LA UNE SOCIETE

Hausse des prix du carburant : Les explications peu convaincantes du gouvernement

Depuis le vendredi 11 juin 2021, les prix des produits pétroliers ont été revus à la hausse par le gouvernement. Une augmentation qui a suscité des réactions au sein de l’opinion. Et comme toujours, l’exécutif n’a pas été en mesure d’apporter des réponses convaincantes aux questions que se posent les togolais sur le sujet.

Le super sans plomb est  désormais livré au Togo à 505 francs contre 425 francs précédemment, soit une hausse de 80 francs. Le pétrole lampant revient désormais à 400 francs contre 375 francs, soit une hausse de 25 francs CFA. Pour ce qui est du gas-oil, il est livré à 520 francs CFA alors que le litre coûtait 450 francs soit une hausse de 70 francs. Le mélange 2 temps n’est pas en reste. Il revient  à 606 francs, contre 532 francs précédemment, soit une hausse de 74 francs. Le prix du gaz butane reste inchangé.

Lors d’un point de presse organisé précipitamment le jour de l’entrée en vigueur des nouveaux prix,  Kodjo Adedze Ministre du Commerce  de l’industrie et de la consommation locale, en présence de ses collègues en charge des transports Affoh Atcha-Dédji et de la Communication et des Médias Prof. Akodah Ayewouadan, a voulu donner les raisons qui ont conduit à cette hausse des prix des produits pétroliers à la pompe. « Cette réévaluation est liée à l’évolution du cours du dollar et du baril du pétrole », a indiqué le Ministre du Commerce. Et de préciser que « le cours du baril de pétrole est passé de 18 USD à 73,03 USD au 9  juin 2021, soit une augmentation de plus de 277%».

Malgré cette hausse vertigineuse, souligne le communiqué lu par le Ministre Adedze, « le Gouvernement a continué à soutenir les prix à la pompe ». Au 31 mai 2021,  selon le document, ce soutien est estimé à plus de 13 milliards de Francs CFA. Sans cette subvention, le prix notamment du super sans plomb serait actuellement à 595 FCFA. Pour preuve, les produits pétroliers coûtent plus chers dans les pays voisins qu’au Togo, a avancé le gouvernement qui a cité en exemple le Bénin et le Ghana.

approximatives… biaisée

Le premier argument servi par le gouvernement pour expliquer sa décision qui est  l’évolution du cours du baril est une réalité certes, mais la présentation des chiffres laisse supposer une volonté vile d’embrouiller l’opinion. En effet, le prix du baril de pétrole n’a pas subitement connu une hausse de plus de 227% comme l’argumente le gouvernement. Et pour cause, en début de la période la plus critique de la pandémie soit en mi-mars-début avril 2020, les deux grandes références pétrolières mondiales, Brent et WTI, ont connu une chute libre. Mi-avril 2020, le prix du baril de brut texan, le WTI, référence du marché américain, s’est littéralement effondré avec le prix du baril qui se situait autour d’un (1) dollar. Le baril de Brent, produit en mer du Nord, la principale référence du marché mondial, oscillait autour de 18-20 dollars.

A l’époque suivant le marché du pétrole, les pays dans lesquels le mécanisme d’ajustement des prix à la pompe est appliqué ont commencé par baisser les prix des produits pétroliers. C’est le cas du Bénin où un premier réajustement a été fait dès le 1er mars 2020. Mais au Togo, il a fallu le 07 avril et ce après plusieurs interpellations notamment du Journal FRATERNITE, pour que le gouvernement se décide a baisser le prix à la pompe un mois plus tard. Suivra une seconde baisse  le 30 mai. Ce laps de temps a sans aucun doute permis au gouvernement d’engranger d’énormes bénéfices. Et sur cette manne engrangée, c’est le black-out total. Sans oublier que ce n’est que des semaines après la plongée du baril que l’État togolais a retouché légèrement au prix à la pompe pendant que les autres pays s’y sont exécutés aussitôt et non en deux étapes comme Lomé l’a fait. Comment alors croire aux 13 milliards qu’on dit avoir injectés pour subvention  vu qu’il n’y a jamais de rééditions des comptes ?

Comme si cela ne suffisait pas, le Ministre ADEDZE s’est lancé dans une comparaison des prix des produits pétroliers avec les  pays voisins. Mais le natif de Kovié, l’une des localités du pays où la pauvreté est ambiante, semble oublier que les populations de ces pays voisins n’ont pas le même pouvoir d’achat. A titre d’exemple, le PIB par habitant est à 2202 dollars au Ghana et 1219 au Benin contre 679 au Togo. Et le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) au Bénin est fixé à 40 000 FCFA contre 35 000 FCFA au Togo. Et le relèvement de ce salaire minimum promis depuis 2019 par le Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé ne semble pas encore à l’ordre des priorités. Pendant ce temps, les togolais qui voient leur pouvoir d’achat s’éroder de jour en jour, sont pressés au point que la vulnérabilité commence par gagner la classe moyenne naissante.

Aussi, que fait le gouvernement du détournement reconnu des 500 milliards de FCFA dans la commande du pétrole orchestrée par le clan Adjakly et complices sur 10 ans? Alors même que l’audit commandé par l’Etat est sans équivoque, c’est le Ministre Adédzé qui place ses pions à la tête du fameux Comité de suivi de fluctuation des prix des produits pétroliers (CSFPPP).

En définitive, pour une décision aussi importante en cette période difficile où bon nombre de togolais ploie sous le coup de la vie chère, les raisons semblent être ailleurs. Du moins, loin des explications superficielles servies à l’opinion, vendredi dernier.

FRATERNITE