LA UNE SOCIETE

Recrudescence des braquages: Défaillance d’une politique de réinsertion

Le vendredi 19 juin dernier, s’est produit, à Lomé, un acte de délinquance peu ordinaire. Un braquage survenu sur la Rue de l’Ocam, à quelques encablures du ministère en charge de la Sécurité et de la protection civile. Ce fait de délinquance curieux, aux allures d’une défiance vis-à-vis du maître des lieux, amène à interroger au mieux la société togolaise, dans sa gouvernance politique et sociale.

Braqueurs, Rois dans les rues de Lomé

Les faits sont légions et créent une psychose permanente au sein de la population. Les actes de banditisme, sous toutes leurs formes, notamment le braquage, le vol, les agressions… s’enregistrent fréquemment dans les rues de Lomé, avec pour conséquences, pertes en vies humaines, blessés, commerces vandalisés et citoyens dépossédés de leurs biens comme motos et des millions emportés. Tout ceci, au prix de fusils d’assaut que d’armes blanches.

Encore un de plus…

C’est donc une évidence que les malfrats et professionnels de braquages ont le vent en poupe. Et ce, avec des développements allant des plus aléatoires aux plus complexes et curieux, voire énigmatiques. Le dernier épisode de ce funeste feuilleton est le braquage opéré, en plein midi du vendredi 19 juin 2020, devant les locaux de SudCom, situé sur la Rue de l’Ocam, à seulement quelques encablures du ministère de la sécurité et de la protection civile.

…Un fait exceptionnel et curieux qui interroge

Ce nouvel acte de banditisme, d’une particularité exceptionnelle et frappante, vient donc corroborer une série d’actes du genre qui se succèdent depuis peu dans certains quartiers  de la capitale, notamment Aguiarkome, Beniglato où encore Quartier des Étoiles. Des quartiers devenus «vulnérables» à ces invités encombrants dont certains sont clairement identifiés par les riverains comme étant des repris de justice ayant récemment bénéficié des décisions de désengorgement des prisons prises dernièrement par le pouvoir. Ceci, sous le regard impuissant des populations qui ne savent plus à qui s’en plaindre.

Conséquence d’une politique de réinsertion défaillante

La multiplication des faits et la facilité qui caractérise généralement leur opération sont d’une curiosité qui questionne les consciences collectives. En effet, face à la recrudescence de ces actes, il devient impératif de se demander pourquoi la prison togolaise n’arrive-t-elle pas à corriger les détenus au point où ils finissent par exceller dans la récidive. À cette question pertinente à plus d’un titre, une réponse évidente. Il va de soi que c’est la résultante d’un manque criard de politique de reconversion et d’insertion sociale de prisonniers. Par manque d’une véritable politique d’accompagnement sociale, il est inévitable que ces derniers, après leur libération, sombrent dans l’aliénation et le réflexe les poussant à nouveau vers les mêmes faits qui les ont conduit dans les geôles. Il revient, de ce fait, au-delà de la nécessité du respect des droits des détenus, de veiller à asseoir une politique carcérale susceptible de corriger les détenus, plutôt que de les rendre plus dépendants des faits répréhensibles qui les conduisent de façon répétitive à la prison.

La guerre de tranchées entre FDS, l’autre équation

Outre l’inefficacité de la politique sociale du pouvoir de Lomé , l’autre évidence non moins négligeable qui caractérise la recrudescence de ces faits, comme nous l’avons déjà relevé dans l’une de nos récentes parutions, réside à ne point douter, dans les guéguerres, bisbilles et autres guerres de tranchées qu’on observe entre officiers supérieurs des Forces de défense et de sécurité (Fds). Lesquels, dans leurs guerres à distance autour des intérêts et postes stratégiques, alimentent des invités encombrants difficilement maîtrisables et qui agissent en toute impunité. La preuve en est justement ce dernier braquage qui, loin de s’assimiler à un simple acte de délinquance, a plutôt tout l’air d’une véritable défiance aux autorités actuellement en charge de la sécurité dans le pays.

Autrement, un véritable camouflet infligé au Col ministre Damehame Yark qui, visiblement, vient d’être défié et touché dans son amour propre, du haut de son statut de Général de l’armée  et de patron de la Sécurité et de la protection sociale au Togo. C’est donc à se demander  si son poste est si convoité par d’autres courants des FSD, décidés à lui mener la vie dure jusqu’à sa capitulation. Une hypothèse non aléatoire quant on sait surtout que tout ceci se produit à la veille de la formation d’un nouveau gouvernement pour le nouveau quinquennat de Faure Gnassingbé.

De tout ce qui précède, il va sans dire, avec la succession des évènements au Togo, essentiellement sur les plans Sécurité et protection civile, marquée notamment par l’assassinat, dans des conditions non encore élucidées du Col. Bitala, et ceux des jeunes Mohammed et Dodzi montrent que ce mandat s’annonce des plus difficiles et complexe, surtout de l’intérieur, pour le chef de l’État qui a, plus que jamais, du pain sur la planche pour gérer son propre clan.

FRATERNITE