LA UNE POLITIQUE

Jean-Pierre Fabre : Quelle inconstance politique !

Le samedi 31 août dernier, le parti Les Démocrates a tenu, à Lomé, un congrès extraordinaire. Assises au travers desquelles le Président national du parti, Nicodeme Habia a été reconduit dans ses fonctions. Invité, le Président national du parti Alliance nationale pour le changement (Anc), Jean-Pierre Fabre a appelé à une unicité d’actions sérieuses et organisées de l’opposition démocratique. Un appel à l’unité qui interroge le passé.

Table rase sur le passé

Après plusieurs mois de soubresauts internes, le parti Les Démocrates se devait de soigner son image. Et il a choisi le canal idéal pour ce faire. Un congrès extraordinaire. Samedi dernier, les délégués de différentes fédérations du parti ont redonné carte blanche au président national, Ayao Nicodème dont le leadership a été, entre temps, remis en cause par une partie du bureau directoire.

Aujourd’hui, le bateau Les Démocrates semble désormais surfer sur de bonnes bases. Une sorte de table rase sur le passé qui redonne une force conquérante à ce parti, et partant de là, à toute l’opposition traditionnelle et démocratique. Une situation fort appréciable qui s’inscrit dans la dynamique de l’unité tant voulue et vainement recherchée pour l’opposition togolaise toujours divisée. Ce, devant un pouvoir cinquantenaire qui cherche obstinément à étendre ses tentacules.

L’appel de l’Anc à l’union de l’opposition

Justement de cette unité, Jean-Pierre Fabre en a parlée lors de ce congrès. Invité, au même titre que d’autres figures de l’opposition démocratique, le président national de l’Alliance nationale pour le changement (Anc) a, d’entrée, salué la contribution du parti « Les Démocrates » à la lutte commune de libération du peuple togolais. Plus particulièrement, souligne -t-il, «les actions pathétiques» du président du parti, Nicodème Habia, avec pour objectif d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort du Togo qu’il dit «pris en otage depuis plus d’un demi-siècle par une dictature militaire implacable, à façade civile».

Plus loin, tout en espérant des stratégies adéquates pour désamorcer le piège du statu quo, «l’ANC est convaincue…et réaffirme son ferme engagement dans la lutte de libération du Peuple togolais, et sa disponibilité permanente pour toute action unitaire sérieuse, organisée et menée avec rigueur, par l’opposition démocratique…».

Un appel salutaire qui se heurte au passé

Sans nul doute, cet appel est d’une portée grandeur nature pour tout esprit libre et aspirant à l’alternance politique au Togo. Cependant, un regard rétrospectif amène à douter de la sincérité de l’engagement du parti orange et de son président qui ont démontré le contraire de leurs propos au travers des actes posés. En effet, on se rappelle de l’intervention de la vice-présidente du parti, Isabelle Améganvi, sur la chaîne Rtds il y a quelques années. Une émission au cours de laquelle cette dernière a démontré que l’unité de l’opposition que l’on appelle à tout va n’est que chimère. Et que, par conséquent, son parti ne s’inscrit pas dans cette dynamique qui, à ses yeux, n’est guère productive. À sa suite, c’est le Conseiller en communication du parti, Eric Dupuy qui, dans ses diverses interventions sur les médias, défendait la position de l’Anc sur le sujet. Il n’y a pas longtemps, devant les médias, à la veille des élections locales, c’est le tour de Jean-Pierre Fabre qui en a rajouté une couche en estimant que «l’Anc c’est l’Anc, eux c’est eux, (parlant des autres partis formant la Coalition des 14 formations politiques. Ndlr)». Et lorsqu’il s’était agit de clarifier la situation du parti quant à un éventuel retour au sein de la coalition, l’ancien secrétaire general de l’Ufc y a opposé un refus catégorique, faisant comprendre que rien ne saurait plus contraindre le parti orange à cheminer avec des partis qui ne partagent pas la même philosophie que lui. Ce qu’ont dénoncé, avec rigueur, certains observateurs et autres soutiens moraux de l’opposition comme l’Archevêque Émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro qui n’a pas fait dans la dentelle en traitant ce parti de diable de loup dans la bergerie qu’est la C14.

Des questionnements

C’est dire donc que, se basant sur les déclarations des premiers responsables de l’Anc, plus rien ne saurait rapprocher ce parti des autres, dans un quelconque cheminement unitaire vers l’alternance politique. D’où justement la legitimité de douter du sérieux des mots prononcés samedi dernier par Jean-Pierre Fabre. Face à cela, une question vient à l’esprit : qu’est-ce qui a pu évoluer au sein de l’opposition, à quelques mois seulement de la présidentielle de 2020, au point d’amener le président de l’Anc à ravaler ses propres crachâts ? Rien en effet, si ce n’est l’image reflétée d’une opposition foncièrement divisée et en différentes sections, face à l’ogre Unir qui, d’ailleurs, huile d’ores et déjà sa machine pour «la mascarade électorale en vue en 2020» selon les termes de Claude Ameganvi du Parti des travailleurs. Et si l’on en est là, cela s’explique, en partie, par l’éclatement aujourd’hui de la C14 sur l’autel des intérêts et égos dans une comédie savamment orchestrée et dont l’Anc, a été, selon beaucoup de ses amis, un acteur majeur.

Aujourd’hui, revenir entonner la même chanson pendant que rien ne se fait pour traduire dans les actes, les propos, ne saurait, soit de l’ignorance, soit le fruit d’un engagement intéressé qui a toujours trahît le peuple. Mais l’un mis dans l’autre, ces incessants micmacs de l’Anc font de son président, le roi de l’inconstance politique au Togo. On se rappelle quand l’ex chef de file de l’opposition affirmait hier en réponse à la polémique sur sa candidature à la présidentielle de 2015, qu’ «ici on peut faire quelque chose et son contraire à la fois».

FRATERNITE

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