LA UNE MEDIAS

Joël Egah- Ferdinand Ayité/ De la BRI à la prison civile de Lomé… La mésaventure des gens «libres de conscience»

Depuis le vendredi 24 décembre dernier, Joël Egah et Ferdinand Ayité séjournent à la prison civile de Lomé. Déjà cinq nuit que les deux journalistes, Directeurs de Publication des journaux FRATERNITE et L’ALTERNATIVE croupissent dans les geôles d’une prison réputée pour sa surpopulation carcérale. Ceci, dans l’attente d’un imminent procès.

Le jusqu’au-boutisme du Procureur…

La pluie de condamnations et de réprobations, n’auront pas eu raison d’une procédure judiciaire que le Parquet veut visiblement irréversible. Accusés d’outrage aux représentants de l’autorité publique, diffusion de fausses nouvelles et diffamation, entre autres, les journalistes Joël Egah et Ferdinand Ayité, depuis qu’ils sont placés sous mandat de dépôt, le 10 décembre, par le Doyen des Juges d’instruction, passent ensemble la nuit avec braqueurs et autres délinquants de grands chemins. Ceci, pour seul crime d’avoir critiqué deux ministres du gouvernement.

Dans sa sortie sur la télévision nationale, le mercredi 15 décembre dernier, le procureur de la République, Talaka Mawama a réaffirmé que les deux Directeurs de publication sont inculpés sur la base des principes du droit commun, en l’occurrence le code pénal.

« La poursuite de ces journalistes sur la base du droit commun se justifie du fait que les faits incriminés ont été commis par le canal d’un réseau social, un moyen de communication expressément exclu de la loi 001-2020 relative au code de la presse et de la communication. Cette loi dispose que les réseaux sociaux sont exclus du champ d’application du présent code et que ces réseaux sociaux sont soumis aux dispositions des droits communs », a-t-il rappelé.

…Face à la sérénité et la témérité de Me Kpadé

C’est donc sans doute. Le transfèrement des accusés de la Brigade de recherches et d’investigation (Bri) où ils sont gardés depuis leur convocation à la prison civile de Lomé sonne l’air d’un imminent procès. Ceci, malgré deux demandes de liberté provisoires introduites par le Conseil des accusés. Des demandes malheureusement révélées vaines. Toutefois, le procès qui s’annonce se veut une échéance dont n’a visiblement pas peur le Conseil des deux confrères. En effet, à en croire Me Elom Kpadé, ses clients y compris lui-même restent sereins. Ce, au regard de la pertinence des éléments d’appréciation dont il pense user pour démonter les chargés du Parquet.

D’ailleurs, parallèlement aux acteurs immédiats de ce qui s’apparente à un procès inédit , l’opinion aussi pense dans sa majorité que si procès il doit y avoir, ce sera, sans nul doute, un semblant de procès. Bref, un procès expéditif dont le seul objectif est, au travers de leur condamnation, de la boucler définitivement à ces «deux bons esprits mal compris», comme nous l’avons titré dans notre précédent numéro. Mieux encore, à ces deux journalistes connus pour la noblesse de leur combat en faveur de la bonne gouvernance au Togo. Un engagement républicain pourtant non dirigé contre personne, mais qui se veut malheureusement la source de leur pétrin. Sinon, rien ne pourrait motiver une telle interpellation aux allures de cabale contre ces deux journalistes.

Mésaventure des gens libres de conscience

À l’analyse, l’on en vient à affirmer que dans un pays comme le Togo, qui se veut au carrefour du renouveau démocratique, faire subir un tel sort, empreint d’humiliation, à des leaders d’opinion qui ne faisaient pourtant que leur travail, décrypter l’actualité sociopolitique du pays au travers des analyses critiques objectives pour l’avancement de la démocratie et l’état de droit, met en mal l’idéal recherché.

En effet, nombreux sont les observateurs qui se demandent aujourd’hui quel crédit encore accorder à un pouvoir comme celui de Lomé, pendant longtemps marginalisé dans le concert des Nations pour «déficit démocratique» et qui dit s’employer à redevenir fréquentable pendant que nulle place ne semble laissée aux critiques envers les gouvernants. Cela caricature un paradoxe saisissant dont font preuves les autorités togolaises qui semblent vouloir une chose et son contraire à la fois. Car, pendant qu’on crie à l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investisseurs, on participe, d’une manière ou d’une autre à peindre la justice aux bottes. Une justice prompte à condamner des acteurs politiques, des activistes et journalistiques non alignés, pendant que tapis rouge semble déroulé aux grands délinquants économiques du pays plusieurs fois dénoncés par la Presse dans nombre de dossiers mais qui, paradoxalement et par enchantement, continuent de courir les rues, en toute impunité. Une justice à double vitesse, dirait on.

Aujourd’hui, le cas des journalistes Ferdinand Ayite et Joël Ayité est, sans doute, une arrête dans la gorge de Lomé. L’objectif recherché des instigateurs serait peut-être atteint. Mais Joël Egah et Ferdinand Ayité demeureront des gens libres de conscience. Au contraire, c’est l’image du Togo à l’international qui reçoit un coup. Écornée plus que jamais, car cela constitue une mauvaise publicité qui vient s’ajouter au lourd passif que traîne déjà Lomé en matière de violation de libertés fondamentales, de corruption, de bavures et d’impunité qui ont pignon sur rues. Lesquels manquements continuent un frein à la démocratie togolaise déjà balbutiante.

Quand cela ne tienne, des voies continuent de s’élever pour demander la relaxation des deux confrères. En exemple, une pétition vient d’être lancée dans ce sens par Togo Debout. Avec pour libellé #LiberezFerdinandEtJoel#, cette pétition des Organisations de Presse et de la Société civile du Togo ambitionne atteindre 1000 signatures. Un seuil qui permettra à cette pétition d’être inscrite comme pétition recommandée. C’est dire que la flamme de la lutte reste plus qu’active. Individuellement, ses démarches ne manquent pas. «Si critiquer une autorité politique doit être synonyme de prison, c’est mieux de fermer les écoles de formation en journalisme, radios, Tv, journaux papiers et en ligne», a posté, dans un tweet, le journaliste togolais Sylvio Combey, promoteur du site d’information «Africa Rendez-vous»

FRATERNITE