DIPLOMATIE LA UNE

Relations internationales Le Togo et le sujet afghan

Vingt ans après en avoir été chassés, par une coalition internationale conduite par les États-Unis, les talibans ont repris, le 15 août 2021, le pouvoir à Kaboul sans combat. Le  régime du Président Ashraf Ghani que les États-Unis soutenaient militairement s’effondre ainsi, avec en toile de fond, la fuite du Président. Une situation géopolitique sur laquelle se cristallisent les attentions, avec des réactions qui fusent de partout. Le Togo également s’est signalé. Une sortie jugée de bien curieuse par nombre d’observateurs.

Une crise arabophone au relent planétaire

Après une longue guerre civile, un gouvernement islamiste, celui des talibans, prend le pouvoir en 1996, sans jamais parvenir à contrôler l’ensemble du territoire. Le pays devient alors un sanctuaire du djihadisme international. A la faveur d’une lutte coalisée, fortement soutenue par les États-Unis, le régime taliban est défait par une coalition internationale, on se rappelle, en raison de son refus de livrer le chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Malheureusement, apres le récent retrait des troupes américaines, le régime démocratique afghan en place depuis 2004, une république islamique de type présidentiel dirigée par un président aux pouvoirs étendus mais contrôlés par un parlement bicaméral tombe.

Depuis la chute du Président Ashraf Ghani, de nombreux pays occidentaux condamnent ce qu’ils appellent un « échec de la communauté internationale ». La Russie a, de son côté, salué particulièrement le « rétablissement de la force publique » dans le pays, pendant que le président français, Emmanuel Macron a indiqué, en ce qui le concerne, que: « L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme islamiste ». Pour l’heure, l’armée américaine sécurise toujours l’aéroport de Kaboul, où l’évacuation des ressortissants occidentaux est en cours.

Curieuse offensive diplomatique de Faure et Dussey

De toutes ces réactions internationales, se révèle bien curieuse, celle du Togo. En effet, le pays que dirige Faure Gnassingbé s’associe à près d’une soixante de nations qui s’est prononcé, dans une déclaration conjointe, sur la situation en Afghanistan.

« Compte tenu de la détérioration de la situation sécuritaire, nous soutenons, travaillons à sécuriser et appelons toutes les parties à respecter et à faciliter le départ sûr et ordonné des ressortissants étrangers et des Afghans qui souhaitent quitter le pays », ont-ils dit. Et d’ajouter, plus loin, que « Les Afghans et les citoyens internationaux qui souhaitent partir doivent être autorisés à le faire ; les routes, les aéroports et les postes frontaliers doivent rester ouverts et le calme doit être maintenu…Le peuple afghan mérite de vivre dans la sûreté, la sécurité et la dignité. Nous, au sein de la communauté internationale, sommes prêts à les aider ».

Par ailleurs, le document rendu public par le Togo et ses autres pays frères et amis dont la déclaration, le Burkina Faso, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Libéria, le Niger, la Sierra Leone et l’Ouganda, pour ce qui est de la zone Afrique, soutient que ceux qui occupent des postes de pouvoir et d’autorité à travers l’Afghanistan portent la responsabilité et l’obligation de rendre compte de la protection de la vie humaine et des biens, et du rétablissement immédiat de la sécurité et de l’ordre civil.

Quand le Togo se donne une cote qu’il n’a pas

Cette sortie du Togo dans le concert des nations du monde fait rappeler une autre. Il s’agit de la curieuse prise de position du Togo de Faure Gnassingbé dans la très sensible crise entre l’Israël et la Palestine. «Nous au Togo, nous sommes aux côtés de l’Etat d’Israël. Nous le sommes non pas par intérêt, mais parce que nous partageons les mêmes valeurs », a déclaré le Président Faure, en 2012, lors de sa visite de travail auprès de Shimon Pères. Une déclaration qui sera suivie, quelques années plus tard, par le vote du Togo en faveur de l’Israël du Togo au Conseil de Sécurité des Nations unies.

Pour beaucoup de togolais, ces différentes prises de position du Togo sur des sujets aussi sensibles sonnent comme du zèle dangereux du régime de Faure Gnassingbé. Un zèle sur fond d’excès d’engagement susceptible de faire tourner le regards des fous d’Allah de la trempe des Talibans vers Lomé. Et c’est justement la plausible raison qui, pour d’autres critiques, motiverait Faure Gnassingbé et son homme de main, le Prof Robert Dussey à s’inviter, depuis quelques temps, à des concerts aux airs à la lisière mélancoliques. Ceci, en ce sens que du Mali en Centrafrique, Faure Gnassingbé saute dans tous les plats et s’imposant facilitateur entre les acteurs de ces pays en proie au djihadisme.

L’un mis dans l’autre, tout concourt à dire que le Togo, au nom d’une hypothétique croisade contre le terrorisme et l’extrémisme violent, se donne une côte qu’il n’a vraiment pas. Autrement, depuis belle lurette, l’on souhaiterait entendre réagir la diplomatie palestinienne, israélienne, russe, afghane ou encore turque sur une quelconque crise politique au Togo. Mais que de peine perdue. «Qui connait gbanguidi à Aneho?», se demanderait l’autre, en guise d’ironie. Le Togo a assez de problèmes conjoncturels que le gouvernement peine à régler. De la mauvaise gouvernance à l’impunité qui amènent à la privatisation des patrimoines du pays, en passant par le cycle infernal de crise politique sans solution viable. Plutôt que de s’époumoner sur les crises israélo-palestiniennes ou arabo arabes, Faure Gnassingbé et Robert Dussey gagnerait mieux à travailler pour assurer aux togolais, du mieux être.

FRATERNITE.