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Port autonome de Lomé : Mystère autour de l’incendie au Plot coton Saga

Dans la nuit du  10 au 11 juillet 2021 le Plot coton Saga du Port Autonome de Lomé a été ravagé par un incendie. Si aucune victime n’a été déplorée, le feu a détruit un lot important de coton. Malgré la sortie du Haut Conseil pour la Mer, le 12 juillet, sur le sujet, des zones d’ombres demeurent.

Les images étaient impressionnantes. Dans une vidéo d’une trentaine de seconde diffusée sur les réseaux, on voit des sacs de coton partir en fumée en l’espace de quelques secondes. Et visiblement, selon les commentaires de celui qui semble être l’auteur de la vidéo, les sapeurs-pompiers comme à leur habitude au Togo ont pris du temps pour arriver sur le lieu et arrêter les flammes. Mais la version officielle semble dire le contraire. « L’intervention d’urgence des différents intervenants dépêchés rapidement sur place ont permis de circonscrire l’incendie l’empêchant de se propager aux structures adjacentes », a expliqué le Haut Conseil pour la Mer dans un communiqué. Une version qui suscite curiosité quand on sait, après recoupements, que l’incendie a duré plusieurs heures.

Des mystères autour de l’incendie…

Le Port Autonome de Lomé a-t-il échappé à un drame similaire à celui du port de Beyrouth qui avait fait plus de 150 morts et des milliers de blessés ? En tout cas, au lendemain du drame au Liban, les autorités togolaises ont initié plusieurs réunions dont les objectifs ont été d’évaluer les mesures sécuritaires dont disposent les ports de Lomé et de Kpémé et d’envisager des décisions idoines, pour y encadrer la gestion des produits chimiques dangereux.  « Les efforts doivent se concentrer sur la sécurité et la sûreté des installations portuaires, par la veille et la surveillance. », avait souligné Yark Damehane, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, avant d’ajouter que « c’est le lieu d’envisager des échanges plus approfondis sur tous les risques industriels et produits dangereux dans tous les secteurs d’activité industrielle de notre pays, pour éviter d’être surpris. ».

A cet effet, des inspections et contrôles ont été menés au Port de Lomé, « pour vérifier les entrepôts et zones de stockage de marchandises délicates ou hautement sensibles sur son site », avait-on rassuré en septembre 2020. Et l’objectif reste le même, prendre des mesures préventives pour éviter le drame survenu dans le Port de Beyrouth. Alors comment, expliquer que malgré tout ceci l’incendie du 11 juillet dernier a pu causer autant de dégâts au vue des images.

D’ailleurs sur l’ampleur des dégâts et leur coût, ni le Haut Conseil pour la Mer, ni la Direction générale du PAL n’ont  rien communiqué. Ces informations sont en principe disponibles auprès de la société et donc accessible pour mesurer l’ampleur des dégâts et situer les responsabilités. En lieu et place, le Haut Conseil pour la Mer a annoncé la mise en place d’une commission d’enquête à l’effet d’examiner les rapports d’enquête administrative. Et quand on sait que les conclusions des enquêtes ouvertes au Togo dans ce genre de situation ne sont jamais communiquées à l’opinion, l’on a déjà du mal à croire en la sincérité de cette démarche quoique logique.

Le manque de clarté du Haut Conseil pour la Mer sur cet incendie est encore plus curieux quand on sait que c’est le troisième incendie dans la zone portuaire en l’espace de quelques semaines. En effet, le 11 juin dernier, un incendie s’est déclaré  dans l’enceinte de la centrale électrique Kékéli Efficient Power, inaugurée seulement le 26 avril dernier et située dans la zone portuaire. Jusqu’à présent, l’origine du sinistre est inconnue. Après ce fut celui de Spunkfield spécialisé dans la production et commercialisation des produits phamarceutiques.

Dans tous les cas, l’incendie au Port de Lomé ressemble fortement dans le scénario à celui du Grand marché de Lomé où les autorités du marché avaient annoncé que les mesures préventives ont été prises pour éviter une telle situation au lendemain de l’incendie du marché de Kara. Tout le monde connait la suite, et le mystère, 8 ans après, n’est toujours pas résolu.

Des produits hautement dangereux stockés au port de Lomé…

Mais un incendie au Port de Lomé pourrait être plus désastreux que celui du Grand Marché. En effet, des produits dangereux et hautement inflammable sont stockés dans le Port et ses environs.   Par conséquent, un incendie dans cette zone pourrait engendrer des dégâts énormes d’où la nécessité de faire preuve de transparence sur le sujet, au lieu, comme à l’habitude de tourner l’opinion et les opérateurs économiques en bourrique. 

Selon nos informations à ce jour, le Togo ne dispose pas d’un fichier de produits dangereux, ni d’une cartographie des lieux de stockage des produits dangereux et quid d’une  documentation de leur origine et le  but de leur importation ou exportation. De ce fait, les mesures sécuritaires pour leur stockage sont souvent délicates. D’ailleurs, ces points auraient été soulevés au lendemain du drame de Beyrouth. Mais jusqu’à présent, les choses ne semblent pas évoluer.

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