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Primature: Dogbé tient désormais le vuvuzela

Aussitôt nommée par Faure Gnassingbé, Victoire Tomegah-Dogbe semble déjà prendre ses marques. Après avoir jeté, dans son discours programme, les bases de sa mandature qu’elle entend centrer sur le développement, la cheffe du Gouvernement envoie d’ores et déjà des signaux qui, à la fois, étonnent et inquiètent.

La touche DOGBE

Gouverner autrement. Telle semble être la marque que Victoire Tomegah-Dogbé veut imprimer à sa mandature. Un mandat qu’elle place sous le sceau du développement. Un défi de taille qui a conduit la nouvelle Première ministre, au terme du récent séminaire gouvernemental, de faire prendre des engagements à chaque ministre. Des engagements qu’ils devront remplir, chacun, en conformité avec la feuille de route du Gouvernement.

« Nous devons nous mettre au travail, nous n’avons pas de temps à perdre », lancera t-elle ensuite à l’endroit des ministres. C’est dire donc que l’ancienne ministre de Développement à la base, par une nouvelle approche, entend se démarquer considérablement de ses prédécesseurs, surtout dans la conduite des politiques gouvernementales. Une politique quinquennale qui accorde une place de choix au développement, et moins de place à la politique.

Le bémol…

Bien que connue moins politique, avec une vision salutaire du point de vue social, nombre d’observateurs se demandent tout de même si seul le social peut permettre à cette ancienne onusienne de parvenir à relever les nombreux défis qui l’attendent.

Tout semble dire, à n’en point douter, que Victoire Tomegah-Dogbe, bien que volontaire, semble ignorer que la paix sociale et celle politique sont indissociables. Autrement, une telle approche risque de nuire politiquement à cette dernière. Surtout en ce qui concerne l’extension de sa base électorale qui n’en était déjà pas une dans son Vo natale.

L’on en était là quand, à la faveur d’une interview accordée à RFI (Radio France Internationale), en début de semaine, Victoire Tomégah-Dogbé en rajoute une nouvelle couche aux doutes et interrogations déjà suspens.

En effet, dans cette interview exclusive dont le privilège est accordé à un media international, le Premier ministre a, d’une part, rappelé la résolution de son équipe de simplifier les procédures en misant sur la dématérialisation.Et de l’autre côté, annoncé que de nombreuses reformes sont attendues dans presque tous les secteurs. Ceci, afin d’améliorer l’efficacité de l’action publique et la productivité des acteurs privés, ou encore renforcer la compétitivité du pays.

Méconnaissable….

La suite n’aura été que déception. Victoire Tomégah-Dogbé a douché les ardeurs de nombre d’observateurs qui espéraient en elle, un «esprit nouveau» à la Primature. En effet, répondant aux volets politiques, Mme Victoire, toute méconnaissable, a déçu plus d’un en affirmant que la page du 22 février était déjà clôturée. « Aujourd’hui, nous devons regarder devant, nous devons avancer, nous devons nous mettre au travail. Je souhaite vraiment qu’on s’en tienne à cela », a insisté la cheffe du gouvernement. Et de poursuivre: « La communauté internationale a été témoin du bon déroulement du processus électoral dans notre pays. Le Togo est un pas démocratique. Il a des instruments de régulation et de suivi des processus électoraux. La commission électorale nationale indépendante (CENI), le conseil constitutionnel ont déjà réglé cette question. Je vous dis que je me consacre sur les défis économique, social, sanitaire. C’est ça qui nous préoccupe aujourd’hui ».

Plus loin, elle estime, sur le cas Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo que personne ne l’a poussé à l’extérieur du pays. «Nous voulons vraiment rassurer les uns, les autres que ce qui est important pour nous aujourd’hui, c’est de travailler à répondre aux besoins sociaux des populations. Je sais qu’au Togo, tout le monde a compris que cette page, elle est tournée. Il peut avoir des gens qui ne sont pas contents, mais il faut se soumettre à cela sinon, on ne s’en sortira jamais. Il faut se soumettre à cela. Donc nous pensons réellement qu’il faut nous focaliser sur l’essentiel, c’est le développement. L’essentiel, c’est lutter contre la vulnérabilité dans notre pays. Nous allons travailler sur ça. Nous mobilisons réellement sur ça. Je vous assure. Les autres qui n’ont pas encore compris, prendront le train en marche. Je suis sûre qu’ils prendront le train en marche », a affirmé Victoire Sidémého Tomégah-Dogbé.

Un discours qui n’est pas de nature à arranger les choses, car il  prend les allures des discours incendiaires et provocateurs des apparatchiks du pouvoir et dont les togolais ont horreur.

Faure, 2025 et les signaux d’un plan B?

Plus curieux, c’est une Victoire Tomegah-Dogbe complètement dans la posture de Vice-président du Togo que les togolais ont suivi dans cette interview RFI. Laquelle, avouons-le, est d’une rareté remarquable au Togo, après les parenthèses Edem Kodjo et Fossoun Houngbo, deux personnalités d’envergure internationale.  Ceci, en ce sens qu’elle cite mot à mot le Chef de l’État comme si elle envoyait indirectement à l’opinion, un signal fort. Celui renseignant sur le profil d’un éventuel successeur de Faure Gnassingbé, dans son plan B en 2025. Une approche purement géostratégique qui trouverait, en cas d’évidence, son fondement dans un contexte de clivage nord-sud des débat et paysage togolais.  Ce qui reviendrait, dans ce cas, à équilibrer ce sempiternel débat qui revient sans cesse sur le tapis. Une hypothèse qui que ne dément pas Victoire DOGBE lorsqu’elle affirme que Faure Gnassingbé a décidé de faire confiance aux femmes, à leur leadership et que c’est une volonté politique qui se concrétise.

Victoire tiendra-t-elle longtemps?

Au regard de ce qui précède, la question se pose de savoir si Victoire Tomegah-Dogbe, avec  un tel discours, parviendra-t-elle à tenir longtemps. Qu’à cela ne tienne, elle donne l’impression de choper, elle aussi, le fameux virus de vuvuzela et de zélés politique qui a toujours desservi aux affidés qui, une fois pressés comme une orange pour extraire le jus, sont jetés dans la poubelle. Elle doit donc vite se ressaisir pour ne pas hypothéquer sa mandature qui, à cette allure, est en passe d’être vouée à l’échec.

FRATERNITE