LA UNE POLITIQUE

Inculpation de deux jeunes activistes pour avoir appelé à un 3ème mandat au Niger: Un message géopolitique de Mahamadou Issoufou pour Lomé

La semaine dernière, la justice nigérienne a inculpé deux jeunes activistes. Pour cause, ces derniers, dans leur élan de militantisme, ont appelé le président Mahamadou Issoufou à briguer un troisième mandat à la tête du Niger. La justice reproche à ces deux acteurs de la société civile de Zinder, (dans l’est du pays) d’avoir par cet acte attenté un coup d’Etat contre la stabilité du pays. Un message qui, arrimé au protocole additionnel de la Cedeao, doit envoyer un signal fort à tous  les adeptes de la velléité d’un long règne présidentiel dans l’espace ouest africain.

Le Niger… Toujours à l’avant-garde !

La démocratie nigérienne continue de faire cas d’école sur le continent. Confirmation en a été faite la semaine dernière. En effet, pour avoir appelé, dans un sursaut de militantisme «aveugle», le président Issoufou Mahamadou à briguer un troisième mandat en 2021, Salissou Ibrahim et Issoufou Brah ont été inculpés. La justice nigérienne reproche notamment à ces mis en cause, pourtant admirateurs de la gouvernance du Président Issoufou, d’avoir fait des «propositions non agréées, de former un complot pour détruire ou changer le régime constitutionnel». « Un troisième mandat au Niger signifie un coup d’Etat. Nous sommes un parti qui a comme ambition de stabiliser le pays pour progresser », a réagi à propos de cet appel, Mohamed Bazoum, le président du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS). Confirmant la déclaration du Président nigérien qui, lors d’un de ses messages à la nation et devant le président français, Emmanuel Macron, à Niamey, a réitéré qu’il organisera des élections libres et transparentes en 2021, puis passera le témoin.

Signe avant-coureur…

Par ce nouvel épisode, le Niger confirme sa bonne santé en matière de démocratie sur le continent, et dans la sous-région. Aujourd’hui, hormis l’exception allemande axée sur une chancellerie à mandat illimité, les réalités géopolitiques internationales actuelles sont telles qu’une démocratie à plus de deux mandats présidentiels sont instinctivement rejetées par la société qui aspire, au quotidien, au changement.

On se rappelle qu’en Guinée Conakry, le Président Alpha Condé s’était certes laissé aller à l’envie d’un troisième mandat. Mais la détermination du peuple guinéen couplée à la pression de la communauté internationale ont visiblement eu raison de son projet. Aujourd’hui, tout semble dire que l’actuel co-mediateur de la crise togolaise a mis sous éteignoir, ses velléités  d’un troisième mandat, qui risque évidemment d’être plus chaotique que bénéfique pour la Guinée.

C’est dire qu’aucun esprit n’est plus apte à admettre, du moins dans l’espace Cédeao, une gouvernance politique à plus de deux mandats présidentiels. De même qu’aucun espace n’est plus favorable à la promotion d’une gouvernance à vie, hier de mise dans nombre de pays sur le continent. Aujourd’hui, la donnée change, surtout pour les pays francophones. Ceci, au fil de la succession des locataires des Champs Elysées. Le Niger de Mouhamadou Issoufou, ami à François Hollande, n’a donc fait que perpétuer la longue tradition française que la communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) entend asseoir dans ses États membres. Mieux, une leçon de démocratie encore donnée aux États de la sous-région par le Niger qui démontre, une fois de plus, que l’intérêt national surclasse les individus.

Alerte rouge pour le Togo  

Face à cette dynamique démocratique sans précédent en cours dans la sous-région, le pouvoir de Lomé qui reste à ce jour, une particulière curiosité, doit tirer en toute situation les connotations de ce traitement que le Président Nigérien a réservé aux clientélistes d’un troisième mandat. Depuis le dégommage du Burkinabè Compaoré , Mahamadou Issoufou est presque devenu le bras opérateur de l’Elysée dans la sous-région. L’ivoirien Ouatarra étant toujours assis sur une braise, il n’a pas toute l’étoffe pour assumer pleinement ce rôle qui devrait si tout était normal lui revenir.  Avec ce cas nigerien, on doit déjà présager  de la couleur de la fumée qui sortirait du prochain round du dialogue inter-togolais sous les auspices de la Cedeao.

Cyrille PESSEWU

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