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Solidarité et cohésion nationale au Togo… Entre le discours et les actes

Le 31 décembre 2020, à l’orée de la nouvelle année, le Chef de l’État s’est plié au traditionnel exercice des vœux. Message à la nation dans lequel, Faure Gnassingbé a sonné l’urgence. Celle d’appeler les togolais à s’approprier les valeurs de Fraternité et de Solidarité. Ce, en vue de ne laisser personne de côté sur le chemin du développement qu’il souhaite inclusif. Perche que saisit le Journal Fraternité qui, dans une démarche citoyenne, voudrait une énième fois encore rappeler la bonne recette au Président de la République.

Faure et son idéal rêvé

«Lorsque les temps deviennent aussi durs et incertains, il est important de faire appel à nos valeurs de fraternité et de solidarité pour nous permettre de continuer notre marche en ne laissant personne de côté», dixit Faure Gnassingbé, dans son message vœux aux togolais. Au cours de cette adresse, le Chef de l’État a mis un accent particulier sur la nécessité pour les togolais de «se retrouver autour de l’essentiel». Il s’agit, selon le Président de la République, de «la cohésion nationale». Une valeur qui, estime-t-il, demeure le fil conducteur qui permette aux togolais de poursuivre résolument leur marche vers «la prospérité partagée en 2021».

Solidaire et cohésion nationale… parlons-en !

Si le souhait de tout togolais est d’œuvrer, d’arrache-pied pour parvenir à cet idéal, l’on ne devra pas, tout de même perdre de vue l’évidence que l’atteinte de cet idéal rêvé ne saurait être le fruit d’incantations. Autrement, la cohésion nationale chantée par Faure Gnassingbé, loin des mots et discours creux, est plutôt des actes qu’il convient de poser, dans un sens pragmatique.

Ainsi donc, prenant aux mots le Chef de l’État, le Journal Fraternité, fidèle à son engagement pour une société juste fait une analyse objective de la situation socioéconomique du pays, en adéquation avec l’idéal rêvé, et propose sa thérapie.

En effet, la solidarité et la cohésion nationale seraient vains mots si elles ne sont appuyées et traduites par une réelle politique de mise en œuvre. Des données chiffrées, c’est une évidence que le Togo, au travers d’une planification efficace, dispose de ressources pour soutenir les couches vulnérables. Et c’est en ce sens que peut apprécier le programme d’aide sociale initié pour venir en appui aux togolais dont les secteurs d’activités ont été durement éprouvés par la crise sanitaire. Toutefois, il n’y a mieux à faire que Novissi, ce programme de revenu national de solidarité.

Prenant exemple sur le Sénégal où le riz, l’aliment principal, est subventionné, l’État togolais peut également instituer un appui alimentaire conséquent aux populations, de même qu’un accompagnement financier soutenu aux entreprises, avec un prêt bancaire à 0% de taux d’intérêt contre 6% actuellement en vigueur au Togo.

Aussi, toujours dans le sens de la poursuite des efforts vis-à-vis de la lutte contre les vulnérabilités annoncée par le Chef de l’État, un accent particulier doit être mis sur le principe de la «responsabilité partagée», qui soulagera, au mieux, les  couches vulnérables à travers le Togo. Et cela peut se faire sous diverses formes.

Prohiber l’exclusion sous toutes ses formes

Sur le plan de l’équité et de l’égalité, consacrées par la constitution, Faure Gnassingbé doit inlassablement œuvrer à renverser une tendance fâcheuse et bien enracinée dans les mœurs. Celle de brimer  le droit au travail des citoyens, selon le mérite, sans distinction. Car, c’est une habitude de faire du clientélisme pour privilégier des frères de loge et d’ethnie au dépend des compétences neutres généralement sacrifiés. La solidarité et de cohésion nationale rêvée par Faure Gnassingbé ne sauraient donc se réaliser sur la base de ces pratiques exclusives qui créent frustration et alanguissements.

Aussi, s’il est fort appréciable que confiance a été faite à la jeunesse, pour une fois, bien représentée au sein du gouvernement, cet effort paraît malheureusement bien infime pour réparer le lourd passif du régime que le fils a hérité du père et que lui-même a augmenté de plus en 15 ans de pouvoir.

Appeler les togolais à s’approprier les valeurs de cohésion nationale, c’est aussi respecter la liberté d’opinion et d’expression des uns et des autres. L’atteinte de cet objectif requiert à ce que la différence d’opinion et la critique ne valent pas la suspension d’un journal. Ceci, pendant que le gouvernement, par ces canaux officieux, caporalise et tribalise les associations de presse dans le pays.

Il en va de même pour le respect de la liberté religieuse qui, visiblement, souffre amèrement au Togo, au nom d’une politique alambiquée de lutte contre la COVID. Une politique qui sèvre nombre de togolais de leurs rites religieux. Ce qui s’est ajouté au lot de  frustrations déjà foisonnant.

Prohiber l’exclusion sous toutes ses formes au Togo revient également à libérer les détenus politiques et rabattre le caquet  aux pyromanes et autres complexés dont les propos et mentalités sont aussi nocifs que corrosifs de l’unité nationales. 

Il n’y a pas meilleur outil de cohésion et de solidarité nationales que l’injustice fasse place à la justice et que les mérites soient consacrés, au lieu du copinage et de la médiocrité. Car, la cohésion nationale et la solidarité, pour paraphraser l’ancien Président ivoirien, Houphouët-Boigny, «ce sont des actes et non des discours.»

FRATERNITE