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Pétrolgate: Le coup de boutoir de Fabre au rapport d’audit

Dans un entretien, le samedi 3 avril dernier, sur les ondes de Victoire FM, l’opposant Jean-Pierre Fabre   s’est particulièrement montré tiède  au sujet du rapport d’audit qui a confirmé l’affaire dite Pétrolgate. Une posture du Président national de l’Anc qui, tout comme certains membres du gouvernement, semble jeter du discrédit sur ce rapport qui suscite bien de questionnements.

Décidément, même des semaines après le verdict alambiqué de la justice togolaise, l’affaire de détournements de fonds dans la commande de pétrole, révélée par le Journal L’Alternative, n’est pas loin de clore. Elle connait des rebondissements, allant des plus énigmatiques au plus surprenants. Apres les sorties ubuesques des ministres Bawara et Trimua, le Président de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), Jean-Pierre Fabre s’est ajouté au bal.

Le coup de boutoir

Abordant le sujet qui fait particulièrement couler beaucoup d’encre depuis mi 2020 où elle a été révélée, l’opposant et Maire de la Commune Golfe 4 a été particulièrement tiède au sujet dudit rapport qui accable plusieurs personnalités. «Nous nous sommes procurés ce rapport et nous constatons malheureusement que ce rapport n’est ni daté ni signé. Alors nous ne sommes pas la presse», a-t-il laissé entendre en guise même d’un malicieux coup de poing donné au nez de la presse critique qui ne lâche pas l’affaire. En conséquence, conclu M. Fabre, «ce rapport n’est pas exploitable en l’état par nous».

Comme pour anticiper un procès de l’opinion face à sa réaction, Jean-Pierre Fabre que d’aucun qualifie de surprenante, Jean-Pierre Fabre s’en défend. «Nous sommes des responsables victimes régulièrement de calomnies de diffamations etc. Nous devons faire preuve, en ce qui nous concerne, de prudence». Et de poursuivre : «Nous avons simplement écrit au ministre des Finances pour demander copie de ce rapport. Si une équipe a été missionnée pour faire des investigations, si ce rapport existe qu’on nous le donne conformément à la loi portant statut de l’opposition. C’est ce que nous avons fait».

Jamais deux sans trois !

S’il s’avère normal et logique que le sujet intéresse Fabre, si tant est qu’il défend l’intérêt du peuple togolais, sa posture adoptée, à l’analyse du sujet, semble tout de même bien curieuse. Ceci, en ce sens qu’elle ressemble, comme deux gouttes d’eau, à celle de certains membres du gouvernement qui, ces derniers jours, dénient à ce rapport, son caractère fiable. Ceci, au travers des propos et discours à la limite dédaigneux qui auront choqué plus d’un. D’une part, Gilbert Bawara qui traite l’affaire de «rien de plus faux», pendant que d’autre part, Christian Trimua, porte-parole du Gouvernement qualifie, lui, le rapport d’audit de non fiable.

Ainsi donc, après les deux membres du gouvernement, c’est le tour de Jean-Pierre Fabre de dire, sans l’affirmer haut, douter de l’authenticité, sinon de la fiabilité de ce rapport commandité par le ministère de l’Economie et des finances et conduit et rédigé par des inspecteurs de ce ministère pourtant très professionnels connus  rompus à la tâche.

Dans les sorties des ministres, tout portait à croire qu’ils tentaient, vaille que vaille, de venir en aide à des personnalités en détresse, des individus nommément cités dans le rapport. Doit-on aussi déduire la même approche pour ce qui est de Fabre? Est-il que des faits et gestes de cet opposant tendent à corroborer cette appréhension.

En effet, c’est avec un air bien curieux que les togolais ont aperçu, aux côtés de l’avocat de Fabrice Adjakly, lors de sa première sortie médiatique portant sur le sujet, un des plus proches collaborateurs de Jean-Pierre Fabre et de l’Anc ces derniers temps. Sans toutefois le nommer, la présence de ce dernier a surpris plus d’un et a participé à nourrir des suspicions qui se font plus plausibles aujourd’hui, avec le discours et la prise de position de Fabre sur le rapport. De là, nombre de Togolais qui voyaient, depuis peu, en l’Anc, un allié stratégique du pouvoir de Lomé ont trouvé aujourd’hui une couche à leur récrimination. C’est à croire que le parti Orange, déjà en chute libre dans l’opinion, est, visiblement et sans doute, sur un chemin de non retour.

L’Anc face à son avenir…

Les déclarations du 03 avril de Fabre rendent ainsi  hypothétique un retour en grâce de l’Anc. Il est à noter par ailleurs que Fabre, dans le même entretien, au-delà de son coup de boutoir au rapport d’audit, y va également d’un langage à la limite chiffonnier au travers des termes «bouffons» ou encore «saltimbanques», parlant de certains de ses collègues de l’opposition qui, à ses yeux, s’offrent en spectacle et amusent la galerie sur la place publique.

Aujourd’hui, un constat se dégage. Soit, le leader de l’Anc abdique, par rapport à la lutte pour la démocratie et surtout l’alternance politique pour rejoindre, pieds et mains joints le pouvoir, soit il se trompe carrément d’adversaire et d’approche dans sa lutte. Car, une pareille similitude dans les approches du parti avec celle du pouvoir en disent suffisamment long. Et d’ailleurs, les brouilles au sein du parti en sont une illustration parfaite que le navire orange  navigue en eau trouble.

FRATERNITE