JUSTICE LA UNE

Le judiciaire togolais à la botte des treillis

Au Togo, la justice, dernier recours des citoyens, n’en est pas un. Plutôt que d’agir et donner force à la loi, la justice togolaise, par ses hommes indélicats, se saborde, au profit des plus offrants pécuniairement ou politiquement. Un phénomène à la peau dure qui, malgré les menaces de leurs supérieurs hiérarchiques, traverse toujours le temps et l’espace.

Problématique d’un phénomène à la peau dure

S’il y a un phénomène qui risque d’hypothéquer, voire embraser le vivre-ensemble, si rien n’est fait, c’est bien le foncier. Que de cris de détresses et parfois des pleurs, pour les plus chanceux. De l’Accident cardio-vasculaire et la mort, parfois, pour les moins chanceux. À l’origine: des ordonnances de déguerpissement et ordres de démolition sans aucune concession dont sont auteurs, des juges et auxiliaires de justice. Une récurrence des faits qui a contraint, il n’y a pas longtemps, le ministre de la Justice et le Président de la Cour suprême du Togo à prendre, chacun, des notes portant interdiction dudit phénomène. Un début de satisfaction qui a d’ailleurs suscité espoir et amené la rédaction du Journal Fraternite à demander que le service après vente promis par le président de la Cour suprême, Abdoulaye Yaya, soit vite assuré. Ce qui sous-entend qu’après l’interdiction, il faille très rapidement passer à l’étape supérieure en réparant tant que possible les torts commis aux nombreuses victimes du phénomène à travers le pays, mais surtout  épurer du corps des juges et auxiliaires, les indélicats à la base de ces forfaitures.

Mais comme pour dire qu’au Togo, une chose est d’interdire, mais l’autre est de pouvoir donner force à la loi aux fins d’un respect scrupuleux des mesures prises, les premières obstinations, voire opposition à ces mesures sont venues de l’association des magistrats qui s’y est véhément opposé. Demandant même à leurs supérieurs hiérarchiques de rapporter leurs décisions.

C’est à croire que la pratique semble bien lucrative au point de susciter une si grosse colère des acteurs de la justice qui, il faut le souligner, en complicité avec d’autres composantes de la chaîne des mafieux, s’en mettent généralement plein la poche au sortir de ces problèmes de foncier. Ceci, pendant même qu’ils créent désarroi et alanguissements dans les communautés où collectivités s’opposent mortellement. Au même moment, de pauvres acquéreurs voient le fruit des années de sacrifices et de dures labeurs s’effondrer, sous la hantise des gros bras et les bruits de bottes des forces de l’ordre ou des lames de Caterpillar et bulldozers.

Devoir de responsabilité

Avec la sortie du ministre Pius Agbetomey et le Juge Aboudou Yaya, l’on croyait à la fin de la mascarade. Mais malheureusement c’est sans compter avec la témérité enivrante de ces acteurs que rien ne semblent point inquiéter. Ces derniers temps, des hommes en treillis avec leurs auxiliaires de fait que sont les gros bras, se font toujours entendre. Ils opèrent des descentes dans les domaines pour y déloger des occupants et ce, malgré la suspension prononcée par le plus haut des acteurs du pouvoir exécutif qu’est le juge Aboudoulaye Yaya, en sa qualité de président du Conseil Supérieur de la Magistrature et président de la cour suprême.

Les récents cas de Gbamakope et Akato… sont illustrateurs et amènent à se questionner sur la réelle force de l’hiérarchie judiciaire vis-à-vis de ses agents et auxiliaires. Dans le cas d’espèce, l’Etat en tant qu’institution qui doit se faire respecter doit prendre ses responsabilités. Car, tout semble dire, au regard de la poursuite des faits malgré les injonctions des supérieurs dans le domaine, que le pouvoir judiciaire perd inexorablement du terrain en se laissant marcher dessus par des  agents de l’exécutif qui sont pourtant censés se plier à ses injonctions. Et à cette allure, le judiciaire qui semble perdre de la voix risque de ne représenter que l’ombre de lui-même, si rien n’est fait pour redresser la barre au profit d’une décente.

FRATERNITE