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Initiatives de sommets internationaux- Médiations à tout va/  Faure et  Dussey : qui fait courir l’autre ?

Depuis quelques temps, Faure Gnassingbé et le Prof Robert Dussey, son ministre  des Affaires étrangères, s’invitent dans tous les plats. Qu’il soit pour l’aboutissement heureux des processus de transition démocratique dans des pays ayant connu des putschs en Afrique subsaharienne, qu’il soit pour des sommets sur la paix et la sécurité sur le continent, plus rien ne semble arrêter le Président togolais et son homme de main. Une mobilité aux allures d’agitations qui, à tous égards, suscitent questionnements et curiosité.

S’il est vrai que depuis la nomination de Dussey en 2013, la diplomatie togolaise semble retrouver son mordant, il n’en demeure pas moins vrai que les orientations, au fil des années, étonnent plus d’un. En effet, comme sur de chapeau de roue, Robert Dussey sillonne capitales et palais présidentiels et royaux à travers le monde. L’objectif recherché, a priori, est d’initier pour certains cas, entretenir pour d’autres, de bonnes relations de coopération entre le Togo et les États du monde.

Ici, là et partout

Tout a démarré, d’abord modérément, avec les conférences d’envergure régionale, continentale voire internationale, à l’instar du Sommet sur la sécurité maritime qu’a abrité Lomé en 2016. Ensuite, l’appétit venant en mangeant, Lomé a jeté ses dévolus sur le terrorisme et l’extrémisme violent. Des initiatives, le Togo en a pris, au point même de s’attribuer le maillot jaune dans l’espace sous-régionale dans la course à la conciliation.

Déjà fin août-Septembre 2020, Lomé a pris l’initiative d’ouvrir discrètement son Palais présidentiel aux nouveaux putschistes maliens et au président de la transition d’alors N’daw Bah, rapportera plus tard le confrère Afrique Intelligence, pendant que l’ivoirien Ouatarra nourrissait déjà sa verve contre Goita et son équipe qui sont venus perturber son contrôle de chef comptoir francafricain sur le Mali. Quand la CEDEAO s’est décidée à se pencher sur la cas Malien le Togo s’est aussitôt proposé en accompagnateur pour une rapide normalisation. Dans la foulée, la diplomatie togolaise exploitera le problème malien pour arracher enfin, pour le président togolais, cette audience qu’il attendait d’Emmanuel Macron depuis que ce jeune compère a été élu à la tête de l’ancienne métropole. En contrepartie du coup de poignée de Macron sur les perrons de l’Élysée, Faure Gnassingbé a proposé de faire une médiation entre la junte au pouvoir et les islamistes du Nord Mali pour au finish alléger la tâche à Barkhane à la France. Une offre qui a été simplement qualifiée de «variant» par les confrères de Canard Enchaîné à peine la délégation togolaise est sortie de l’Élysée.

On en était là quand survint le décès de Idriss Deby Itno. Une nouvelle qui aura été l’occasion à jamais rêvée pour Faure Gnassingbé  de se rapprocher plus de Macron. Sa posture au premier rang, aux côtés du Président français, lors des obsèques de l’ancien président tchadien exprime clairement le degré d’ambition du «Jeune Doyen» de l’espace communautaire ouest africain. Puis s’enchaînent les offensives diplomatiques ponctuées par plusieurs tête-à-tête entre Robert Dussey avec le Gal Deby, le remplaçant de son géniteur et une visite de travail à Paris ponctuée par un entretien entre Macron et Gnassingbé. Des bruits de couloirs futés par une certaine presse de l’hexagone, ont annoncé les intentions clairement affichées de Lomé de prendre le lead de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. S’invitant, de fait, sur le terrain du G5 Sahel. Une ambition pour le moins bien curieuse pour un pays comme Togo qui n’a, géographiquement, rien de commun avec la zone.

Lors du putsch en Guinée Conakry, Lomé a également été au cœur des démarches diplomatiques de la Cedeao auprès des nouvelles autorités guinéennes. Le vendredi 10 septembre 2021, le ministre des Affaires étrangères, de l’intégration régionale et des Togolais de l’extérieur, Robert Dussey a fait partie d’une mission des pays membres de la CEDEAO envoyée dans la capitale guinéenne pour évaluer la situation, à la suite du coup d’Etat qui a déposé le Président, Alpha Condé.

 Faure et Dussey, qui fait courir l’autre ?

Le samedi dernier, s’est également tenu au Congo Brazzaville, un mini-sommet sur la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs. Une rencontre qui a réuni, à Oyo, les présidents Félix Antoine Tshisekedi de la République démocratique du Congo (RDC), Yoweri Mouseveni de l’Ouganda, Denis Sassou N’guesso du Congo et Faure Gnassingbé du Togo. De façon spécifique, ce mini-sommet, explique-t-on, a porté sur les mécanismes de suivi de l’accord cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en RDC et la région des Grands Lacs. D’ailleurs une source diplomatique a confié à RFI, qu’il est désormais question de « serrer les rangs pour faire barrage aux ADF (Allied Democratic Forces) qui ont fait allégeance à l’Etat islamique et semblent, à présent, décidés à imposer leur loi dans les pays du bassin du Congo ». Puisque, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) dont fait partie le Togo, connaît déjà une situation similaire, c’est donc à en en croire, selon les informations, l’expertise togolaise en matière de stabilité dans la sous-région ouest africaine qui est sollicitée.

Dans la foulée, le Chef de la diplomatie togolaise, à Washington, fin semaine dernière, a annoncé à Antonio Guteres, Secrétaire Général de l’Onu que Lomé va accueillir en avril prochain, une conférence de haut niveau sur les transitions politiques et la lutte contre le terrorisme au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Ceci, à l’initiative de la diplomatie togolaise.

Une rencontre qui, précise-t-il, permettra notamment aux différentes parties prenantes, d’examiner les tendances et développements récents dans la région du Sahel et les pays de l’Afrique de l’Ouest, face à l’extrémisme violent et au terrorisme, de réfléchir sur les stratégies et moyens pouvant aider à contenir la dissémination de la menace terroriste. Par ailleurs, la conférence, aux dires de Robert Dussey, « répond non seulement à une préoccupation urgente de l’heure, mais s’inscrit également dans le cadre de la stratégie sous-régionale et interrégionale du Togo de lutte contre le terrorisme et de préservation de la paix au Sahel ».

Piste glissante…

Fort de ce qui précède, l’on est en droit de se demander ce qui fait tant courir Faure et son ministre Dussey. Surtout lorsqu’on sait qu’en septembre 2021, le Togo avait déjà présenté sa stratégie pour le Sahel. Laquelle s’articule autour de leviers comme la coopération multilatérale, l’exportation de la paix, ou encore le soutien aux processus de normalisations politiques et de transitions démocratiques. Les togolais qui tirent déjà le diable par la queue semblent se tenir la tête en voyant sur quel pied danse le tandem Faure-Dussey. Un jeu visiblement très risqué susceptible d’exposer le Togo aux affres de l’intégrisme et du terrorisme. Lesquels sont déjà à nos portes.

Tu avances, j’avance

Il serait trop béa de ne point voir dans ce bling-bling international, un jeu d’intérêt synallagmatique entre le fils d’Eyadema et son ministre et ami Dussey. Faure Gnassingbé qui se trouve de plus en plus imbu de la nostalgie de son feu père qui aimait alors se faire appeler le pèlerin de la paix veut aujourd’hui maquiller sa tache de long règne par une quête d’audience  internationale. Le fils d’Eyadema s’est désormais arrogé aujourd’hui le rôle que jouait hier le burkinabè Compaoré dans la sous-region mais il veut même aller au-delà en s’invitant dans la sous-région voisine: l’Afrique centrale. Et dans ce manège, Dussey se trouve à la manette tel Bassolé était pour Compaoré. Une histoire de tu gagnes, je gagne. Et dans tous les sens bien-sûr. C’est principalement cet angle de constat qui dérange certains courtisans dans les couloirs du Palais de la Marina à Lomé.

FRATERNITE