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La CET et la gestion de la Covid par le pouvoir  : Désormais une affaire de soutane et de prière pour confondre ‘‘satan’’

Dans un message en date du dimanche 26 septembre 2021, la Conférence des évêques du Togo (Cet) est encore montée au créneau. Cette fois-ci pour s’insurger contre la méthode forte qu’utilise le gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire. Face aux senteurs de relâchement constatés dans le rôle social que devrait être celui de l’Eglise, surtout face aux nombreux abus d’un pouvoir comme celui de Lomé, il est à se demander si cette nouvelle sortie sonne-t-il le réveil de la troupe à Mgr Benoît Alowonou.

Entre laxisme et complicité passive

On le sait déjà. Les relations entre l’église catholique et le gouvernement du Togo n’ont jamais été des plus sereines. Ce, depuis que les prélats ont décidé de ne plus se taire sur les dérives et autres exactions du régime de Faure Gnassingbé. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, les prélats du Togo, avec à leur tête l’évêque de Kpalimé, Mgr Benoît Mensah Alowonou montent régulièrement au créneau pour prendre le parti des sans voix.

Toutefois, ces sorties de la Conférence des évêques du Togo, pour nombre d’observateurs, se résument plus à la diplomatie, plutôt que des actions concrètes et dissuasives, du haut de l’autorité morale qu’incarne l’église catholique dans la société. Un laxisme apparent qui a d’ailleurs amené notre Rédaction, déjà en juin dernier, à l’analyse selon laquelle, «Au Togo, au lieu d’être au-devant de la lutte, la Conférence des évêques du Togo semble plutôt se placer à peine à côté, jouant un rôle clair-obscur qui, finalement, ne fait qu’entretenir le statuquo». C’était, au  sortir de la 127ème session ordinaire de la CET tenue du 15 au 18 juin 2021 où les évêques ont publié une déclaration des plus alambiquées face au joug corsé que subissait le peuple après l’arbitraire électoral du 20 février 2020 où le clergé avait pris clairement fait et cause pour la vérité des urnes dénonçant la non légitimité des  résultats proclamés par la Ceni.

Pour étayer notre argumentaire, nous relevions que contrairement à ce qui se fait ailleurs, les prélats togolais se limitent aux communiqués, au lieu d’actions plus vives et légitimes, d’ailleurs que les dernières évolutions de la situation sociopolitique leur a offert plusieurs occasions. « Renforcé par toutes ces absences aux grands rendez-vous auxquels le peuple les attendait, le pouvoir n’accorde plus une grande attention, sinon pas la moindre aux déclarations de la Cet. De ce fait, le groupe des Evêques semble désormais s’enliser dans un rôle de suppôt du régime de Faure avec ses communiqués laxistes…», écrivions-nous. Et il se souvient que dans l’opinion, des spéculations sur de supposés achats de conscience des prêtres et évêques, à coup de liasses de banque avaient fortement bruité au point que  l’Archevêque de Lomé, a dû au moyen d’une sortie médiatique, fait un formel démenti de ses allégations. Mais est-il que le mal avait déjà fait tâche. Aujourd’hui, avec la sortie du 26 septembre dernier, tout porte à croire que les lignes bougent et les hommes en soutane ont choisi de se remettre debout.

Le réveil ?

Se prononçant sur la gestion de la crise sanitaire, la Conférence des évêques du Togo révèle, selon la doctrine du catéchisme de l’église, que «l’homme a le droit d’agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales». En clair, la Cet estime que la stratégie de lutte contre la crise sanitaire actuelle doit être respectueuse de la dignité, de la liberté et des droits fondamentaux de la personne humaine. «Elle doit être essentiellement basée sur …l’administration des soins curatifs, la vaccination librement consentie et en toute connaissance de cause, la recherche scientifique etc…», indique Mgr Benoît Alowonou.

Ainsi, la fermeture systématique des lieux de culte utilisée comme un moyen de lutte contre la transmission du virus, estime la Cet, relève d’une approche exclusivement biomédicale de la pandémie qui ignore sa réalité psychologique, anthropologique, sociale et spirituelle. «Les lieux de culte, notamment ceux de l’église catholique, sont des endroits où les mesures préventives sont majoritairement respectées par rapport à d’autres lieux qui ne sont pourtant pas frappés par les mêmes mesures. «Les Assemblées de prières sont également des occasions, des lieux et des moments propices à la sensibilisation et à l’éducation des fidèles sur la conduite à tenir», précisent les évêques qui s’interrogent si on a :«suffisamment pris en considération la contribution des autorités religieuses dans la décision de fermeture de ces lieux de cultes?». Tout porte à croire que non ! s’offusquent-ils, eux qui estiment cela anormale d’autant plus que les lieux de cultes ont toujours servi de lieux de secours en temps de refuge, de catastrophe ou de danger de tout genre. «Autant on comprendrait que des lieux réellement dangereux soient fermés, autant on est dans l’incompréhension de voir que les lieux qui respectent les mesures soient fermés», se désolent les Évêques.

Pour ces dignitaires de l’église catholique du Togo, le délicat sujet de la vaccination contre la covid-19 mérite également des réflexions et un débat approfondis. Dans un contexte de doute sur la fiabilité, de l’efficacité, de la dangerosité, des effets secondaires et de la conservation de ces vaccins, pour la plupart en phase d’expérimentation, la Cet se demande s’il est vraiment opportun de faire usage de la pression et des sanctions pour obliger les populations à se faire vacciner. «Ne faudrait-il pas développer plutôt des stratégies qui expliquent et donnent de convaincre par argumentations, pour une décision personnelle, libre et responsable ?», se demandent-ils.

En conséquence, poursuivent les prélats togolais,  en guise de questionnement, les mesures coercitives des autorités telles que l’interdiction d’accès aux bâtiments publics et administratifs par la carte vaccinale, l’exigence de présenter une preuve de vaccination pour le dépôt des dossiers d’établissement de la carte d’identité et pour la légalisation des pièces etc., ne constituent pas une grave violation des droits élémentaires des citoyens.

De bonne guerre….

Fort de ces différents aspects touchés par les évêques qui évoquent la méfiance des populations qui relèvent des suspicions de «non-dits», d’«agendas cachés», d’«intérêts financiers obscurs» et de «lobbying des puissants « auxquels il faut ajouter le «règne de la pensée unique» et la «toute-puissance des gouvernants», il est à envisager que la relation Eglise catholique-gouvernement du Togo, déjà balbutiante, va sans aucun doute encore se détériorer.

De bonne guerre, diront certains observateurs qui se demandent si finalement l’église s’est rendu compte qu’elle avait pactisé avec le diable en ménageant aussi longtemps que possible, un pouvoir comme celui de Lomé reconnu réfractaire aux libertés fondamentales et principes démocratiques. Si cette sortie sonnera le réveil de la Conférence des Évêques du Togo à agir autrement, ce ne serait donc qu’une bonne chose pour son image et le soutien légitime que le peuple attend d’elle dans sa lutte contre ce pouvoir qui a suffisamment montré que pour lui le respect des valeurs de loyauté et d’honneur ne tient que sur le fil. Et elle intervient seulement quelques jours après que l’évêque de Dapaong, Mgr Guigbile est dû intervenir pour recadrer le ministre Ihou qui a allégué que ce sont les responsables religieux eux-mêmes qui ont choisi qu’on ferme les lieux de culte à défaut d’accepter de soumettre leurs fidèles au pass vaccinal.

Mgr Guigbile avait alors expliqué que le gouvernement a plutôt signifié aux autorités religieuses que l’on «doit fermer les lieux de culte pour conditionner l’accès à la présentation d’une preuve vaccinale». C’est alors que les responsables pour préserver la liberté des citoyens par rapport aux vaccins, ont dit qu’ils préfèrent voir les lieux de culte fermer que d’exiger la carte vaccinale pour accéder aux lieux de culte », a ajouté l’Evêque. L’homme de Dieu pour finir a tenu à inviter les chrétiens à «prier pour la confusion de satan».

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