LA UNE SOCIETE

Rapport World Hapiness 2018/ 17 places gagnées pour le Togo : Un satisfecit trompeur

Dans le rapport annuel 2018 sur l’état du bonheur dans le monde (World Hapiness Report 2018) publié, mercredi dernier par l’Organisation des Nations Unies (ONU), le Togo a fait la plus grande progression. Avec 17 places de gagnées, le pays de Faure Gnassingbé se classe 139e pays des plus heureux du monde sur 177 pays sondés. Ceci, contre son rang de 156ème  occupé l’année dernière. Un petit satisfecit qui contraste malheureusement avec les réalités du terrain. 

Une question, une réponse… pleine d’énigme 

Les togolais sont-ils vraiment heureux ? S’il est hasardeux de l’affirmer avec aisance, l’Organisation des Nations Unies (Onu) affirme, elle, qu’il y a un léger mieux ces douze derniers mois. 

C’est ce qu’on peut retenir de son rapport annuel sur le bonheur (World Hapiness Report 2018) qui classe le Togo à la 139ème place sur 177 pays sondés. Ceci contre le 156ème  rang occupé, l’année dernière. Soit un bond de 17 places. Enregistrant ainsi, la plus forte progression dans ce classement toujours dominé par la Finlande et le Norvège, respectivement première et deuxième. 

Lomé… aux anges ! 

Lomé devra se réjouir de cette «note inédite « pour ses efforts consentis pour le bonheur de ses populations. Sauf que sur le terrain, les résultats de ce rapport semblent plus flatteurs qu’objectifs. Tant le défis est énorme et la misère palpable sur les visages des togolais. Tout donne l’impression que le World Happiness Report qui dans son procédé, examine entre autres  la compassion, la liberté, la générosité, l’honnêteté, la santé, les filets sociaux et la bonne gouvernance, a fait dans la légèreté dans sa notation. Et les raisons sont aussi multiples que variées. 

Mais des interrogations surgissent 

En effet, s’il faut reconnaître que la liberté d’expression est un acquis dans le pays- d’ailleurs chèrement acquise de hautes luttes- il n’en demeure pas moins vrai que les autres aspects figurant dans ce tableau sont sujettes à caution. Aujourd’hui, c’est un constat général, les hôpitaux et les centres de santé publics, sont dans un état piteux, avec des plateaux techniques pratiquement inexistants. Ce qui justifie le mouvement de débrayage du Syndicat des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot) qui réclame, depuis 2013, de meilleures conditions de travail. Mais difficile de décompter, aujourd’hui cinq (5) ans après, les résultats tangibles de ces revendications contenues dans une plate-forme revendicative. Seuls les privilégiés s’offrent le luxe de s’offrir des soins de santé acceptables et dignes de ce nom, soit dans des cliniques privés, soit à l’étranger.

La bonne gouvernance, point besoin d’en parler. Pendant que la presse cite des cas de prévarications et de corruption dans le pays dont les récents cas sont les 26 milliards engloutis dans la construction de la route, Lomé-Vogan-Anfoin et les 600 millions de la Can 2017, aucune action n’a été menée par les autorités compétentes pour inquiéter ces concitoyens indélicats. Ce qui fait plutôt le lit à la corruption, au népotisme et à l’impunité qui continue d’ailleurs dans le pays. Le reste des critères, la solidarité, la générosité ou encore la compassion n’étant que des mots, les Togolais s’étonnent du classement de leur pays. 

Vu surtout que le rapport 2018 a particulièrement mis un accent particulier sur le niveau de bonheur des immigrés, et comprend quatre chapitres sur la migration, à la fois interne et externe, on se demande cela est-il possible quand on sait le nombre de togolais de Sokode, Mango et Bafilo déplacés au Ghana, pour fuir les voies de faits dont ils ont été victime de la part du pouvoir depuis les soulèvements entamés le 19 Août 2017. Tout paraît encore plus énigmatique quand on sait surtout que la misère s’empare, au fil des jours, des populations, dans un mandat social qui s’avère plus qu’un tintamarre que de l’espoir et du bonheur pour les populations. 

En attendant de croire à ce satisfecit trompeur, les Togolais continuent de songer plutôt sur l’hypothèse de la force «magique et transformatrice» de la diplomatie mondiale, des bruits de couloir et des passerelles. 

Cyrille PESSEWU 

Laisser un commentaire