qui constitue l’une des principales sources de gestion vicieuse de ces régies financières dans les économies tropicales. Il est donc claire qu’il ne s’agit pas d’une histoire, de réformettes sans réel impact sur le quotidien du togolais.

FRATERNITE