LA UNE SOCIETE

Rancœurs politiques et sociales : Que les Evêques changent pour une fois de méthode!

Difficile de boucler le quotidien depuis plusieurs mois au Togo. Si cela n’est pas nouveau dans le pays, la situation a été exacerbée par la crise sanitaire et surtout par les décisions gouvernementales augmentant les prix au péage et plus récemment ceux des produits pétroliers. Cette situation inquiète particulièrement la Conférence des Evêques du Togo qui a lancé un appel à l’exécutif au terme de sa 127ème  session ordinaire tenue du 15 au 18 Juin 2021.

Encore un juste appel de la CET 

Dans le communiqué de presse rendu public le 18 juin 2021 par la CET et lu par son Secrétaire général, Père Emile Segbedji, les Evêques ont exhorté « chaque citoyen et citoyenne, en particulier ceux qui nous gouvernent, à redoubler d’ardeurs pour combattre la misère aggravée par la pandémie au Coronavirus, la cherté de la vie, la corruption et les fraudes, et garantir la sécurité, la liberté et les droits fondamentaux des concitoyens ».

En se fondant sur son rôle dans la société, la CET a fait savoir qu’elle ne peut « se dérober à la mission reçue de son Fondateur, celle d’appeler constamment ses fils et filles ainsi que toutes les populations à un changement de cœur, de mentalité et d’attitude, afin de construire ensemble une société plus humaine où la richesse soit partagée par tous dans la justice et la paix ». Mais la question se pose de savoir que vaut désormais la parole des évêques devant le pouvoir cinquantenaire  ?

Les prélats ne prêchent-ils pas dans le désert ?

Le régime togolais semble désormais habitué aux sorties de la CET. En effet, les messages et communiqués émanant de l’Eglise catholique semblent ne plus avoir du poids aux yeux du pouvoir cinquantenaire. Et pour cause, contrairement à ce qui se fait ailleurs, les prélats togolais  se limitent aux communiqués au lieu d’actions plus vives et légitimes d’ailleurs avec toutes les opportunités que les dernières évolutions de la situation sociopolitique leur a offert à plusieurs occasions. Renforcé par tous ces absences aux rendez-vous auxquels le peuple les attendait et dont  il redoutait justement, le pouvoir  n’accorde plus une grande attention, sinon pas la moindre aux déclarations de la Conférence des évêques. De fait, la Cet semble désormais s’enliser dans un rôle de suppôt du régime de Faure Gnassingbé avec ses communiqués « laxistes », a commenté un observateur.  Il faut dire que, de la crise sociopolitique de 2017 à la crise sociale actuelle en passant par le scrutin présidentiel de 2020, la parole  des prélats, référence morale de la société, a perdu beaucoup en consistance.

Pourtant, la CET devrait jouer un rôle catalyseur sur la scène politique et sociale dans un pays en proie à des crises et abus de tout genre et où les citoyens sont muselés à tous les niveaux. Ne serait-ce que comme leurs compères évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) en RDC qui a eu à le faire pour faire changer de main le pouvoir au pays des Kabila. En effet, dans ce pays qui partage des similitudes politiques et sociales avec le Togo jusqu’à un passé récent , l’Église catholique s’est imposée et est devenue la principale force mobilisatrice de l’opposition. Et les résultats sont là.

Comme l’a réussi la Cenco, l’Eglise a toujours été actrice majeure des révolutions et autres redressements sociaux quand les bourgeoisies politico-économiques font abusivement pencher le miel vers eux seuls. 

Au Togo, au lieu d’être au-devant de la lutte, la CET semble plutôt se placer à peine à côté jouant un rôle clair-obscur qui finalement ne fait qu’entretenir le statu quo et profite à la minorité qui s’est accaparé les richesses du pays.

FRATERNITE