ACTUALITE LA UNE

Sommet UE-Afrique 2022 : Rien de nouvelle ère

Les jeudi 17 et vendredi 18 février derniers s’est tenu, à Bruxelles, le 6e sommet UE-Afrique. Une réunion entre les pays de l’Union européenne et ceux de l’Union africaine dans l’optique de «réinventer une relation», sinon ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’Afrique et le vieux continent, en vue d’affronter des défis communs qui se présentent à eux. Malheureusement, les intentions telles qu’annoncées semblent déjà en porte à faux, sinon loin de ce à quoi on devait s’attendre.

Une nouvelle ère…

Ce sommet entre les deux continents liés par l’histoire, ouvert par le président français, Emmanuel Macron, s’est fixé comme objectif de « bâtir un avenir pour la jeunesse ». En clair, ce sixième sommet du genre s’est voulu l’occasion de poser les jalons d’une coopération renforcée entre l’Union européenne et l’Union africaine. Ceci, en définissant une vision commune des défis qui se posent aux deux continents, et surtout de mettre en place avec l’Afrique, une alliance ambitieuse et tournée vers l’avenir. Laquelle alliance devra permettre de bâtir un espace de solidarité, de sécurité, de prospérité durable et de stabilité. L’objectif est d’«installer un nouveau logiciel», selon la formule du Sénégalais Macky Sall, président de l’UA.

Pour ce faire, il a été lancé une stratégie européenne d’investissements de 150 milliards d’euros et une aide accrue pour produire des vaccins anti-Covid en Afrique. Aussi, les Européens ouvrent également la voie à une réallocation accrue en faveur des Africains des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI) destinés aux pays riches, mais sans engagement ferme, selon la déclaration commune adoptée lors du 6e sommet des deux organisations qui accorde la priorité aux infrastructures de transport, réseaux numériques et énergie. Le tout en garantissant «une gouvernance responsable, transparente, inclusive», selon la déclaration. Aussi, des programmes financiers spécifiques soutiendront des projets dans le secteur de la santé et l’éducation, pour ne citer que ces domaines vitaux.

…Hypothéquée par la condescendance

En revanche, préconisant un transfert encadré de technologies, les dirigeants de l’UE ont opposé un refus catégorique à une levée de main sur les brevets des vaccins, âprement réclamée justement par leurs homologues africains. Et c’est bien là, un exemple d’actes qui confirment à plus d’un titre que ce sommet n’a consacré rien de nouveau, sinon confirme la continuité de l’ancienne ère.

En effet, une nouvelle ère devrait se traduire par des actes forts et des engagements rassurants. Or, de ce qui précède, il ressort que l’Europe refuse d’agir toujours en faveur de transfert de technologies vers l’Afrique. De même qu’elle refuse toujours d’actionner les leviers d’une coopération efficace, avec les armées africaines pour les rendre autonomes, par exemple. Somme toute la posture parfaite qui débouche sur celle d’éternel assisté taillée depuis belle lurette à l’Afrique.

Pourtant, l’Euro-députée Dr Chrysoula Zacharopolou a invité son continent à un discours de vérité, de franchise et de transparence en étant conscient que l’Europe n’est plus la principale interlocutrice de l’Afrique. Il revient selon cette politique franco-grecque à l’Afrique de formuer ses demandes et proposer ses solutions, et surtout de choisir le modèle de développement qu’elle veut pour sa population. Exit donc selon Dr Zacharopolou, des méthodes de prédation, de brutalité et du néocolonialisme utilisés par certains partenaires de l’Afrique

Aussi, rien ne semble rompre avec les vilaines pratiques de l’Europe tant décriée, telle l’ingérence du vieux continent dans les politiques du continent et plus qu’encore, le soutien de la France aux dictatures africaines. En clair, rien n’a été dit sur ce qui frustre et fâche le plus les africains aujourd’hui, notamment la proximité flagrante de Paris avec des régimes fermés comme ceux de Lomé, d’Abidjan et ailleurs sur le continent qui sont prêts à tordre le cou à la démocratie et les textes constitutionnels pour garder autant que se peut le fauteuil présidentiel, pourvu qu’on soit dans les bonnes grâces de l’ancienne métropole. Quitte à marcher sur les valeurs minimales de démocratie dans leurs pays.

En lieu et place d’un discours nouveau et rassurant, on parle des brevets de vaccin à l’actif de l’Afrique. Sur le sujet, le président français a notamment pointé les « deux crises qui se sont percutées » sur le continent africain, et qui sont liées au « terrorisme et à la déstabilisation » ainsi qu’à « la Covid-19 ». Il juge ces crises « encore plus difficiles à absorber pour le continent africain puisque c’est un choc sanitaire, économique et social ». Cette approche s’avère, de tout point de vue, subsidiaire dans la mesure où l’Afrique est moins exposée au Coronavirus. Ce, malgré tous les discours alarmistes entendus annonçant un plausible raz-de-marée, sinon une hécatombe sur le continent en termes de perte en vies humaines. Mais à l’arrivée, ces chiffres sont bien loin d’un drame qu’on a connu en Europe ou encore aux Etats Unis. Partant donc de ce postulat, l’on est en droit de se demander objectivement quelle est alors l’utilité de ces brevets qui sont des questions secondaires pour l’Afrique.

Faire du nouveau avec l’ancien : bataille perdue d’avance

Cette manière d’agir n’est donc que l’expression de la condescendance avec laquelle l’Europe, croyant être le plus malin, agit toujours envers l’Afrique. Et cela confirme les appréhensions selon lesquelles, ce sommet répond plus à un besoin pour l’Occident de se refaire un nouveau visage sur le continent africain où il est actuellement en difficulté. De Bamako à Conakry en passant par Bangui, Ouagadougou ou encore Lomé, grandissantes et évolutives sont l’indignation et la désapprobation des peuples africains face au business de la France dans le Sahel, mais aussi dans les pays de la côte guinéenne. Et face à cette réalité qui caricature bien un couple qui se joue à «je t’aime, moi non plus», l’idéal d’une nouvelle ère qui s’impose aujourd’hui dans les relations entre l’Afrique et l’Europe est de choisir quitter carrément le continent noir pour se contenter des relations réellement gagnant-gagnant tout en respectant la volonté de chaque peuple. Ce qui n’est pas encore le cas si on constate que la France et ses alliés quittent le Mali pour ensuite poser leurs valises au Niger.

Il faut que l’Europe sache qu’elle a une histoire avec l’Afrique. Et c’est cette histoire qui fâche. Fort heureusement, Emmanuel Macron semble le comprendre lorsqu’il prévient que « s’il y a un échec du continent africain, le premier à en pâtir sera le continent européen ». Après le constat, il reste donc que le Président français et ses alter egos fassent preuve d’évidence  et de courage pour donner, enfin, un coup de fouet à une coopération bénéfique pour l’Afrique et l’Europe. Autrement, ce serait prétendre faire du nouveau avec l’ancien. Et ça ne marchera pas !

FRATERNITE