ECONOMIE LA UNE

Projet TOGOCOM : Que cache au juste l’Etat ?

Le 16 novembre 2018, le parlement togolais vote l’ouverture du capital de la société Togocom, créée par décret pris en conseil des ministers du 13 Juillet 2017. Dès lors de nouveaux épisodes ont commencé par s’ouvrir dans ce que nous appelons depuis 2017, le feuilleton de transformation des deux opérateurs étatiques Togotelecom et Togocel qui exploitent respectivement la téléphonie fixe et le data puis la téléphonie mobile, jusque-là. Le nouvel acte et qui sème la panique depuis quelques semaines dans l’esprit des agents des deux opérateurs étatiques est le processus enclenché pour pousser vers la sortie, de gré ou de force, au moins 500 parmi eux, avant que « l’étranger » ne vienne s’installer. Retour sur les incohérences d’un processus qui a tous les éléments d’une cantate. Décryptage !

Les hics du décret du Conseil des Ministres du 06 décembre 2018

Le Conseil des ministres du 06 Décembre 2018 est venu ravaler ce qu’il avait accouché 17 mois plus tôt soit le 13 Juillet 2017 en créant une structure assise alors sur trois pieds à savoir TOGOInfraCom, TOGOServiceCom et TOGOInstallCom. Le nouveau décret « porte abrogation des décrets n° 2017-088/PR du 13 juillet 2017 portant création, attributions et organisation de la société togolaise d’infrastructures (TOGOInfraCom), n° 2017-089/PR du 13 juillet 2017 portant création, attributions et organisation de la société togolaise de services (TOGO ServiceCom) et n° 2017-090/PR du 13 juillet 2017 portant création, attributions et organisation de la société togolaise d’installation et de support à la maintenance (TOGOInstalCom) » retient-on du communiqué ayant sanctionné le Conseil des ministres du 06 décembre dernier.

Pourtant, déjà dans notre parution du 19 Juillet 2017, nous avons très tôt alerté le premier magistrat du pays de revenir sur ce décret du 13 juillet et plus précisément sur le processus de transformation qui a tout d’une scène de marionnette. Autrement c’est une volonté de privatisation qui ne dit pas son nom et qui porte atteinte à l’identité nationale, avions-nous écrit.

Aujourd’hui, après un an et demi d’aventure on revient pour corriger une partie du décret hémiplégique du 13 Juillet 2017. Ce n’est qu’une étape.

Pour autant, une revisite des termes du communiqué du conseil des ministres du jeudi 6 décembre dernier laisse pantois. Et sur plusieurs points.  Première curiosité : le communiqué parle de privatisation pendant que l’Assemblée nationale n’a voté qu’une simple ouverture de capital. « Pour réaliser pleinement le potentiel de croissance du groupe, l’ouverture du capital à un partenaire stratégique a été décidée et l’Assemblée nationale a voté, le 15 novembre 2018, la loi portant autorisation de la privatisation de la société Holding Togolaise des Communications Electroniques (TOGOCOM) », lit-on dans le communiqué du Conseil des ministres. Or, l’argentier du gouvernement qui était le 15 Novembre dernier devant le parlement est reparti avec deux lois, l’une parlant d’ouverture de capital en ce qui concerne Togocom et l’autre parlant clairement  de privatisation des banques nationales Utb et Btci. Jamais le ministre Sani Yaya, ni le parlement n’ont parlé de privatisation de Togocom ce 15 décembre pour qu’on vienne le citer comme tel dans le communiqué du Conseil des ministres du 06 décembre 2018. Qui plus est, lors de la réunion tenue avec le personnel en octobre dernier pour leur annoncer les retouches qui vont intervenir dans le capital de la future Togocom, « la Direction Générale a parlé d’une concession de 35% aux privés et que l’Etat demeurera toujours au contrôle », nous ont confié très indignée une source digne de foi.

Deuxième curiosité : pour argumenter la décision de privation, toute une littérature a été alignée dans le communiqué du Conseil du 06 Décembre comme suit « Le déploiement des infrastructures de communications électroniques haut débit fixes (FTTH) et mobiles (4G) requiert des investissements significatifs. Afin de fournir à Togo Télécom et Togo Cellulaire l’appui dont ils ont besoin pour la mise en oeuvre de ces investissements, il a été décidé d’ouvrir le capital social de la société Togocom au profit d’un partenaire stratégique qui apportera son savoir-faire et son expertise», écrit le communiqué. Le hic est que Togotelecom a eu déjà à recruter sur appels d’offres des prestataires pour le déploiement du Ftth, une technique qui permet de raccorder le domicile du consommateur à la fibre, l’entreprise ayant déjà amené la fibre jusqu’à Afiadegnigba. Parlant de la 4G, les togolais sont déjà en train de jouir de la 4G, peut-être par la magie, mais la 4 G est déjà opérationnelle et l’opérateur national Togocel, à moins d’un cataclysme, a suffisamment les moyens pour offrir des améliorations en la matière. Alors on se demande où veut-on nous mener au juste?

Et c’est ici que les filigranes s’ouvrent petit à petit. La suite de la littérature sur le FTTH et la 4G dévoile ce qu’on a caché jusqu’ici et sur lequel Fraternité avait très tôt alerté  « A cet effet, il est prévu d’organiser un appel d’offres international pour le choix d’un tel partenaire à la fin du mois de mars 2018. », dit le communiqué du 06 Décembre 2018. Voilà! On avait cru que  mars 2018 était une simple erreur de frappe qui s’est glissée dans le communiqué. Mais non! Il nous a été confié que c’était vraiment prévue pour mars 2018 et donc que l’opération a juste pris du retard. La preuve est là que l’intention est aussi vieille que le décret du 13 Juillet 2017 dans lequel on n’avait juste pas eu le courage de tout déballer très tôt.

Par ici la sortie….

Il a suffi quelques heures après l’acte du 06 Décembre pour que la phase crue du scénario soit déballée. Les agents des deux structures seront informés que la porte des départs volontaires est ouverte. Au finish au moins cinq cent personnes sont attendues hors du circuit. Sinon plus. L’objectif étant d’arriver à dégraisser les près de 1200 agents des deux structures combinées pour arriver à 600 ou 800, tout au plus.

Il est évident que tout consommateur qui a une fois fait des opérations dans les bureaux de Togocel et Togotelecom a eu à remarquer qu’il y a vraiment des cas sociaux qui jonchent le budget de ces sociétés et à qu’il faille vraiment  leur trouver des solutions. Mais qu’à cela ne tienne. La précipitation avec laquelle, l’offre de depart volontaire a été soumise  est à la limite violente. Seulement deux semaines ont été laissées aux agents pour se décider. Aucune discussion préalable avec les partenaires sociaux, l’annonce qui avait été faite que les départs volontaires ne concerneraient essentiellement que ceux qui viennent à peine de commencer leur carrière ou ceux qui sont proches de la retraite n’a plus été respectée dans la sommation faite depuis quelques jours. Et ceux qui apprécieraient mal leur situation n’auront plus d’autres options que de boire le calice que vont leur servir la nouvelle structure qui les mettra simplement à la porte, si elle ne les trouve pas indispensables.

L’enveloppe offerte aux hauts cadres pour le départ volontaire est assez alléchante selon des sources recueillies, mais elle est plutôt tendancieuse dans le cas des cadres moyens et subalternes.    Le scenario a tout l’air d’une épuration avec en gratitude un large sourire du videur. Et tout semble etre bien préparé et téléguidé de l’extérieur.

Une piste lointaine

On se souvient que depuis 2008 qu’on annonçait l’arrivée d’un troisième opérateur, le nom de l’opérateur français Orange a été largement ébruité avec des sources qui avaient même confié à l’époque (votre journal était alors  sous le nom Info-Sud) que l’opérateur avait même déjà entreposé ses antennes au Port autonome de Lomé. Dans la foulée, les représentants d’Orange s’étaient présentés dans les bureaux du gouvernement avec une licence à eux attribuée pour opérer au Togo. Etonné le ministre Kokouvi Dogbè, alors détenteur du portefeuille des télécommunications aurait renvoyé les représentants de l’entreprise française devant l’Art&P pour qu’ils s’enquièrent des vrais modalités d’une obtention légale de licence d’opérateur mobile au Togo. La suite c’est l’ombre Orange qui aura disparu. Mais elle va réapparaitre quelques mois plus tard dans des spéculations qui l’ont  annoncé cette fois comme repreneur de l’opérateur national Togocellulaire. En 2012, un sérigraphe de la place avait même entamé l’impression en quantité considérable des T-Shirts Orange tel pour un lancement. Par la suite, plus rien. Aujourd’hui où le  processus de transformation annoncé est devenu privatisation,  l’allure avec laquelle on le conduit du bout du nez, fait vite lorgner vers là où on sait.

FRATERNITE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *