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Route Lomé- Aného: Un budget passé de 96 à 47 milliards FCFA

Démarrés depuis environ  un an, les travaux de réhabilitation de la route nationale N°2 qui relie les villes de Lomé et d’Aného accusent du retard. En visite sur le chantier le 21 mai dernier, le Premier Ministre Victoire Tomégah-Dogbé a appelé à une accélération des travaux. Mais quelle est au juste la face cachée de la situation ? Révélations

Estimés aujourd’hui entre 20 à 27%, les travaux de réhabilitation avancent à petit pas. Les raisons de ce retard pourraient être d’ordre financier. En effet, selon le site du ministère des travaux publics (un texte qui date de juillet 2016 et qui porte sur une visite du projet par l’ancien premier ministre Sélom Klassou et le ministre Ninsao Gnofam d’alors), « il s’agira de réhabiliter, de moderniser et d’élargir la route en 2×2 voies de plateforme qui passe de 10 m à 24 m, soit une largeur de 2x7m, une bande d’arrêt d’urgence de 2x2m, des trottoirs de 2x2m et d’un terre-plein de 2m ». « Il s’agira également de construire des ouvrages de protection de la côte, des travaux d’aménagements connexes notamment les terrassements généraux, la construction de la chaussée et son élargissement, la construction des ouvrages d’arts et de drainage, l’aménagement de la signalisation et de l’éclairage public et la mise en œuvre des mesures environnementales et sociales », indique  le texte et d’ajouter que le budget  est  de 147,023 millions d’euros, soit 96,543 milliards de F CFA.

La semaine dernière, à l’occasion de la visite du Chef du gouvernement, les services officiels, contrairement à ce qui a été annoncé en 2016, indiquent que le coût des travaux est finalement évalué à 47,5 milliards de FCFA. Comment le coût des travaux est-il donc passé du double au simple ? Il y a-t-il eu de la surfacturation ? Pendant que ces interrogations sont toujours en suspens, sur le terrain les ingénieurs font face à d’autres difficultés. 

Les raisons du retard, selon les contrôleurs…

Aujourd’hui, sur le chantier les travaux ont été subdivisés en deux lots : le premier, long de 10 km y compris des aménagements connexes,  est confié à l’entreprise chinoise CRBC pour un coût de 13,236 milliards de FCFA et concerne l’axe Avépozo-Togokomé. Le second lot qui va de Togokomé à Aného, est long de 20 km pour un montant de 34,3 milliards, et est exécutée par l’entreprise tunisienne Soroubat.

De nos informations, il ressort que ces deux entreprises sont aux bons soins de deux ministres Dogbé. Il se révèle qu’il n’y a pas longtemps, l’une d’entre elle a aménagé le nouveau Cabnet d’un des ministres pendant que la seconde est celle qui a assuré tout récemment la voie qui mène chez l’autre ministre dans la périphérie sud-ouest de Lomé.

Il est tout au tant curieux que pour 30 km, on choisisse de le partager à deux grosses boîtes de BTP. Et c’est ici que les accointances révélées entre ces boîtes et les deux  ministres du gouvernement Dogbé trouvent tout leur sens.

Le retard au niveau du lot 1 explique, AKOUNONA Paul, DG de cabinet DECO, membre de la mission de contrôle du lot 1, est dû à certaines péripéties.  « Les travaux sont perturbés par la circulation parce que le trafic est très intense et les travaux se font sur ce trafic mais avec les mesures de sécurité mises en place, tout se passe plus au moins bien. Bien qu’il y ait des usagers qui ne sont pas parfois trop attentionnés au chantier, ce sont des choses qui entravent la bonne exécution des travaux. Par rapport au planning initial de l’entreprise, on accuse un peu de retard qui a été dû principalement à la pandémie. Dans les derniers plannings, l’entreprise a promis prendre des dispositions pour résorber ce retard et nous estimons qu’avec les recommandations qui ont été faites par la mission de contrôle notamment le renforcement des équipes et quelques matériels et on pourra, s’il plait à Dieu, tenir dans les délais », a argumenté AKOUNONA Paul.

En ce qui concerne le deuxième lot, « Des dispositions sont en train d’être prises. Le déplacement des réseaux nous pose un sérieux problème», a indiqué Tamboura Allaye, Chef de mission de contrôle lot 2 (Togokomè-Aného), avant d’ajouter  que « les travaux sont constitués de deux composantes : la composante routière qui consiste à la réhabilitation sur 20 km de Togokomé à Aného et une composante qu’on a appelé aménagement connexe constituée de la réhabilitation de plusieurs infrastructures socio-sanitaires (le lycée d’Aného, un centre multifonctionnel à construire pour la ville d’Aného,  un marché à construire pour Baguida et Agbodrafo) ».

Au regard, des difficultés  susmentionnés et les zones d’ombres autour du coût, la date de la livraison de la voie  annoncée pour mars 2022 semble hypothétique.  Malheureusement, l’histoire de la réhabilitation de cette voie rappelle fortement  celle de la route Lomé-Vogan-Anfoin dont le chantier, démarré il y a 7 ans, s’achève difficilement. A ce jour, le taux de réalisation des travaux, selon la dernière évaluation technique s’évalue à 87%.

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