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Nouveau PM : Victoire Sidémého, la juste consolation?

Le suspens a pris fin ce lundi 28 septembre 2020. Près de cinq mois après sa prestation de serment, le 3 mai dernier, Faure Gnassingbé a accepté la démission de Komi Klassou et de tout son gouvernement. En lieu et place du Premier ministre sortant, Victoire Dzidudu Tomegah-Dogbe. Une nomination aux relents stratégique et symbolique.

5 ans d’attente…. Dogbe l’a enfin

A quand la démission de Selom Komi Klassou? Le sujet a occupé les espaces de discussions plus de quatre mois durant. Les togolais y sont allés de leurs commentaires, chacun selon son aspiration. Mais au lendemain d’une nouvelle prolongation de l’État d’urgence qui court jusqu’en mars 2021, alors que le débat reprend de plus belle, Faure Gnassingbé y est allé selon son humeur. Aussitôt la démission du Premier ministre sortant acceptée qu’il procède à la nomination d’un nouveau. Victoire Tomegah-Dogbe. Une première dans l’histoire politique du Togo pour une femme d’être nommée cheffe du gouvernement. Et déjà en 2015, les spéculations que nous avions reçues évoquaient déjà fortement le nom de la dame de Badougbé ( du bord des lacs Togo). Une option qui était sérieusement explorée dans l’optique pour fils d’Eyadema de requinquer son image aux lendemains de sa reelection  à la prusse pour un 3e mandat déjà polémique. Mais les arguments des caciques qui avaient alors joué leur vatou de façon prompte pour la conservation du fauteuil au prince ont triomphé réussissant à imposer leur micci dominici Klassou à la primature. Mais cette fois les 5 ans de platitude de Klassou n’ont laissé aucune chance à l’argument des caciques.

Née à Lomé en 1959 à Lomé, le nouveau Premier ministre, le sixième sous Faure Gnassingbé, est une femme politique. Économiste et gestionnaire de formation, elle était 2008, ministre du Développement à la base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes dans le Gouvernement. Poste qu’elle a concomitamment occupé, depuis 2009, avec le poste de Directeur de Cabinet de la Présidence de la République.

Mais avant, la native de Badougbe (Préfecture de Vo) a été, de 1994 à 1998, Directeur Général à l’Industrie Togolaise des Plastiques (ITP). Puis, elle entama une riche carrière internationale au Programme des nations unies pour le développement (Pnud) qui l’a successivement conduite au Congo Brazzaville, au Burkina Faso et au Bénin, dernière étape où elle était Représente Résidente Adjoint du PNUD de 2007 à 2008.

À son arc de technocrate, Victoire Tomegah-Dogbe y a ajouté, par la suite, celui de politique. Militante du parti Union pour la république (Unir), celle que ses proches  ont surnommé la dame 2 fois 5 (fille du dieu python dans le terroir mina xwla du sud Togo) a réussi, à se tailler une place de choix dans le cercle restreint des dignitaires du régime de Lomé autour du Chef de l’État. Députée depuis 2013 sans toutefois siéger, cette élue de la circonscription électorale de VO, zone longtemps acquise à l’opposition, a été, par ailleurs en avril 2015, la coordonnatrice de la campagne électorale pour le parti présidentiel dans plusieurs quartiers de Lomé. De même qu’en février 2020, elle a joué un rôle majeur dans la percée réalisée dans le Vo, selon les chiffres officiels que conteste à ce jour le candidat Agbéyomé Kodzo.

La reconnaissance…

C’est donc un attelage de parcours assez impressionnant de technocrate, militante et commis de l’État dévouée et acquise à la cause des couches défavorisées qui auront pesé en la faveur de Da Victo. Une nomination qui sonne donc l’expression de la reconnaissance de Faure Gnassingbé à une fidèle collaboratrice. Mieux, la consécration de la loyauté et une vision assez participative et inclusive du développement tel que le conçoit le Président de la République.

De deux choses l’une, le choix de dame Dzidudu à la Primature se révèle mieux que le sortant Klassou qui n’a mieux fait que d’exceller dans le griotisme et le culte de la personnalité, la manière la plus précambrienne de faire de la politique. Conséquence, les cinq ans de passage et de longévité à la Primature de l’universitaire n’a généré que des retombées malheureusement inconsiderables à l’actif du Togo resté sous côté par de nombreux indicateurs de performance, de bonheur et de développement des nations unies.

L’estocade de ‘‘Victoire’’

Aussi, cette nomination se veut-elle, en soi, une victoire de Dame Victoire sur ses détracteurs qui ont pensé l’enterrer plus vite que prévue. En effet, ces dernières années,  Victoire Dogbe semble traverser une période d’épreuves à diverses étapes. D’abord, fléchées par nombre d’observateurs qui ne voient qu’aux nombreux projets de développement à la base qu’elle pilote, des moyens d’enrichissement plutôt que d’impacter le quotidien. À cela s’ajoute son cumule très décrié de deux postes stratégiques. Ceux du ministère du développement à la Base, avec ses nombreux portefeuilles, et de la direction de Cabinet du Chef de l’État, avec rang de ministre. L’on ne passera pas sous silence, sa  guerre d’influence avec Reckya Madougou, la Conseillère spéciale de Faure Gnassingbé. Une guerre dans laquelle, la ministre et directrice de cabinet, face à l’ingéniosité, la créativité et le dynamisme, était  annoncée perdante à l’arrivée. Que dire du détachement de ses attributions, du portefeuille de l’inclusion financière érigé désormais depuis 2015 en secrétariat d’État et confié, depuis septembre 2017, à Assih Mazamesso. Bref, dans un tel environnement bien haché, Victoire Dogbe n’a jamais baissé la garde, bien que lâchée même par nombre de ses soutiens dans la presse qui ont rejoint, armes et bagages, le camp de son alter ego, Reckya Madougou. Le toscin a été le décès de Patrick Têvi Benissan, Secrétaire général de la Présidence qui était l’un des amis sûrs Dogbé Victoire. Aujourd’hui, sa nomination n’est donc que la résultante du courage dans les épreuves, de l’endurance et la résistance face aux défis, puis l’application et la rigueur dans le travail.

Les pistes pour une mission réussie

Pour mieux capitaliser ses exploits et surmonter les défis de développement, il urge pour le nouveau Premier ministre de se donner une certaine hygiène managériale. Il s’agit, d’abord d’aller au-delà de la rancune- une dès choses les mieux partagées dans ce milieu- puis des querelles de femmes. Lesquelles sont restées  des tâches noires qui ont caractérisé un pan de son parcours de commis de l’État. Ensuite, Victoire Dogbé doit également procéder à un changement profond dans son entourage. Ceci, en composant avec des hommes  dont la collaboration se basera sur des compétences indéniables qu’on a laissées jusque-là sur la touche pour un hi ou un ha, la probité morale, bref un ensemble d’éléments qui font le socle de toute réussite. Dès lors, l’esprit d’ouverture qui sonne comme une urgence ne viendra que comme cerise sur le gâteau pour la réussite de sa noble mission. La compétence ne faisant pas défaut. Une ouverture qui doit être diversifiée.

Togo-Gabon : une gouvernance symétrique ?

Il se voit que la nomination de Dogbé semble se calquer sur le modèle gabonais, fruit des rapprochements entre Faure Gnassingbé et Ali Bongo, deux fils héritiers du pouvoir sur le continent. Victoire Tomegah-Dogbe apprendrait donc beaucoup de son collègue Gabonais, Rose Christiane Ossouka Raponda avec qui elle a pratiquement le même profil.

Mais au-delà, il faut a priori s’attendre à d’autres coachings comme ceux que Ali Bongo a tout dernièrement réservés aux Gabonais pour stabiliser tant peu son pouvoir à ce jour.

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